VANITÉ
Ou devenir encor cet adorable chien :
Allongé sur son flanc au soleil méridien,
Il cuit sa carcasse et fait celui qui sommeille,
Et puis, battant de l'œil comme un qui se réveille,
Bâille, s'étire et — pour se donner un maintien ? —
Mordille doucement le coin de son oreille;
Ce que j'envie en toi, digne chien, ce n'est pas
Ton placide mépris de dervis ou mapas,
A tout indifférent sous le brasier solaire :
Je serais tel — et mieux ! — s'il m'agréait de faire ;
J'aspire à la puissance dont tu m'excipas
De se grignoter l'appendice auriculaire !
Un de ces jours, lorsque je n'aurai rien de mieux A faire, pour donner plaisir à mes aïeux, Jepromouvraigrandhomme — ohl c'est pasdifficile ! — Ou bien grand criminel... mais ce qui m'horripile Est que fus-je le plus bruyamment glorieux Des mortels, ou — (voire : et) — le dernier imbécile,
a8 TESTAMENT DE SA VIE PREMIÈRE
Je ne pourrai jamais sustenter ce désir
Que contente le chien que je vois là gésir !
Tout m'est permis! je suis le Maître de la Terre,
Je détiens tout, j'ai la clef d'or de tout mystère.
Mais toute l'éternité tu me fuis, plaisir
De m'immiscer l'oreille en l'appareil dentaire !
DEVOIRS D 1-COLIER