M AC. MN
Li: IXJCTKIU HOMINKÏ
Lk comtk 1)K Sri u [ m.
J'ariiii ces exécuteuis testaiiientairos. je choisis, poui- lepiésentei- leur ensenihle et piésidei- à leuis opéiations coilecliYes, M. Lallitle, avec qui je suis, depuis Tannée iS't'i-. en intimité continue.
Quoique les éniinentes qualités de son cœui- et de son esprit se trouvent altérées par l'insulfisante énergie de son caractère, j'espère, d'après sa digne préparation, qu'il sera le premier disciple auquel je conférerai le sacerdoce de l'Humanité. La distinction que je viens de lui décerner est tellement méritée qu'elle ne peut inspirer aucun ombrage à ses collègues.
.\ lui je confie, à iierpéluité. la garde de ce Testament, qui lui sera bientôt remispar duplicata. Quand il s'absentera de Paris, il chargera de ce dépôt, jusqu'à son retour, M. Foley. Si celui-ci s'absentait pendant ce temps, il choisirait, parmi ses collègues, un dépositaire provisoire.
Tous les exécuteurs testamentaires ci-dessus désignés seront prochainement priés par moi de prendre une exacte connaissance de cet acte chez M. Laffitte. Chacun de ceux (jui, d'après cette communication, me déclareront leur acceptation de l'olfice que jt' ji'ur propose, auia l'aulorisalion de faire, pour son seul usage personnel, une copie textuelle et complète de ce Testament. Aucune autre personne ne doit connaître cet acte, sauf de rares exceptions, ([ue j'accorderai par écrit.
\'u la durée de leurs opérations, mes e.xécuteurs teslamenlaiies p{Uirroiit élre partiellement empêchés de remplir leur ollice. C'est pour(iuoi chacun d'eux, y compris le président, aura la faculté de
TI<:STA.\1KXT DAICISTE CO.MTE. o
se choisir un siipplénnt. ot mémo un sinresseiir, s;>iil\ (l;ms les deux c;is. i'îissenliment de sos col Irrites. Auciiiic de Iciiis drlili!''i-;ili(iiis MO soia valide, n moins (rni-^'onco, (|u"aiil;nil (|irils s'y U'onvoronl au nomhro do plus dt' six, y i-oni[»iis lo [nôsidont ; mais la paiticipalion pouiia toujouis ôtic ôçiito ou veil)alo. au ^\v de chacun.
Deux éventualités, facilement appiéciablos.pouiTaientm'ohligoi* à changer les principaux articles de ce Testament. Mais, quelques additions, suppressions ou modifications que j'y doive jamais faire, j'aurai toujours soin de les inscrire à la suite du manuscrit oiiginal et du double remisa M. Latfitte. Toutes les dispositions qui n'auront pas été formellement changées devront donc être exécutées telles que je vais les exposer.
B. — Il faut d'abord expliquer la situation exceptionnelle (jui m'a conduit à retarder jusqu'à présent un acte que mon âge m'aurait fait plus tôt accomplir, si j'eusse été suffisamment libre. Cette anomalie est résultée du fatal mariage que je contractai, le 19 février 1825, avec l'indigne femme dont je fus irrévocablement séparé le oaoùt 1S42, après dix-sept ans d'intimes soiilliau ces. Outre une pleine communauté de biens actuels et futurs, réversible au dernier vivant, mon inexpérience me fit légalement consacrer une fiction trop usitée, en reconnaissant un appoit de vingt mille francs, environ vingt fois supérieur à l'ensemble do ce que je reçus sous diverses formes. Tout ce que je possède étant loin d'équivaloir à cette prétendue dot, je suis ainsi privé dv lion léguer, même pour les meilleurs motifs, la sé})aration iU' ISi2 s'étant d'ailleurs accomplie sans intervention judiciaiio. Voilà comment je me suis trouvé spontanément détouriu' de fair(> un testament quolron(|uo. ii(Mili;dis{' d'avance par nii liincslo contrat. Le généi-eux mensonge do nui jeunesse no devait point inspirer à ma maturité de nouvelles fictions, (luehiuo moralité ([u'ollos eussent tirée de leur vraie destinaticm. Je n'ai pu dignenioni surmonter cette situation ((ue d'après le changomont oxcopliounol finalement produit dans mon existence matérielle |tar l'onsomblo de ma carrière, confoimément aux exigences naturollcs ^\r ma .mission sociale,
Mn subsiskince étant, depuis sept ans. uniquement fondée surun libre subside, c'est nécessairement de là que dépend mon pavement liimestiiel de l'annuité de deux mille francs que j'ai v(i|(inlaireiu('iil accordée à l'indigne épouse. J'ai donc recouvré ma libellé testamentaire d'après la déclaration décisive qui termine (page ."ia.'î) le tome quatrième et dernier de ma l'oliliriiir pnxitire. publié le l\ septembre i.S,"j4. Des trois dispositions ainsi placées sous la protection de l'ensemble des positivistes, la première garantira l'exécution des deux autres. L'indigne épouse restera, sans doute, autorisée, soit comme héritière légale, soit au nom de son fabuleux apport, à s'emparer de tout ce qui se trouvera chez moi. lors de mon décès, y compris peut-être les objets personnellement propres à l'excellente Sophie. Néanmoins, cette faculté sera spontanément annulée par le besoin de conserver une pension plus importante, à laquelle mes exécuteurs testamentaires pourraient aisément procurer une meilleure destination. C'est ainsi que ma vie publique a noblement biisé les entraves résultées des fautes de ma vie privée. En prolongeant après ma mort une pension nullement méritée, j'ai spontanément obtenu que les deux autres parties de ma déclaration seraient toujours respectées ; ce qui rend opportun le testament destiné surtout à compléter et développer cette triple résolution.
L'accomplissement de ce devoir s'est donc trouvé nécessairenienl relardé jusqu'à l'année exceptionnelle qui sépare celle où j'ai terminé ma construction religieuse et celle où je vais commencer son complément synthétique. Après avoir achevé la Politique positive, je dus d'abord goûter le repos qu'exigeait une telle élaboration, puis préparer un cours que le Couvernement m'a forcé d'ajouiner. enfin écrire l'opuscule épisoditjue que j'ai récemment publié. Dejjuis ce dernier travail, mon Testament se Ironvc (lirccIcMiciil à riudre du jour, mais en cxigranl une pi-éparalion intérieure, destinée à placer mi>n àme dans la disposition convenable, soit (Uivers moi même, soit à l'égard des autres.
l'n tel ollice ne saurait être digncnicid rempli sans inspirer de profondes émotions, dont la réaction cérébrale peut améliore!- tout le reste de la vie. nuoi(|iU' la répugnance à mourir soit ordinairenienl attribuée à des motifs égoïstes, elle compiute. dans les cas
TESTAMENT IV.Vrr.rSTE COMTE. 7
normaux, une explication allruisle. non seulemenl envers la Famille, mais aussi pour la Patrie et l'Humanité. Toute dijine mort mérite d'inspirer une sollicitude analogue à celle qu'inspirent les pertes prématurées ; tandis que l'extinction des parasites est toujours tardive, à quelqu'càg:e qu'ils disparaissent. La principale imperfection de l'organisme humain consiste en ce que le corps et le cerveau sont tellement disproportionnés que celui-ci pourrait ordinairement durer deux ou trois fois plus que celui-là, si la statue pouvait se passer du piédestal. En s'éteignant à cent ans, Fontenelle ofîi-it tous les signes d'une vitalité cérébrale qui n'avait encore été nullement altérée. Ainsi, la religion positive cou sacre le sentiment spontané qui nous fait, à tout âge, regretter la vie, quand nous restons capables d'aimer, de penser, et même d'agir, pour la Famille, la Patiie ou l'Humanité, quoique l'impuissance du corps annule l'api itude du cerveau. Afème les cariières les mieux remplies permettent le plus de concevoir de nouveaux services, si l'impossibilité de les réaliser ne devait point inlerdire de tels projets; comme je l'ai souvent senti, dans ma jeunesse, en formant le plan général de ma carrière.
Ayant presque accompli ma cinquante-huitième année, je pouirais aujourd'hui cesser de vivre après avoir dignement exécuté, d'abord la fondation philosophique, puis la construction religieuse, qui, dès mon début, durent composer ma mission sociale. J'ai même lieu de présumer que, si ma mort était prochaiiu'. elle faciliterait l'avènement du pouvoir spirituel que j'ai fait irrévocablement surgir à travers l'anarchie occidentale, ('ar, à l'état sul)jectif, j'aurais bientôt surmonté l'envie et l'insubordination d'où résultent mes principaux obstacles. Possédant sans résistance le rang où l'on m'a publiquement placé parmi les grands rénovateuis, mon œuvre philosophique», sociale, et finalement ri^ligieuse, se poursuivrait sous un nom unanimement (MihMUM' (rune iri(''sislil)le auiéole. Mais ces inconteslabh^s a\"anlages d'une mort iMochaiiu* se tiouveni plus que coiupcMisés pai' les nouveaux services (|ue je puis rendre, si j'obtiens la longévih- de l<'ontenelle.
Ouoique ma seconde caiiière doive moins (luiei(|ue la première, elle doit être mieux remplie, puisque ma construction religit-use, aussi vaste que ma fondation philosophique, exige un complément
8 TESTA^^K^T D'ATCrSTE CO^[TE.
de mémo éleiidiie. la synllièso imi\eiselle fjiie je vois commencer. Si je dispai'aissais avaiil d'achever ce derniei' tiers de mon anivre, mes successeurs i)ouriaienl mieux m'y suppléei- qireiiveis les précédents. Néanmoins, il convient que le terme final d'une telle [)ro- ^lession soil posé par l'auteur des deux autres, afin que la série régénératrice obtienne plus d'ascendant en devenant plus homogène. A ce grand travail, qui. sauf accident, sera terminé dans si.x ans, succédera, trois ans après, la publication, déjà promise, de la correspondance exceptionnelle où je consoliderai l'immortalité de ma s;iinle collègue en faisant diiectement api)récier notre union. Devant ainsi compléter, avant dix ans, ma carrièie littéraire, ma mission spirituelle, alors moins contestée, peut ensuite s'e.xei cer longtemps, pour conseiller, consacrer et discipliner, avec plus d'etlieacité qu'aujourd'hui. Je pourrais y fournir, à la génération qui terminera la révolution occidentale, un type décisif de l'ollice sacerdotal, dégagé de toute élaboration exceptionnelle, et directement occupé de sa destination normale, restée indirecte chez moi jusqu'à i)résent. Il seiait d'ailleurs utile que le Fondateur de la vraie Religion olïiît un exemple personnel de l'accroissement (ju'elle doit produire dans la longévité commune en perfectionnant l'unité cérébrale et même corporelle.
Tout concourt à me prouver que, quand j'aurai complètement cessé d'écrire, mon ascendant objectif restera longtemps nécessaire pour diriger l'explication et l'application de la doctiine uni verselle que j'ai maintenant établie. Il importe que le Fondateur de la Ueligion de l'Humanité continue de vivre jusqu'à ce qu'il ait ti-ansmis le supièmc [lonlifical à s()n tligne successeur. i|ui n'est point encore trouvé, malgré mes généreuses illusions. D'apiès cette conviction, le délaissenuMit personnel et le dénuement matériel que je subis en ce momeni ne m'onl lait aucunement souhaiter un prochain j)assage à rexislencesuhjerlive. (les eut raves passagères, naliirellemenl pro[)res à ma mission, (Uit tlù seulement susciter un nouvel ajournement pour l'acte (jue j'accomplis aujourd'hui, .le (levais le relarder jus(|irà ce (|ue ma palience et ma i-ésignation eusseni empêché ces incidents d'altéi-er la digne sérénité qu'exige une telle opéralittii. |»ai- ce dernier retard, mcm ànie se trouve mieux disposin' au dcNoir (|ue je remplis ; car ces dilhcultés m'ont
J'ail d;i\ alliage seiilii- que le pouvoir spirituel doit seulement émettre des conseils et des V(xnix, sans pioelamer des volontés ou desconiiiiandeuKMils, même posthumes. Tels sont les divers molifs (|ui m'ont graduelhMuent conduit à n'écrire mon TestamenI que vers la fin de l'année exceptionnelle où je devais solennellement loimuler. d'abord mes souhaits envers mon inhumation, puis les indications ultérieures.
C. — Vu l'ensemble de ma carrièie philosophique et religieuse, je n'ai mainicnani besoin d'aucune précaution pour- me trouver jiréservé de toute entrevue ou cérémonie théologique, soit avant, soit après le moment suprême. Je me suis toujours félicité d'être né dans le catholicisme, hors duquel ma mission aurait dillicilement surgi, jtar suite des dangers, intellectuels et moraux, propres à l'éducation protestante ou déiste. Mais, depuis l'âge de tieize ans, je suis spontanément dégagé de toutes les croyances surnaturelles, sans excepter les plus fondamentales et les plus universelles, d'où les occidentaux tirèrent tous les dogmes catholiques. Ouels qu'aient d'abord été pour moi les inconvénients d'une émancij>ation aussi précoce, je reste convaincu qu'elle fut indispensable à ma destination, jiuisque je ne pouvais vraiment systématiser le culte de l'Humanité qu'après avoir entièrement éliminé Dieu. Néanmoins, ([uand j'eus subi l'état sceptique plus complètement qu'aucun de mes contemporains, je m'en trouvai, dès ràg-e de viiigt-(iuatre ans, irrévocablement affranchi, par ma découvei-te des lois sociologiques, qui me poussa directement à i-econstriiire la spiritualité. Depuis Tannée IS^.'i, mes écrits témoignent un respect croissant pour le catholicisme, précurseur immédiat et nécessaire de la leligion (|ui doit suitout consolider et développer la consliiiclidn ébaucliée au douzième siècle. A mesure que j'élaborais la dogmatisation positive, je devenais plus incapable de i-etournei- aux croyances suriialnrell(>s ; mais aussi je vénérais davantage une llKMddgic longlcmps organi(|ue, et je nu'qti-isais i»lus iirofondt'Miicnl une iU(''la|tliysi(|ue toujours dissolvante.
Dès {ju'on croira (|ue j'ai cessé do \ivre. on dcNia me laisser au lit comme un simple malade. jus(|u"à ce (|ue mon cor|»s soit dans
10 TESTAMENT D'AlT.rSTE COMTE.
lin (H.it pronoiu-r de piitirfaelion. soûl si<,nie de mort vraiment certain, faute duquel ont souvent lieu des inhumations déplorables. Nul ne devant être soumis à l'exploration anatomique sans sa propre autorisation, j'interdis envers moi cette vaine curiosité, que j'ai toujours jugée aussi stérile pour l'intelligence que funeste au sentiment. Ce lespect doit être poussé jusqu'à me préserver de toute opération d'embaumement. Les vains elforts contre la décomposition matérielle émanent de la synthèse absolue et personnelle, surtout depuis qu(^ le monothéisme proclama la résurrection corpoielle. Ouand la leligion devient relative et sociale, on dédaigne de telles luttes, parce qu'on n'aspire à levivre que dans et par autrui, si l'on a réellement vécu pour autrui. C'est comme souvenir ou signe qu'il faut apprécier les restes des êtres chéiis. quel que soit leur état spontané ; nous sommes ainsi conduits à les respecter scrupuleusement, au lieu de retarder leur inévitable dissolution en profanant leur indivisible structure. En considérant les urnes cinéraires de l'antiquité militaire, et les cénotaphes, privés ou publics, tant employés par les musulmans, le culte des morts se montre indépendant de la conservation de leurs formes, dont la contemplation extérieure troublerait l'évocation intérieure.
Le samedi i^^' mai 1847, dans une sainte visite au cimetière de l'Est, je fis spécialement connaître à M. LafTitte le lieu précis de ma sépulture, au centre d'une petite vallée adjacente à la tombe d'Élisa Mercœui'. C'est là que les positivistes, d'abord réunis à mou domicile, devront me conduire, sous la bannière saciée de la religion universelle, si. comme je l'espère, le Couvernement leur permet cette manifestation d'un emblème de paix et d'ordre. J'invite ce cortège à s'arrêter devant l'église Saint Paul (rue Saint- Antoine), où, depuis la fin de novembre 18o4, je vais, chaque samedi, jour de mes visites hebdomadaires à .M""^ de Vaux, prier une demi-licurc. dans la cliaitcllc ciintigué à cflle du baptême. .Miui f'M'ur institua cette prali(|ue tMi eommémoiation de l'incomparable céréuKuiie accomiilie en ce lieu le jeudi iSaoùl IHM\. d'où j"ai Iniijnurs daté mou mariage sj)iiiluel avec mou angélique collègue, (juand niMis y fûmes parrain et marraine de son neveu. Bientôt mon esprit sanctionna cet usage, auquel j'ai déjà dû
d'heureuses inspirations, en me disposant à mieux sentir- les relations normales entre le catholicisme et le positivisme. Une telle explication doit ici prévenir' toute méprise envers la manifestation ([ue je viens de demander ; elle spécifiera mon respect /iénéral pour les lieux de méditation que la libéralité catholique tient toujours ouverts aux âmes avides de culture morale. Si l'on interdisait cette courte station, il suffirait d'incliner respectueusement la bannière positive en faisant noti'e signe religieux, quand le cortège passera devant le temple du vrai fondateur du catholicisme.
Malgré l'ingratitude de ceux(jui maintenant exploitent mes travaux sans coneourii- à me préserver de la misèie, ils s'empresse r-oiit, pour la plupart, de venir à mes funéiailles étaler leurs l'egrets. et peut ètie vanter leur leconnaissance. J'invite mes exécuteurs testamentaires à ne jamais repousser ces manifestations, qui pourront ([uel([uefois devenir sincères, même avant que le cri public les ait imposées. Il faut pourtant excepter de cette indulgence trois pei-sonnages qui sortirent, en 1852, delà Société l'ositiviste. dont ils étaient membres depuis sa fondation. Si l'indignité de leui- conduite n'eût concerné que moi, j'auiais borné leur punition à ma résolution, immédiatement proclamée, de ne jamais admettre leurs souscriptions quelconques : mais je dois ici fiétrir leurs ignobles calomnies sur ma fille adoptive. Outre ces trois e.vclusions déterminées, envers lesquelles, sans citer des noms qui me répugnent, je ne crains aucune méprise, je recommande que mon coitège funèbre soit préservé de tout concours, individuel ou collectif, émané démon indigne épouse ou de l'École polytechnique.
Si la chapelle publique du cinu^lière de l'Est se trouve alois devenue civilement commune à tous les cultes, je désire que mon cercueil y soit d'abord porté, pour accomplir avec plus de décence la cérémonie qui doit précéder rinhumatiou. Kaute d'un tel mode, la célébration locale devrait se réduiieà (|uel(iues mots prononcés sur ma tombe. Dans tous les cas, la vraie commémoiation exige, suivant nos rites, le lieu normal de nos réunions religieuses, en y convoquant une assemblée spéciale île tous mes disciples i\i'< delix sexes, pour le troisième diman<-he api-ès l'inhumation.
12 TESTAMKNT IVATT.rSTE COMTE.
11 t'sl à ciaiiulip qiio, malgré leur zèle, mes exéculeuis ie.slamenlaiies ne piiisseiil pas réaliseï- les vœux proclamés au (nme final (le ma /'o//7/V/(/'' posiiirr (pages o."»3 et ii;")^»-) sur ma communauté (le sépulluit^ avec mes liois anges. Si levoni principal s'ac complit, on placera, dans un cercueil exceplionnel, le corps de ma sainte compagne à la droite du mien, nos mains entrelacées lenajit le petit médaillon qu'elle-même garnit chez moi de ses cheveux, le dimanche ."> octobre 1845, en l'appelant le don du cœur. Ce talisman qui, depuis lors, sert à mon culte quotidien, sera seulement tenu sur mon C(pur par ma main droite, dans sa bourse verte due à notre Sophie, si la léuiiion objective devient impossible. En ce cas, mon cercueil exceptionnel renfermerait, au lieu de l'angélique corps, un simple cénotai)he, avec l'inscription : Clotildc de \'(ni.r, éliniicUi' c(mipa(jiic d'Aiimisir Cnmlc, liée II' 3 nrril ISI.~) à l'aris. ri drrrdc'r le J anil ISUJ à Paris.
Le cercueil vide devrait seulement contenir, dans mon mouchoir de M'"'' de \'aux, ma toulle de ses cheveux, coupée sur elle après sa mort, plus ma vieille montre à boîte et cadran d'or, qui servit à mon amie pendant ses trois derniî'res semaines. Relativement à ma vénérable mère, je ne puis maintenant espérer qu'un cénotaphe, lenfermant la pelite montre qui seule me reste d'elle, et portant l'inscription: .1 /a di;jn(' mère d'Auguste Comte, Rosalie lioijer, uéc le 2S janvier 1704 à Jonquières (Hérault), cl (Irrédéf h- 3 mars 1837 à Montpellier. Ouaiit à celle de mes trois patronnes qui, j'espère, me survivra, sa communauté de tombe avec nu»i suppose le libre assentiment de son excellent époux ou de leurs deux fils.
.\près sept ans d'épreuves jouinalières. je la pioclamai ma fille adoplive, devant un nombreux auditoire des deux sexes, dans la cérémonie religieuse du .Icudi IS juillet ISoÔ, relative au second mariage positiviste (celui de M. le docteur Segond avec M"'^ Léonie de l.aniu'au). .Mais ce lien exceptionnel, de plus en plus respecté par tous mes vrais disciples, ne doit jamais allér(U-, nuMue en idée, riiarnioiiic noiniMlc (le radniirahic ménage dont je puis journellement a|t|ii('ci('r la parfaite uni(ui, (|ui pourrai! y faire justement repmisser tonte sépar;dion des sépultures. SI ceux (|ue ma Iroi-
TKSTAMKNT D'ArcrSTK COMTK. VA
sièiue angi' cliéiit avciiil iiuti se tioiivaient plus alïligés qu'honorés de la eoniiuuuauté (jue j"ai souhaitée, mes exécuteurs testamentaires substitueiaient au ceicueii tiliai un simple céiiotaplie, renfermant la robe léguée à Sophie par notre Clotilde. L'inscription à compléter serait : A rhiromjmrahle fille (idoptirc d' AntjHatc i^mitc, imitée en dh/ne sœiir par Clnîilde de Vaii.r. Sophie iiliaux, épouse de M. Morliii Thomas, née le 1S septemhre iSOL à Oissij (Somme), cauloii de Molliriis-Vidame. Vides ou pleins, les deux cercueils, maternel et filial, deviont être placés, le pre mier à droite, le second à gauche du double cercueil conjugal : on recouvrira le saint groupe d'une simple pierre, surmontée d'une phuiue de marbre. Autoui- du demi-cercle qui terminera celle-ci. la formule sacrée du Positivisme (L'Amour pour principe, et l'Ordre pour base ; le Progrès pour but) enveloppera le titre : Auguste Comte et ses trois anges. Toute clôture étant spécialement déplacée envers le philosophe qui prescrit de rim-e au grand jour, la commune sépulture seia seulement entourée d'une balustrade en fer, dont les deux côtés doivent être chacun extérieurement pourvus d'un banc de bois à dossier.
D. — En procédant aux opérations postérieures à mon inhumation, mes exécuteurs testamentaires devront, avant tout, s'occuper du payement de mes dettes, d'abord privées, puis publiques. Les premières se bornent à deux sommes que j'aurais depuis longtemps remboursées si ma situation matérielle eût été moins déplorable. Premièrement. M. Captier. mandataire des fabricants de draps de Lodève, demeurant à Paris (22. rue Neuve-Bréda). m'a noblement prêté m/ZA' fraucs le 2(; mars 1846. Secondement, mon excelleide Sophie et son digne mari m'ont otîert de la manière la plus touchante, quand ma détresse a commencé, six cents francs, que leurs saintes instances m'ont fait enfin accepter le 20 octobre 1848. Quoique, dans ces deux cas, personne n'ait compté faire un placement, j'espère que mes exécuteurs testauu'utaires y pourront obtenii-, en mon nom. de joindre au remhoursemeid de la dette le payement des intérêts simples à (•in(| pour cent l'an.
Je n'ai d'autres dettes publiques, c'est-à-dire relatives à ma
W TKSTAMKNÏ D'AlMilSTE COMTK.
mission, que celles résultées de l'impiession de mes ouvrages à partie de ISW, époque où je cessai d'avoir un éditeur-, la vente de mes livres quelcun(iues étant dès lors vouée entièrement à payer les frais typographiques. Bornée d'abord à chaque volume séparément vendu, cette garantie est bientôt devenue mutuelle entre tous les tomes d'une même œuvre, et j'ai tinalement rendu solidaires toutes mes productions, y compris celles qui précédèient cette institution. C'est ainsi que, malgré ma pauvreté personnelle, j'ai fondé mon crédit typographique, de manière à tromper l'infâme espoir de mes vils persécuteurs, (jui voulaient surtout éteindre ma voix.
Voilà le mode spécial que mes exécuteurs testamentaires devront exclusivement appliquer au payement des sommes quelconques dont la mort me laisserait redevable envers mon honorable imprimeur (M. Thunot). Elle sont actuellement réduites à iiexf cenls francs environ, restés dus pour le dernier volume de ma l'olitUjue pcmtice, plus tous les frais de mon Appel (ni.r Conscrraieurs, dont je n"ai pas reru la facture, qui montera, je présume, à sepl cents francs.
Les nouveaux travaux que j'ai piomis pour les trois traités qui doivent {■om^o^fii- mdi Siinthhe subjecllve, formant en tout quatie volumes, pourront augmenter cette dette, à partir de celui que je vais commencer et que j'espère publier avant la fin de I8;j(). Quand mon impiimeur sera complètement payé, la vente totale de mes ouvrages devra rembourser les deux généreuses avances, d'environ deux mille francs chacune, par lescjuelles M. Lonchampt. en 1851, et M. Audilfrent en l.S.")4, assuièient la publication de mon [irindijal ouvrage.
(le mode solidaiie (rac(|uitlement de tous mes fiais lypogra- |)lii(iues doit recevoir une dernière application envers la corresjiondanct' entre Auguste (lonile et Clotilde de \'aux. (|ue j'espère publier en IS04, suivant ma promesse, en y mêlant nos lettres selon leurs dates. Si ce saint espoii- peut se réaliseï', je commenceiai ce volume exceptionnel par la biogiaphie de ma noble collègue, suivie de la mienne, à la(|uelle je joindrai le présent Testament, accompagné de mes prièies (|uolidiennes et de mes confessions annuelles. En cas de mort prématurée, mes exécu-
TKSTA.MKNT D'ATCrSTF. COMTK. I.'J
leurs lestamtMilaiies. après avoii- édité ce qui resterait manuscrit de ma Sipillirsc suhjeriivf. devront immédiatement accomplir cette publication, en faisant suivre chaque lettre de sa réponse (1). Dans cette hypothèse, la double biographie manquerait, et la correspondance serait seulement précédée de ce Testament, accompagné comme ci-dessus : le tiroir supérieur de mon secrétaire réunira tous ces papiers. Ayant récemment appris que le manuscrit incomplet de WiUhdmine, que je croyais détruit, existe entre les mains d'un frère de M"'^' de Vaux, j'espère que mes exécuteurs testamentaires pourraient alors obtenir une restitution qui leur permettrait de joindre cette ébauche à nos lettres.
Quand le saint Vdiume sera publié, le même mode devra linalement s'appliquer à ma Corirspoiulaiice (jénénde, réductible en un seul tome si l'on écarte toutes celles de mes lettres qui ne sont pas d'intérêt public. En accomplissant cette extrême publication, il y faudra rappeler que j'ai, depuis longtemps, détruit tous mes matériaux restés inédits, et que je désavoue d'avance tous mes prétendus écrits non imprimés.
Toutes les dépenses propres à mon fonds typogiaphitiue étant ainsi définies, je dois maintenant spécifier celles plus considérables et plus durables, dont j'ai solennellement grevé le subside
(1) Mes letUrs ne doivent pas être publiées tl'aprè.s leurs originaux, que j'ai toujours laissés, comme M°" de Vaux les avait placés, dans la boite à gants que je lui donnai lors du baptême où nous fûmes unis. U faut employer les copies que j'en prenais avant de les envoyer, pour prolonger des émotions dont je sentais le prix : ces copies sont groupées, par mois, avec les lettres correspondantes de mon amie : c's groupes me servent à relire annuellement chacune de nos lettres à sa date. La collection des originaux man(|ue de sept (les derniers, qui ne purent trouver place dans la boite que jemportai, sur la demande de .M"" de Vaux, trois jours avant sa mort. C(îs sejjt lettres furent retenues par la mère el le frère de mon amie, malgré mes réclamations spéciales, et contre les ordres formels du père, quand il commanda sans succès la restitution de la W'Ulhelmine léguée. Pour contrôler le recueil d'après lequel la publication doit s'accomplir, j'avertis que l'ensemble de notre coi-respondance contient 8G lettres de M""= de Vaux, du l*"^ mai ISiJ au 8 mars 1846, et 9ô de moi. du 30 avril IS'iS au 20 mars 1816. Si j'en suis moi-même l'éditeur, je ne compte livrer à l'impression que la copie générale (|ue j'en ferai spécialement, en y mêlant les deux sortes de lettres suivant leurs dates, en sorte que chacune soit immédiatement suivie de sa léponse. En cas de mort prén)aturée, je recommande à mes exécuteurs testamentaires de procéder ainsi, pour assurer la scru|)uleuse conservation des originaux, y compris mes copies primitives, d'après l'explication précédente : ces monuments ne doivent jamais sortir de mon appartement.
16 TESTAMENT DAnilSTr: COAÎTK.
positiviste à la (in de mon piineipal oiiviafie. Quoique cette liiple déclaration ait été ci-dessus mentionnée, il l'aul ici la i-epi-oduire textuellement, sauf à la compléter ensuite :
(( 1» L'ensemble de mes adhérents continuera l'annuité viagère de deux mille francs indiquée dans ma quatrième circulaire, afin que j'accomplisse jusqu'à son terme naturel rol)lij2:ation résultée, dès ma jeunesse, de ma seule faute vraiment grave ;
« 2° Une annuité \iaj;ère de (|uinze cents fiancs sera consacrée, par la reconnaissance des vrais croyants, à la fille adoptive qui m'a voué, depuis treize ans, son incomparable assistance ;
« 3" Cetteéminenteprolétairegardera,pourmon successeur, dans son état actuel, aux frais de l'église universelle, le saint domicile où surgit et s'accomplit l'évolution religieuse du positivisme, dont les rites sacrés continueront de s'y célébrer jusqu'à l'avènement d'un temple spécial. »
E. — Parmi ces trois vœux, le premier, comme je l'ai ci-dessus expliqué, garantira la libre exécution des deux autres, en imposant au subside positiviste une charge où la règle : L'Inmimc doit nourrir la femme, re(;oit la plus extrême application. Après avoir généreusement assuré la subsistance d'une personne dont je n'ai jamais re(;u que du mal, mes disciples ne trouveront point onéreuse l'obligation de consolider la modeste existence de l'auge qui, depuis longtemps, est dignement devenue mon inappréciable auxiliaire. Leur reconnaissante sollicitude doit même sur\ivre à ma (ille adoi)tive, en se pi'olongeaut sur son excellent époux et son second fils, l'autre i)ou\ant déjà se sullire. Si donc Sophie meurt avant ceux-ci, sou aniiiiité \iagère sera transpoitée à .M. Martin Thomas son maii, mais en la réduisant à mille francs. Quand celui-ci mourra, cette pension, alors réduite à six cents fiancs. concernera leur dernier fils Paul, né chez moi le jeudi 1.*} juillet 184.S, jour du premii'i- mariage positiviste : cette charge du lil)resubside doit duier autant (|ue cet enfant, (|ue je crois apte à devenir un Inumne éminenl.
Alin d'avoii- assez caiactérisé les obligiUions [x'cuniaires {|ue je lègue à l'ensemble des viais croyants, il me reste à spéciliei- la plus prolongée mais la moins onéreuse, consacrée en l8o4, dans
TESTAMENT DAl'lU'STE COMTE. 17
le cliapitre final de iiuiii i»iiii(i]»al ouviaf>e. J'espère voii- bientôt suppiiuiec, en Kranee, lonl l)ii(l^et lliéologique ; en sorte (|ue la subsistance des prêtres quelconques reposera, comme la mienne, sur les souscriptions volontaires de leuis adhérents respectifs. Mais, si cet all'ranchissement ne s'accomplit qu'après ma mort, je désire seconder, autant que je l'aurais fait pendant ma vie, le libre entretien du culte catholique à Paris, suivant la déclaration que je viens de rappeler. Outre la participation que mes disciples y pouri-ont individuellement piendre, ils devront collectivement acquitter mon engagement pulilic de cent francs par an en faveur du catholicisme, pendant toute la durée de son subside volontaire. La moitié de cette souscription sera spécialement affectée à l'église Saint-Paul, comme souvenir et prolongement du minime tribut que je continuerai toujours d'y porter chaque semaine, même pendant mes sessions de travail.
Ma triple résolution, ci-dessus reproduite, exige une explication spéciale envers sa dernière partie. En y chargeant ma fille adoptive de garder mon appartement dans son état actuel pour mon successeur, je n'ai pas voulu qu'elle se trouvât exclue de notre domicile par l'avènement du second Grand-Prêtre de l'Humanité. Si celui-ci surgit avant la mort de Sophie, il devra dignement attendre cette perte avant d'entrer en possession de l'appartement du fondateur de la religion universelle.
Dans sa jouissance viagère du domicile dont elle doit scrupuleusement conserver la présente installation, ma fille ado[itive sera seulement assujettie aux lestrictions suivantes. Elle y devra laisser, chaque mercredi soir, continuer les séances de la Société Positiviste. (Juand le Comité Positif sera sulfisamment fondé pour l'Occident, je désire aussi qu'il se réunisse, à son gré, dans mon appartement. L'éminente conservatrice du domicile pontifical devra permettre le libre usage de tous mes livres à chacun de mes treize exécuteurs testamentaires. Mais j'invite ces disciples à remettre chaque volume à sa place actuelle, et surtout à respecter la distribution générale de ma l)il)liolliè(|ue en trois parties, usuelle, accessoire, et superllue, situées dans iW> l)ièces dilférentes. La dernière sera seule donnée, en détail, au gré de mes exécuteurs testamentaires, sauf les manuscrits conqdets
18 TP:STAME.\T D'Al'crSTK COMTK.
qui s'y trouvent de tous mes ouvrages imprimés ; on les gardera comme monument ou far- si mi le. sans décomposer aucun traité. Tous mes autres livres a])paiti(Minent d'avance à mon successeui', cliar^M^ (le les transmettre aux pontifes suivants, de manière à former la hase [lerpétuelle de la l)il)liolhè(|ue du (Irand Prêtre de l'Humanité.
Ce legs général n'admet d'exception qu'envers des volumes secondaires, que je désire olîrir à quelques disciples comme des souvenirs personnels, dont toute la valeur résulte du sentiment qui m'inspire ces minimes dons. Je lègue à M. Hadery la petite édi tiou de la Dirina Comedia qui me sert journellement; la grande annotée aiipartienl à la bibliothèque pontificale.
M.VI. AudilTrent. .\lagnin, de Constant, Lonchampt et Foley auront respectivement mes exemplaires personnels de ma (iéométric (uialijiUjiir, (le mon Asirnuomii' populaire, du Discours sur l'nisrmhlr ilu posifirismf, du Calérhismr posilivistr, et de l'.l;)- ]n'l (lu.r roust-rrulcurs. Le double exemplaire de Vlmilation (original et tiaduction de Corneille), que je lis chaque matin depuis le h'' Janvier 18W, doit appartenir à M'"^' Elise de Capellen. A mon excellente disciple M""^' Marie Robinet, je lègue la Journée du (lirélicii que .M'"'- de Vaux me donna, dans notre dernier Dimanche, comme sou livre de couvent, dont je lis (|uelques pages cha((ue Dimanche soir depuis la catastiophe. Quoiqu'aucun de ces volumes n'ait maintenant de suscription, je compte mettre à chacun d'eux celle qui lui convient. En réservant ce soin pour ma dernière semaine, j'espère que chaque souvenir aura plus de prix.
Je donne mes trois cachets usuels, politique (Ordre et [Progrès) du 18 Janvier 1847, moral (Vivre pour autrui) du 17 Descartes 61, et pratique {Vivre au grand jour) du 17 Mo'ise 67, le premier à M. Latlitte, le second à M. Lonchampt, et le troisième à M. Magnin.
Quant à mon sceau pontifical, du 4 Frédéric 62, où le titre 7^^ligion de l'Humanité circonscrit la formule sacrée du positivisme, je le confie à M. Robinet, afin qu'il le remette à mon successeur dans la cérémonie de son inauguration.
Tout ce que je possède doit d'ailleurs être autant regardé que mes livres comme appartenant à mon successeur, pour lequel je
TESTAMKXT D'AFcrSTE (;0^[T1•:. 19
conserve chaque objet, en laissant apiès moi ce soin à ma fille adoptive ; je n'excepte de la subslilulion (jne mes eiîels purement privés. Parmi ceux-ci, je lègue à Sopliie, en pleine propriété, transmissible à son gré, toute mon aigenterie et ma vaisselle, plus tout mon linge et mes vêtements quelconques. Klle gai-dera ma montre à répétition, avec sa chaîne d'or, et la petite boite d'or annexée qui renferme des cheveux de notre compagne, pour remettre le tout, en mon nom, à son fils Paul, le 13 Juillet ISC»!). jour de sa majorité. Les objets directement propres à Sophie, ou bien à sa famille, se trouvant, en partie, mêlés aux miens, mes exécuteurs testamentaires devront immédiatement adopter sa déclaration quand il faudra les distinguer. Sophie auia le portrait spécial de notre Clotilde ; je lègue à ma sœur (M"'^' Alix Comte, î. rue Fournarié, Montpellier), mon image hollandaise encadrée, alin de compléter l'envoi de mon buste à notre père après la léconeiliation dont je pris l'initiative.
En ayant égard à ces diverses exceptions, mon successeur possédera, de la même manière que moi, c'est-à-dire pour le pontife suivant, tout ce que contient aujourd'hui mon appartement, et tout ce que j'y pouriai jamais ajouter. Mais il devra respecter, comme appartenant au trésor sacré de l'Eglise universelle, toutes les reliques de Clotilde de Vaux, que renferment les deux tiroirs de mon secrétaire voués à cette destination jusqu'à ce qu'elles soient transportées au premier temple de l'Humanité. La même vénération convient au fauteuil rouge, enveloppé d'une housse verte, et marqué, sous son bord antérieui-, de mes initiales en cire rouge. Ayant toujours été le siège de M'"^' de \'aux dans ses saintes visites du mercredi, je l'érigeai, même pendant sa vie, et surtout après sa mort, en autel domestique ; je ne m'y suis jamais assis que pour nos cérémonies religieuses. 11 pourra remplir ce seul office tant (jue le permettra sa conservation, avec les fleurs que me fil ma sainte collègue, et que j'ai constamment appliquées, dans leur vase, à nos rites publics, quoique flétries depuis longtemps.
F. — 11 faut maintenant compléter mon Testament, en y s[»écifiant, envers ma mission sociale, plusieurs V(i>ux ou conseils (jui,
'>{) TKSTAMK-NT D'AnilSTK COMTK.
iiialjj;!»'' ((iTils soicnl aiijiKiid'Iiui piùiiialiiirs, doivent être actueliiKMit (■'l)aiicli(''s. t'u cas ([ue je iiieuie avant d'avoir pu les luiiniilei- coiivenalilenient. Queiiiu'imparfaite que reste encore la Sociélé Pdsilivislf. Idndée en Mai-s iSiS, elle doit subsister, saut épuiatiou, en devenant, de plus en plus tiateiiudle et vénéiante, jusqu'à l'avènement du (>omité Positif, indiqué, dès 1842, à la tin de ma Plnlosophie poiiilivc. Je lui donne, après moi, pour président perpétuel, M. Magnin, qui pourra s'y choisir, au besoin, un supitléant. et même un successeur, doué d'une semblable faculté, suivant notie loi des transmissions. Ses réunions hebdomadaires ne devront pas cesser (|uaiul le salon positivisle aura dignement surgi sous l'ascendant féminin ; elle jxiurrait se suboi-donner utilemeiil au (lomité Posilif lors(|u"il seia sulltsamment formé.
N'ayant pu jus(|u';i présent déleriuiner (juc le tiers du fond occidental de ce comité, je dois pourtant proclamer ici ces choix incomplets. Parmi les huit membres pro[)ies à la France, j'en ai graduellement ticuivéciii(|. M.M. I.allille, .Magnin, lladery, Deullin, el Lonclianij)!. <Juant au leste de l'Occidenl. j'ai seulement choisi M. le comte de Sliium pour la Hollande, don José Flôrez pour l'Espagne, M. le baron de Kibbenlrop pour la Prusse, entin MM. Kicbard (longieve, Henri lùlger, et John Kishei- pour l'Angleterre. Plus comi»osé de praiiciiMis (jue de théoriciens, le comité transitoire est pourtant destiné surtout à seconder la sollicitude systématique du [»ontife universel envers l'installation générale du positivisme.
Le (Irand-Prêtre de l'Ilunianilé doit toujours présider ce corps auxiliaire, ([ue j'aurai moi-même dirigé, si je puis le constituer avant de mouiir. Outre la siiiintendance normale du subside positiviste, principalement relatif au sacerdoce, le pontife y conservera l'initiative des adjonctions et mutations : tant que duiera la Société Positiviste, il aura soin que son président soit membre du Comité Positif.
Le moment n'est pas venu de pioclamer les choix que j'ai graduellement élaborés, depuis 1848, pour le triumvirat systématique qui dirigera la République française pendant la principale partie de la transition organique, quand les conservateurs introduiront des chefs positivistes. Mais mon Testament laisserait une
Tp:sT.\.Mr-:\T D'ArcrsTK comtk. 21
grave lacune si je n'y consijiiiais point les lésnltals. (I(''j;"i sulfisanls à mes yeux, de ce secret examen. En cas de mnit inématuiée. je dois ici conseiller au dictateui- fran(;ais d'instituei'. en temps opportun, la dictature positiviste, en proclamant MM. Mngniit (iouverneur des Finances. Haderij fiouverneur de l'Intéiieur. et Ik'xilin ('louverneur de l'Extérieur (I).
Depuis que j'ai suffisamment institué la religion positive, ma principale sollicitude a de plus en plus concerné la formation décisive du noyau sacerdotal. (|ui doit être composé de cinquante philosophes avant la fin du siècle actuel. Son avènement sera matériellement garanti par le subside positiviste, qui deviendra le budget central du clergé positif, à mesure que les gouvernants et les gouvernés se convertiront à la vraie foi. Si ce libre fonds était au niveau de sa destination, je jiourrais maintenant él)aucher sa double attribution, en assignant à MM. Lallitte et Flore/, deux annuités viagères, l'une sacerdotale, l'autre apostolique, qui leur permettraient un digne essor.
Outre ces deux choix, déjà mûrs à mes yeux, l'apostolat et même le sacerdoce doivent prochainement acquérir quelques membres précieux, dont l'avènement dépend surtout de l'accroissement du subside poskiviste. D'après cela, j'ai récemment déterminé, pour les pi'ètres et vicaires, les conditions encyclopédiques f|ui gaiantiront au publjc. ainsi qu'au (irand-Prètre. l'aijlitude théorique des philosophes, quand leurs (lualili's nioiales seront assez constatées. Ces épreuves, qui se succèdent à des intervalles d'un à trois mois, consistent en sept thèses imprimées, au gré du
(1) Quoique infoniu' tardivement, M. Deullin avait d'abord refusé de se laisser désigner pour remplir éventuelleuiont des fondions politiques jiour lesquelles il ne se sentait aucune aptitude. Auguste Comte insista beaucoup et témoigna une vive contrariété de la lacune que ce refus laisserait dans sun cadre de prévisions. Sa santé commençait à s'altérer : M. Deullin. mù par un sentiment de déférence qui sera apprécié par tous les iwsitivistes, crut devoir se soumettre ; mais ce fut à la condition formelle, acceptée par Auguste Conile. (jue cette désignation serait jirovisoire et (pi'il serait pourvu à son remplacement le plus promi)tement possible.
La maladie et bientôt la mort ne perujirent pas à notre maitro de rtMiiplir sa promesse et de moditier son testament sur ce point.
(Xotc des Exécuteurs tcshimentuin's, insérée il oprcs déiisinn du (i srptunhrç 1885, sur la demande de M. Deullin.)
22 TESTAMENT T) ArCUSTE COMTE.
[lostiihml. s\ii- les sept sciences roiitamentales ; sept jours après sa récopUoi). chaque thèse est publiquement cnmpiétée par un exanuMi oral. Quoique M. LalHlle et M. I^apot soient aujourd'hui les seuls théoriciens que je juge immédiatement aptes à cette candidaluie, MM. AudilTreut et Folev m'en paraissent assez rapprochés pour que je croie pouvoir déjà garantir leur avenir sacerdotal. La nature éminemment sympathique et synthétique de MM. Robinet et Bazalgette me semble aussi les appelei- au sacerdoce de l'Humanité, malgré les lacunes actuelles de leur [uéparati(m encyclopédi(iue. Vu leur excellence morale, je irii(''sili'rais [Kunl, s'ils me le demandaient, à les dispenser de la thèse mathémali(iue, et même des trois suivantes, rien ne pouvant, à mes yeux, exempter des trois dernières. Enfin je regarde M. Kisher comme un digne aspirant au sacerdoce positif, dont je le crois capable de remplir, dans quelques années, les conditions intellectuelles aussi bien qu'il en remplit déjà les con<litions morales.
Q — TdUles les dispositidus de ce Testament sont, par ma situation, plus ou mi»ins suboidoniiées à la consolidation du subside positiviste. Sans cçllc garaiilic, l'être qui, pendant ma vie, ne m'a jamais fait (|ue du mal, vieiulrait, après ma mort, annuler mes derniers vœux, au nom du pouvoir légal que mon impiudente générosité lui procura dès ma jeunesse. Mais le libre subside (jiii seul assuré sa subsistance permet d'obtenir que l'indigne épouse I énonce à troubler l'exécution complète de mon Testament, dont les bases furent solennellement posées, en J85i, à la fin de mon [)rinci[ial ouvrage.
nuehiue précaire, et même insullisanle, que soit cette naissante instilulion, je me sens animé d'une pleine confiance en son efficacité posthume. Si ma mort est prochaine, elle fera promptement croître le subside positiviste, en soulevant l'indignation publique contre l'abandon où j'ai vécu, disposant à mieux apprécier la doctrine que j'ai fondée, et manifestant le besoin d'en seconder l'avènement. Mais, si j'obtiens la longévité que je désire, je pourrai personnellement consolider cette garantie nécessaire de l'indé pendance du sacerdoce régénérateur.
TESTAMENT D'ATCTSTE CO.NLTK. 23
En accomplissant l'office que je viens d'aclievei-, une attention spécialement fixée sur mes diverses éventualités a confirmé mes espérances habituelles et retrempé mes principales forces. Nécessairement fondée sur la supposition continue d'une mort procli ai ne, cette opération m'a fait, dès son début, sentir le prix de la réaction morale qu'elle devait produiie. Comme elle ne me demandait aucune contention d'espr-it, j'ai pu, sans la prolonger artificielle ment, laisser un libre coui's aux incidents spontanés, surtout d'entretien et de correspondance, qui tendaient à la retaitler. Ayant ainsi duré près de trois semaines, les émotions dues à ce travail me sont devenues plus familières en se mêlant à ma vie journalièi-e : elles ont assez augmenté pour susciter une pertur-bation physique, qui m'a mieux inspiré les sentiments qu'exige un tel devoir-. J'ai pu, d'apr-ès cette prolongation, voir actuellement cesser la détresse matérielle que j'éprouvais au début d'une opération dont le cours a reproduit le contraste d'alternatives personnelles qui restera toujours inséparable de ma mission sociale. Mon propre perfectionnement, l'édification de mes meilleurs disciples, et même l'instruction de la postérité, me prescrivent de terminer cet office en caractérisant les impressions correspondantes, autant que le comporte un langage plus conforme aux pensées qu'aux sentiments. Des émotions analogues sont toujours insépai*ables d'un tel acte, quand il est normalement accomi)li, pendant la phase finale de la pleine maturité, sans émaner du vain empressement qui dispose à proclamer les dernières volontés avant d'avoir éprouvé les premières.
Spontanément préoccupé de ma destination continue, j'ai d'abord senti que cette fonction exceptionnelle l'affecterail d'une manièr-e durable, en me disposant mieux au complément de ma seconde carrièi-e. Les deux grandes élaborations que j'ai successivement accomplies ont surtout consisté, l'une à comprendre le passé. l'autre à déterminer l'avenir. Du point de vue où la seconde m'a placé, mon œuvre finale doit directement développer l'état normal que j'ai pleinement institué sans avoir encore pu le constituer suffisamment. Puisque la religion positive est maintenant fondée, il me reste à caractériser la synthèse universelle qu'elle fera prévaloirv Ainsi conduit à parler au présent au nom d'un avenir irrévo-
2i TESTAMENT DAnilSTE COMTE.
cablenient dôlini. je ne [xMivais iiiiciix iiiniiiiiiioi- ma tioisiènic el dernière élaboration que d'apiès cette excursion personnelle dans la postérité. Ce voyage subjectif au monde normal où je serai béni me lamène à la présente anarchie avec un sentiment inéhran labb^ (le l'indépendance et de la diuiiili'' qui conviennent aux \iais réfrénérateurs. Habitant une tombe anticipée, jo puis (l('soimais tenir aux vivants un langa^'-e postliume. qui sera mieux alïranelii des diveis jjréjugés, surtout théoiiqiu's. dont nos descendaids se I rouveront préservés.
Fondateur d'une relijiion (|ui systématise la pr(''i»(uulérance du sentiment sur l'intelligence et l'activité, je dois, plus que personne, m'occuper surtout de mon perfectionnement moral. Cn acte (|ui. par sa nature, m'a directement rapproché de mon état tinal, fera spontanément prévaloir le caractère subjectif dans la der nière moitié de ma seconde carrière. De là doit résulter, à tous égai-ds. une meilleure suboidination de l'égoïsme à l'altruisme, principal progrès de l'ànn^ humaine. J'en puis déjà signaler un elTet décisif, envers le i)lus personnel de nos sentiments, celui de la propriété matéiielle.
Volontaiiement dépouillé de tout ce que je possède, je sens mieux l'intime léalité de l'admiiable sentence où mon angéliqne collègue place les plaisirs du dévouement au-dessus de tous les autres. Les objets que je dois désormais cousei-ver pour des possesseurs déterminés me rendent plus familière la véritable appropriation, systématisée par le positivisme, où les liches de cœur remplacent les pauvres d'esprit du catholicisme. Cet état final de l'instinct conservateur ne peut pleinement rés\ilter que d'un digne testament, qui vient, en temps opportun, substituer des successeurs choisis à des transmissions vagues ou forcées.
Notre perfectionnement devant toujours aboutira développer ou consolider notre unité, je sens, en elfet. que cet acte tend à me rendre plus sympathique, plus synthétique, et plus synergique, en un mot plus religieux. Il me fait déjà goûter la noble existence qu'Aristote et saint Paul conserveront sans cesse chez toutes les dignes âmes. Aucune imiiression ne peut mieux manifester le Grand-Étre auquel je me sens pleinement incorporé : continuant d'appartenir à son élément objectif, je me suis convenablement
ÏESTA>[ENT D'ATT.rSTE CO>[TE. 25
joint à (•haciin de ses deux éléments siil)jectifs. Loin de troubler ma vie, la contemplation de ma mort épure et ralîermit mon existence directe, dont la prolongation, tout en retardant mon ascendant final, le rendra plus complet et moins contestable. Une fonction qui perfectionne en moi l'unité fondée sur l'union doit augmenter ma longévité, si je sais assez utiliser les relations normales entre la santé corpoielle et riiarmonie cérébrale. Le complément de ma seconde carrière va donc commencer sous une seciète impulsion équivalente à celle que mon principal ouvrage reçut de la dédicace exceptionnelle où le positivisme devint religieux. Quoique la prépai^ation actuelle ne soit pas comparable à la précédente, où mon cœur et mon esprit furent simultanément agités, sa durée trois fois plus grande, et même sa moindre intensité, doivent la mieux adapter à ma troisième élaboration, plus systématique qu'inventive.
L'ensemble de ces espérances me paraît déjà confirmé par un sensible accroissement de l'harmonie sans exemple que mon éternelle compagne établit entre ma vie privée et ma vie publique, également concentrées vers l'ange méconnu. Mon existence étant ainsi devenue plus semblable à la sienne, je sens diminuer la distance résultée de mon objectivité, qui seule empêche les âmes vulgaires de voir le double fondateur du positivisme comme le veria la postérité. Notre parfaite identification deviendra la meilleure récompense de tous mes services, peut-être même avant que la bannièi-e universelle vienne solennellement s'incliner sur notre commun cercueil.
Terminé le Jeudi 11 Bichat 67 (1.3 décembre LSo.j).
AKiisTE COMTE
1" O N D A T E l R DE I. A K E 1. 1 G I O N DE I. ' H L .M A N I T É,
Né le lO.lHnvicr 17'J8. à MontiielliiT.
iCdilivt Kucenlotal.)
26 TESTA^fENT DAnU'STE COMTE.
AI)l)ITI(l\S \\ TESTVMKM H VI (.ISTE COMTE
Ecrites par liii-nu-me. rhins son domicile. 10. rue AJonsieur-lc-Prince. à Paris.
Désormais inséparables de mon Testament, ces additions doivent toujours être lues, et finalement publiées, à sa suite, avec toutes les pièces justificatives qu'elles indiquent.
Jfiuli 3 Moïse 68 (3 Janvier 1856.)
.VlGLSTE COMTE.