‹ TertullienChapitre 540 sur 561 · De civ. Dei · texte numérisé non relu

De civ. Dei

quittait pour un temps qui pouvait être long, sans savoir même s'il les retrouverait jamais, puisqu'ils demeuraient exposés aux tentations et aux séductions de l'Ennemi. Combien donc plus radicale, plus complète et meilleure eût été la mort totale, qui, en complétant la félicité du fidèle qui s'endormait en Dieu, y aurait associé tous ses frères, et aurait, d'un seul coup, mis fin au mal comme au péché. C'est pourquoi la fin du monde fut toujours l'attente anxieuse et la suprême espérance du christianisme des premiers siècles '. Les tout premiers chrétiens, se fondant sur un mot du Maître, imaginèrent que la génération qui l'avait connu ne s'éteindrait pas sans que ses promesses reçussent leur plein accomplissement ^ Ils s'étaient trompés; si vieux que vécût l'Apôtre Jean, il mourut'; et beaucoup d'autres hommes moururent après lui, d'autres naquirent sans cesse, et jamais le monde ne finit '. Pourtant il y avait des signes certains qui annonceraient sa mort, les Evangiles en donnaient la description sommaire % et ÏApocalj^pse demeurait aux yeux des chrétiens comme la révélation parfaite de tout ce qui arriverait dans les derniers jours ®. Des guerres, des maux de toutes

1. Voy. Renan, M. Aur., p. 207, et le Blani, Inscr. chrét., Pré/., p. lxxxvi. — Apocal., XXII, 20 et 21 : Aéys: b [j.apTupûv -uaÛTa • Nal è'p/,o[iai ix/y. 'Aixr.v, è'p/o-j, x'jp'.ô 'lT,ffoG. 'H /âp'.; TO'j x'jpîou "Ir.soO iiExà zivxwv. Ce sont les derniers mots de l'ouvrage. — De même voy. / Pétri, IV, 7; Barnabe, 4, 21; Rom., XIII, Il et s., I Thessal., IV, i3ets. Certains chrétiens paraissent même avoir manifesté quelque impatience de ne pas voir luire assez vite le jour promis; c'est du moins ce qui me parait ressortir de // Thessal., I, 3-32 et III, 5 : Justin, Dial. c. Tryph., 32, croit que l'Antéchrist est aux portes et la croyance à l'imminence de la tin du monde est peut-être le fondement principal des doctrines sociales de Tertullien; Cyprien, Ad Fortini., i, annonce également l'approche de l'Antéchrist; de même dans Ad Dcmetrianiim, 23: iam mundi finis in proximo est; il en voit la preuve dans l'abâtardissement de la race humaine épuisée de vieillesse : Ad Demetr., 34. Ce développement est d'ailleurs amusant dans le détail. De cathol. unit., 16, insiste encore sur cette idée de l'imminence du dernier jour et elle se retrouve également dans Ep., LIX, 7 et Ep., LXVIl, 7 et 8. — August.. Ep., III, 199, 04, dit bien qu'il est à souhaiter que le jour du Seigneur soit proche, mais il pense qu'il y a avantage à le croire éloigné; la vertu en est plus méritoire et, si on se trompe, la surprise en sera plus agréable. C'est selon cet esprit que le saint évcque rassure ses ouailles et les engage à redoubler de zèle et de bonnes œuvres: Ep., II, 122, 2; Sulp. Sev., Dial., II, 14, nous montre chez S. Martin cette conviction que l'Antéchrist est né et va bientôt se manifester.

2. Marc, IX, i ; XllI, 3o; Math., XVI, 27; XXIV, 34; Luc, IX, 27; XXI, 32; / Thessal., IV, i5, etc.

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