Tesnier, François: La Jacinthe,1907
La lleur si connue sous le nom de Jacinthe de Hollande a retenu ce nom de ce qu’elle s’est faite une nouvelle patrie dans ce pays, aux environs de Haarlem, où elle est cultivée depuis longtemps, en grande quantité et avec un succès qui lui a fait acquérir des qualités ornementales qu’elle ne peut avoir et conserver ailleurs.
Elle croît abondamment à l’état sauvage en Syrie, en Palestine et c’est aux environs d‘Alep et de Bagdad, où elle montre en février ses fleurs bleues qu’elle fut surtout remarquée.
Desfontaines l’a rencontrée sur les côtes de Barbarie. Au commencement du XIX* siècle, Robert, du Jardin botanique de Toulon, l’a trouvée aux environs de cette ville dans les endroits sablonneux et découverts, et de môme la remarquèrent Jauvy, dans le voisinage de Grasse et Suffren dans les environs de Nice. C’est aussi de Nice qu’en 1825, lord Aberdeen rapporta à la Société d’horticulture de Londres des Jacinthes sauvages bleues qui fleurirent au jardin de Chiswick.
Introduction de la Jacinthe
On voit la Jacinthe signalée peu après la moitié du XVI e siècle. C’est Matthiole qui, en 1565, dans ses Commentaires la figure et la désigne sous le nom de Hyacinthus orientons ; fl dit qu'il l'a reçut du savant Antoine Cortusus, du jardin de Padoue et qu’elle venait d’Orierfl. Elle ne dut pas tarder à passer d'Italie
dans les Pays-Bas, puisque vers 15GS, Rembert Dodoëns remarque, dans le Jardin d'Anvers, les lleurs d'un beau bleu de VHyacinlhus orientalis major el miner. Lobel la cite sous le nom de Hyacinthus grœcus et Rauwolf qui avait exploré les environs d'Alep en 1578, en lait mention sous le nom de //. orientalis incolis zumbul dans la relation de son voyage publié en
Cette année 1582 vît apparaître une variété à fleurs blanches de la Jacinthe. L’Ecluse la décrit aussi sous le nom de Hyacinthus orientalis ; d’après son témoignage, elle fut introduite. en Belgique, en 1596, chez Jacques Plateau, de Toürnay et chez Jean de Brandon qui la cultivèrent.
Cette Jacinthe type qui donnait une hampe garnie d’un seul côté de quelques fleurs odorantes, bleues, de la forme d’une clochette à six divisions étroites, légèrement rejetées en arrière, montra dès la fin du XVI 8 siècle quelques variations, el la question a été soulevée de savoir si le laps de temps écoulé depuis son introduction, a suffi aux cultivateurs hollandais pour commencer l’amélioration de cette plante (car il est hors de doute que c'est en Hollande que la Jacinthe fut d'abord cultivée spécialement) ; ou, comme cela a été avancé, si elle rfa pas été rapportée antérieurement par les Hollandais qui commerçaient dans les Echelles du Levant; ou, si comme l'écrit Parkinson, elle n'aurait pas été introduite, déjà perfectionnée et changée en couleur, de Constantinople, où au XV* siècle les Heurs étaient déjà recherchées ; ou enfin, si comme cela a été dit, elle n'a pas été rapportée par les Croisés en Italie et dans le Midi de la France. On doit bien reconnaître que la date exacte et les circonstances précises de son introduction sont restées dans le vague.
Quoiqu’il en soit, la Jacinthe se répandit ; Gérard, dans le catalogue de ses plantes, dit qu’elle tut introduite en 1596, mais cela doit S’entendre seulement de l’Angleterre ; il cultivait une Jacinthe Orientale bleue, qu’il représente avec une hampe garnie de trois fleurs ; puis une branche et une pourpre qui ne différaient de la blanche que par la nuance ; it mentionne aussi dans les mêmes couleurs trois variétés à fleurs doubles et toutes, dit-il, seraient venues de l’autre côté de la mer, sans préciser si c’est des Pays-Bas ou du Levant.
La Jacinthe au XVII e siècle
Une trentaine d’années plus tard, en 1629, Parkinson, dans son Paradisus lerrestris , en décrit 8 variétés simples et doubles de nuances blanc, bleu, rouge et celles qu’il figure présentent des grappes de six à treize fleurs, ce qui est un grand progrès sur les plantes de Gérard ; de plus, il dit qu’elles viennent de Turquie.
En Allemagne, on voit la Jacinthe cultivée en 1613, dans le jardin de Jean Conrad de Gemmingen, évêque d’Eichstadt (Bavière), et Basile Besler, dans la description qu’il fait de ce jardin, en eue et figure trois variétés à fleurs doubles : II. orientalis flore duplici, avec une hampe de quinze fleurs bleues vraiment doubles ; II. o. cœruleo pleno , à fleurs bleues et, le IL o. Candidissima plena à fleurs blanches ; ces deux dernières à inflorescences très faibles et donnant l’idée d’une floraison de plan ces encore jeunes.
En France, la première mention en est faite en 1621, par un fleuriste de Paris, René Morin, qui possédait de belles « Iacinthes » en douze variétés, mais il ne paraît pas qu’elles eurent la vogue des Tulipes, Anémones, etc., car Pierre
Morin qui eut les collections de son frère René, dans un catalogue de 1651, annonce sans autres détails qu’il peut en vendre aux curieux. En 1636, Guy de la Brosse cultivait aussi au Jardin du Roi, à Paris, des Jacinthes d’Orient.
La Jacinthe en Hollande
En Hollande, la Jacinthe fut cultivée au Jardin botanique de Leyde ; en 1600, dans le premier catalogue manuscrit de ce jardin, par Pauw, on la voit mentionnée, et dans le cata* logue de 1602, il décrit le II. o. flore luxuriante , ce qui paraît indiquer non seulement plusieurs variétés, mais qu’il s’était déjà produit une amélioration pour qù’il puisse distinguer une forme flore luxuriante.
En L612, dans son Florïlcgium, Swert figure déjà des variétés différentes entre autres : II. o. serotina flore purpurea, à fleurs d’un seul côté de la hampe ; H. o. flore albicanle, R. o. toius albus, H. o. prœcox multis floribus cœrulens , trois variétés dont les fleurs peu nombreuses sont disposées tout autour de la hampe; le H. o. pleno flore cœruleo, qui présente une grappe de sept à huit fleurs bleues bien doubles.
En 1621, Peter I-Iondius, dans son Traité sur le Jardinage donne des éloges aux Jacinthes, surtout aux doubles. Pierre Lauremberg, dans son Apparatus Plantarius, paru en 1631, mentionne trois variétés doubles : prœcox pleniflorus cœruleus, pleniflorus candidus , prœcox prolifer duplo flore albo vires cens et des variétés à fleurs simples dont il figure une forme montrant douze fleurs espacées régulièrement autour de la hampe.
Pourtant, ce ne doit être que dans le dernier tiers du XVII e siècle que les Hollandais travaillèrent sérieusement à l’amélioration de la
Jacinthe, car le jardinier du Prince d’Orange, J. Van dor Groen, dans son livre le Jardinier Hollandais, paru en 1069, dit textuellement : « Il y a diverses sortes de Jacinthes et de noms différents. Les plus rares d'à présent sont les Turckoysebloom (Turquoise), Bulteners, Passetutlen (Passetout), Mayckle^lips, Celeslinen (Célestine), Wille van Katelyn (Catherine blanche), Symbolinen (Syniboline) couronnées et autres. On cueille et on arrache les ognons en juin et on les replante en septembre ou au commencement d’octobre dans la bonne terre sablonneuse. » Et il est très croyable que s’il eiît existé des variétés plus nombreuses, plus remarquables, et entourés de soins comme cela se fit plus tard Van der Groen feût signalé.
En 1733, Philippe Miller, fauteur du Dictionnaire des Jardiniers, tout en disant que les fleuristes anglais ont obtenu de semis quelques variétés, ajoute qu’il venait annuellement de Hollande de nouvelles variétés plus belles que les précédentes que l'on négligeait et que depuis cinquante ans les fleuristes hollandais avaient obtenu un grand nombre de variétés, ce qui démontre un réel progrès pendant ce laps de temps.
Ils arrivèrent à ce résultat d’abord par des semis pratiqués dans une très grande mesure, car si les plantes issues de semis étaient extrêmement variées, à peine une plante pour cent était-elle digne d'être cultivée, quoique l’on vit souvent des variétés offrir des qualités bien supérieures à celles de la plante qui avait fourni la graine. Ce qui augmentait les difficultés, c'était encore le fait que sur dix variétés il n’y avait que trois ou quatre qui donnaient de la semence. Il fallait environ sept ans pour que la fleur d’une Jacinthe de semis ait atteint toute sa perfection, puis un temps aussi long el souvent double était nécessaire pour que cetle
nouvelle variété soit multipliée. Ensuite, ce fut par des soins assidus, une attention continuelle des expériences répétées, des procédés de culture particuliers rnis en action sur un sol sablonneux, bien fumé, où le niveau de l'eau est constant à une faible profondeur et maintient, égale l’humidité de la terre, qu'ils élevèrent cette culture à la hauteur d’un arf et devinrent les producteurs exclusifs de toutes les belles Jacinthes de collections.
Les modifications de la Jacinthe furent notables : il y eut des variétés hâtives et tardives ; des fleurs simples, doubles et pleines. Les trois couleurs primitives augmentèrent en nombre ; le bleu devint bleu clair, bleu porcelaine, bleu pourpre, bleu gris de lin, bleu très foncé approchant du noir ; le rouge varia du rose, de l'incarnat au rouge feu, au pourpre ; le jaune parût : le blanc prit différentes nuances qui faisait surtout ressortir le jaune, le rose, le violet, les différents rouges qui ornaient le cœur des fleurs pleines.
Il est difficile de savoir quand et par qui toutes ces variations furent produites, non seulement le nombre des fleuristes, dont les plus célèbres furent Pierre, Dyck et George Voorhelm,qui à partir de 1680 et pendant trois générations semèrent la Jacinthe, Van Zompel, J. Kreps, Van Eeden, etc., augmenta graduellement, mais il faut leur adjoindre les amateurs oui semaient aussi et ceux qui obtenaient accid nitellement quelques variétés : tous ensemble ils produisirent 2,000 variétés nommées.
Le marquis de Saint-Simon, qui habitait llaarlem, dans son livre classique les Jacinthes , donne le catalogue des Jacinthes cultivées en 1767. 11 est curieux de voir comment les fleuristes classaient les variétés ou, comme ils disaient, les socles ; il énumère dans les Jacinthes doubles : bleu d'agate et gris de lin, 155
surfes ; bleu porcelaine, 157 ; bleu pourpre, 228: rouge, 151 : rose et chair, 12G ; blanche, 98 ; blanc à cœur jaune, 34 ; blanc mêlé de rouge, 91. ; blanc mêlé de rose et de chair, 88 ; blanc mêlé de pourpre et de violet, 89 ; ce qui faisait un total d’environ 1180 sortes ; dans les simples moitié moins nombreuses les sortes étaient bleu d'agate, 48 ; bleu porcelaine, 128 ; bleu pourpre, 156 ; rose et rouge, 100 ; blanc, 154 ; jaune, 5 ; ou à peu près 590 sortes .
11 faut dire qu’il fallait infinitivement de tact pour saisir les caractères qui les distinguaient et pour un certain nombre de ces sortes cela eût été impossible à tout autre qu’à un cultivateur hollandais.
On a aussi eu des exemples de variétés produites par dimorphismes : ainsi la J. Bailly cl’Amstelland à fleurs bleues donna une variété à fleurs blanches qui avaient le cœur rouge ; la J. Vainqueur, à fleurs pleines bleues donna une variété bleue avec quelques pétales blancs ou tous blancs ; la J. Coriolan à fleurs bleues donna une variété bleue panachée de blanc et beaucoup de variétés panachées n’eurent pas d'autre origine.
Les Jacinthes à fleurs doubles
On a attr^ué à Pierre Voorhelm l’obtention et la vulgarisation des Jacinthes doubles, mais comme on l’a vu, elles ôtaient déjà connues et même appréciées avant lui ; de l'Ecluse, en 1611, avait déjà mentionné le II. orienlalis flore duplici. Il faut croire que les fleurs doubles se sont montrées peu de temps après l’introduction de la Jacinthe, mais que la mode doit à plusieurs reprises les avoir recherchées et abandonnées, probablement parce que les variétés simples alors nouvellement, produites étaient plus belles, et Pierre Voorhelm eût le mérite d’en obtenir qui étaient méritantes et do nouveau attira l’attention sur les variétés à
fleurs doubles, attention qui depuis ne s’est pas démentie.
Pierre Voorhelm, comme c’clait alors la mode ne prêtait d’attention dans scs semis qu’aux fleurs simples, régulières de formes et nouvelles de coloris : aussi toute variété présentant un commencement de duplicature était-elle rejetée ; une fleur double ayant accidentellement échappé à la destruction, il put se rendre compte de sa beauté particulière, il la cultiva, la propagea et la répandit chez les amateurs. Cette première variété double, appelée Mary, était à fleurs blanches et fut bientôt perdue ; il en fut de môme d’une seconde ; la troisième, qui parut vers 1698, fut la J. Kœning van Groot Britannien (Roi de la Grande-Bretagne ), dont les fleurs blanches avaient un cœur rose et qui, pendant longtemps, jouit d’une grande popularité. Et depuis, fleuristes et amateurs s’attachèrent à obtenir des fleurs doubles ; parmi les premières on citait : Pidchra, carné pâle ; Cardinal, bleu ; Reine de la Grande-Bretagne, blanc pur ; Apollo, carné strié rose ; Coralline, rouge corail ; Claudius Albinus, blanc de lait strié rose, etc., si bien qu’en 1753, George Voorr helm donna la liste de 224 Jacinthes doubles de choix tandis qu’il ne cite que 207 sortes simples. Ce ne fut que vers 1750 que parurent les Jacinthes blanches à coeur jaune, telles que Flava superba, Saturne, Héroïne, etc. qui descendaient d’une variété simple jaune pâle. Si dans ces variétés et colles qui ont été obtenues depuis, beaucoup ont été perdues, il en est qui ont ôté surpassées difficilement et qui ont été cultivées plus d’un siècle, entre autres la J. Gloria llorum suprema.
Les Jacinthes nouvelles ou conquêtes
Les Hollandais, pour designer toute variété nouvellement obtenue employaient le terme de « Conquête » et pour distinguer ces conquêtes
l’une de l’autre, ils donnaient à chacune un nom particulier sous lequel elle fut inscrite sur les catalogues qu’ils durent établir. Pendant un temps ce fut l’usage de les nommer en cérémonie ; on invitait tous les curieux du voisinage à venir juger la nouvelle venue et elle recevait le nom adopté par la majorité ; cet usage était passé vers la moitié du XVIII' siècle. Aussi n’était-il pas rare de voir plusieurs variétés porter le même nom, il suffisait que la couleur ou la forme de la fleur fut différente ; de même, une sorte simple ou double avait la même dénomination.
Les possesseurs de « conquêtes » avaient aussi l’habitude de mettre en commun les espérances qu’ils fondaient sur ces variétés et ils vendaient un demi, un tiers, un quart de la production de l’ognon, que l’on partageait lorsqu’il avait donné le nombre de caïeux fixés.
Aussi n’est-ce pas sans étonnement que l’on entend dire que des Jacinthes ont atteint des prix dépassant 4.000 francs. La première Jacinthe double qui fut célèbre, le Roi de la Grande- Bretagne ,, dépassa le prix de £.000 francs ; en 1735, dans une vente publique, la variété double bleue non plus ultra et ses huit caïeux furent payés plus de 3.200 francs, et même au commencement du XIX* siècle, la variété rouge i 'Eblouissante atteignit environ 2.000 francs. II n’était pas rare, au milieu du XVIIIe siècle de voir un ognon de Jacinthe valoir six cents et quatre cents francs.
On payait ainsi la nouveauté et ensuite la rareté en réglait le prix, car si certaines variétés donnaient beaucoup de caïeux, d’autres en donnaient peu, comme la J. François Ier , qui conserva pendant plus de vingt-cinq ans son prix au-dessus de 200 fr. Suivant les cas, on voyait les variétés une fois dans le commerce, valoir des prix qui, depuis 200 francs, dimi-
nuaient graduellement jusqu'à 4 francs, et il y avait aussi les sortes communes que l'on pouvait acquérir pour moins de 1 franc.
Les couches de parade et la culture sur carafe
A partir de 1740, une des gloires des fleuristes de Haarlem fut les couches de parade , où ils plantaient leurs Jacinthes les plus belles, les plus rares et les plus nouvelles. On les garnissait d’une terre spécialement composée de deux sixièmes de sable, trois sixièmes de fumier de vache et un sixième de tan consommé ou de terreau de feuilles qui étaient restés en tas pendant six mois, quensuite on remuait tous les six semaines et que l’on n’employait qu’au bout d’un an, mais qui valait encore mieux si on le laissait vieillir plus longtemps. Les plantes étaient disposées en glacis formé par la gradation des hampes ; on les garantissait pen-
dant l’hiver par des caisses et du fumier, et au printemps on les protégeait du soleil par des toiles. Dès que les premières Jacinthes s’épanouissaient, les fleuristes ouvraient leurs jardins aux amateurs et aux bourgeois et le spectacle de ces couches de parade était très fréquenté et très admiré pendant le mois d’avril et les premiers jours de mai.
Ce fut aussi au dix-huitième siècle que prit naissance la mode de faire fleurir, à l’intérieur des maisons, des ognons de Jacinthe posés sur des vases en A^erre contenant de l’eau dans laquelle on voyait croître les racines. Cette méthode trouvée, en 1729, par un Suédois, Martin Triewald, fut d’abord portée à la connaissance de la Société royale de Londres, puis fut expérimenté sur la J. Pulchra , au jardin de Chelsea, et le résultat favorable de cet essai publié en 1732 donna l’essor à cette nouvelle façon de cultiver la Jacinthe. Les vases employés à cette époque étaient longs et cette forme subsista
longtemps jusqu’à ce que Tye, de Manchester, imagina des verres à Jacinthe de formes plus agréables et qui ont été modifiées depuis, de bien des façons.
La Jacinthe de Hollande en France et en Angleterre
La renommée des Jacinthes obtenues à Ilanrlem s’étendit à l’étranger, mais on s’aperçut bientôt que ces ognons qui fleurissaient en Hollande plusieurs années de suite (on a eu des exemples de bulbes qui s’étaient conservés jusqu’à trente ans.) sans perdre de leur beauté, dégénéraient dès qu’ils étaient transportés au dehors et ne fleurissaient bien que la première année, ce qui obligeait à se procurer chaque année de nouveaux bulbes et dès 1750, on voit les amateurs français se plaindre hautement de ce défaut, puis, après plusieurs essais infructueux, montrer moins d’enthousiasme pour les Jacinthes.
En Angleterre, dès le commencement du dixhuitième siècle, les Jacinthes furent recherchées; l’on s’approvisionnait régulièrement en Hollande des variétés qui ôtaient nouvellement obtenues et simples et doubles subirent chacune à leur tour les caprices de la mode. A la fin du siècle, ce sont les doubles qui sont les plus prisées, car dans son FlorisL's Directory, Maddock s’exprime ainsi : ies Jacinthes doubles sont plus belles et plus estimables que celles à fleurs simples ; comme ces dernières, ellas présentent des couleurs bleues, blanches, rouges, quelquefois jaunes, et dans beaucoup de variétés les doubles ont l’avanloge d’un beau contraste dans le cenlre de la fleur que les simples ne peuvent posséder.
Essais de production de la Jacinthe au dehors de la Hollande
Miller prétendit qu’en Angleterre on pouvait obtenir des Jacinthes aussi belles qu'en Mollan-
de, en les cultivant avec le même soin et il prétendit avoir réussi les expériences qu’il avait faites à ce sujet ; il cite ses contemporains William Masters de Canterbury et James Justice amateur à Crichton, près d’Edimbourg, qui cultivaient la Jacinthe avec succès et obtinrent de semis un certain nombre de variétés entre autres la J. Royale British Star à grande fleur double blanche et violette qui fut produite par James Justice.
C’est le cas de citer les essais qui, beaucoup plus tard, furent faits en France dans le même but. Bossin, avant 1840, et exactement cette année, Tripet-Leblanc, fleuristes de Paris, instituèrent des cultures pour arriver à produire des Jacinthes hollandaises, mais malgré une apparence de réussite, cela finit par un insuccès et l’on continua de faire venir les Jacinthes de la Hollande.
La Jacinthe au XIX ! siècle
Le monopole que les Hollandais s’étaient attribué dans cette culture s’est continué jusqu’à nos jours. Les cultures déjà étendues que Saint- Simon citait en 1768, autour de Haarlem, se sont encore augmentées dans les districts situés entre cette ville et Leyde, où l’on voit des localités comme Overveen, Bloemendaal, Hiîlegom, Noordwyck renommées pour leurs cultures de bulbes que le sol et le climat favorisent, surtout pour ces belles Jacinthes qu’ils répandent dans le monde entier.
Le progrès ne s’est pas non plus arrêté ; la première variété à fleurs lilas, la J. VUnique , sport de la J. Ilerslel de Vrede, à fleurs rouges, fut trouvée, au commencement du dix-neuvième siècle, par un amateur hollandais, le pasteur Boekenhoven, et par semis a donné d’autres variations. Dans le cours du dix-neuvième siècle, au moyen de croisements, d’autres nuan-
ces ont été produites, telles que le bleu foncé presque noir, des bleus à œil blanc, des rouges plus vifs, des coloris jaunes plus nombreux, en sus de la forme, la dimension de la fleur et do l’épi ont été aussi améliorées et parmi les plus
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heureux dans ce travail, il faut citer les Krelage qui ont été à notre époque ce que furent les Voorhelm au dix-huitième siècle.
Mais le fait le plus saillant qui a le plus contribué à répandre la Jacinthe, c’est que son prix a considérablement diminué, que tout le monde a pu en jouir, ce qui a pour corollaire d’augmenter sa production d’une façon étonnante, non seulement comme fleur de collection, mais surtout celles des variétés cultivées spécialement dans un but déterminé, comme la culture forcée, en pots, sur carafes, en massifs et l’on voit des cultivateurs qui ne cultivent que deux variétés de Jacinthes, mais qui élcvent des centaines de mille de chaque.
La Jacinthe parisienne
Il reste quelques mots à dire de la Jacinthe parisienne qui diffère de la Jacinthe de Hollande par ses hampes moins bien fournies de fleurs et surtout par sa rusticité et sa facilité de culture ; d’ailleurs, elle ressemble d’une façon surprenante aux variétés de Jacinthes connues au seizième siècle et de môme ne présente que les trois couleurs connues à celte époque sous la forme de variétés à fleurs simples ou Passetout et à fleurs doubles bleues, blanches, roses. Elles pourraient fort bien n’être que les descendantes des premières variétés introduites qui auraient prospéré sous le climat de Paris ; leur nom de Jacinthes parisiennes paraissant indiquer que c’est dans cette ville où elles auraient pris naissance et d’ailleurs elles sont cultivées depuis longtemps dans la région, car en 1680, les jardiniers parisiens les avaient en fleurs au mois de janvier.
La J. blanche de Vilry h petites fleurs liés odorantes et qui fut recherchée pendant longtemps s’éloignait peu du type ; la J. blanche de montagne avait le mérite de donner plusieurs hampes, ce qui fit son succès ; c’est la forme méridionale de la Jacinthe d'Orient, dont le botaniste Jordan a fait une espèce sous le nom de Ilyacinthus albulus ; la J. la Vierge est une autre variété blanche à fleurs simples plus grandes, plus tardive et bien plus moderne.
La J. Romaine blanche qui se rapproche bca coup de la J. parisienne est encore plus précoce, et quoi qu’elle soft encore une forme méridionale de la J. d’Orient, sauvage en Ligurie, Jordan en a fait le Ilyacinthus prœcox. En 1888, une variété plus hâtive, à fleurs bleu mauve fut trouvée accidentellement près d’une cabane abandonnée des environs d’Hyôres, par Louis Robert, qui la fit connaître en 1899 sous le nom do J. romaine Merveilleuse d'Ilyères.
Les Jacinthes parisiennes ne furent cultivées en Hollande qu’après 1830 et encore à titre de curiosité, mais à ceux qui n’y voient que des plantes provenant des variétés hollandaises importées autrefois, on peut concéder que leur nom de Passelout indique qu’elles descendent des Passelutlen introduites de Hollande au dixseptième siècle.
Etymologie du nom de la Jacinthe
Cette fleur a tiré son nom d’une plante dont les fleurs blanches furent, à ce que rapportent les écrivains de l’antiquité, teintes du sang du jeune Hyacinthe, ami d’Apollon, que celui-ci tua par mégarde. Bien que l’on ne put savoir quelle était celte plante, les botanistes de la Renaissance donnèrent le nom de Ilyacinthus h une plante de leur époque et quand le II. orientons entra dans ce genre, quoique le dernier venu, il rendit le nom populaire.