VEILLE AMOUREUSE
O pauvres, pauvres chairs de femmes!
\'ous. l'amour n"est pas un plaisir,
La volupté pas un plaisir.
Le plaisir n'est pas un plaisir !
L'n ver vous ronge, il vous atïame
De sa faim vorace ! il réclame
Chair de mâle pour s'assouvir !
Quand vous bramez entre nos bras, Pauvres sœurs ! quand vos corps se tordent En spasmes funèbres, nous mordent, Vos baisers chaleureux et gras Ont un avant-goùt de trépas !
Quand nous accouplons dans l'alcôve Nos os pour la chaude oraison, ^'otre odeur, cette exhalaison Que vous suez de votre alcôve,.
Est rien moins qu'un fumet de fauve ; Oh ! comme vous puez le fauve !
Que vous puez la venaison !
La bête échauffée et meurtrie, Fermentant, se décomposant, Fade, acre, et forte, et te faisant Fuir, narine mal aguerrie !
Ah ! l'amoureuse exhalaison !
Tiède haleine butyreuse, Quand elle dégorge à foison Du bas-ventre de l'amoureuse En amoureuse pâmoison, T'en faut-il, amant, du courage
Pour parachever, sans renier L'amour, ton amoureux ouvrage.
Tant du corps chéri se dégage L'exact arôme du charnier !
Qui prétendra que je diffame ?
Qui ? pas toi, malheureuse femme, Notre sœur, notre pauvre sœur !
O pauvre, pauvre chair de femme, Soyez donc bénie en mon cœur, Car vous êtes l'intercesseur.
Vous ! l'impérativement tendre Voix de l'inéluctable sort Qui murmure a qui sait entendre:
Prépare-toi, frère, à la mort !
HG
Je suis une déesse autrement redoutée Q.ue le troupeau des innombrables déités
Qu'ont jamais adoré les Humanités ;
Je courbe sous ma loi, Reine incontestée, Cent millions de dévots et n'ai pas un athée ;
Q.u'expirent tous les dieux et croulent leurs autels, Et s'effacent leurs noms des tables et des stèles, Je trône sur leurs os effondrés pêle-mêle Et préside à leur mort, à tous ces Immortels!
Je règne par l'effroi, mes peuples me haïssent ; "sent, Mais rien qu'à mon nom seul ils tremblent, ils pàlis- IIs frissonnent comme au vent frissonnent des lys, A mon nom si charmant, si doux : la Syphilis.