ApoL
sent à cette haine que la dialectique de certains philosophes mettait parfois les chrétiens dans Tembarras. Divers écrits d'Origène ou de S. Augustin prouvent qu'elle les y mettra longtemps encore.
C'est pourquoi Tertullien repousse toute parenté avec les philosophes, hommes de petit savoir et de plus petite moralité ; et, par un procédé familier aux polémistes peu scrupuleux, il s'attaque moins à l'ensemble de leur doctrine, qu'à tel point qu'il en détache et qu'il fausse en l'isolant. Plus volontiers encore, il s'en prend à leur vie privée ; il triomphe sur des affirmations avancées sans aucune preuve et qu'il donne comme des faits absolument acquis, sur des arguments ad hominem parfois saugrenus et qu'il juge pourtant décisifs; ce n'est plus une critique c'est une exécution. Par exemple, un Thaïes ne sait pas dire à Crésus ce que c'est que la divinité; un Platon ne la connaît pas; un Socrate corrompt la jeunesse et prête sa femme à ses amis ' ; un Diogène est l'amant de Phryné ; un Démocrite convoite toutes les femmes et se crève les yeux pour fuir le désir '. De tels hommes peuvent parler en sages, mais leurs actions ne se conforment point à leurs paroles, tandis que le chrétien commence par bien agir. Il ne peut y avoir rien de commun entre ces remueurs de mots, qui ne peuvent même se mettre d'accord pour les remuer ensemble, et ceux qui ne s'attachent qu'aux faits ', ceux qui, du premier coup, s'élèvent audessus de Platon, puisqu'ils connaissent Dieu \
Les philosophes, avec toute leur sagesse, ne sont que des animaux prétentieux et vides \ car cette sagesse inspirée du diable n'est que sottise ^ Et quel triste misérable que cet Aristote qui a inventé la dialectique, arme à double tranchant, vrai serpent dont les replis enveloppent et étouffent ^ ! Aussi ce ne sont point des sophistes, mais d'humbles pêcheurs, des âmes droites et simples qui ont été choisis par le Christ pour prêcher son Évangile ^ Par
1. ApoL, 3g : il partage cet esprit complaisant avec Caton et Tertullien en oublie qu'il a nié l'existence des Dieux : Apol., 46; Ad nat., 1, 4; 11, 2.