‹ Testament de sa vie première, recueilli et expurgéChapitre 31 sur 33 · CARNAVAL ROUGE · texte numérisé non relu

CARNAVAL ROUGE

Matin du Lundi gras de 94. exécution de Vaillant.

Vivat ! illuminez! incendiez vos croisées !

Des lampions, des lampions, des pétards, des fusées,

Volez, illuminez !

Faites claquer aux vents les loques tricolores

Comme aux fêtes nationales !

Des lampions, des lampions ! à tas !... encore ! encore ! Vivat ! Faites tourner les flammes de Bengale

Le long des façades

Embrasées !...

Triomphe, Mardi gras !... houp ! sautez, gourgandines,

Devant les vieux messieurs!

Retroussez-leur le nèz du coin de vos bottines ;

Eh houp! la cuisse à Tair !

Et faites s'envoler vos jupes de Malines

Dans un sublime grand écart !

Tout bas, promettez-leur d'être bien libertines

Si eux sont bien généreux...

Jonchez la nappe de poses mythologiques, Extrayez du corset vos seins gélatineux!...

(Prenez garde, donc ! les voilà qui dégringolent

Sur ces molles poitrines.

Qu'illustrent des boutons suspects

Mal refrénés par les mercures, Les chlorures et les antiseptiques !) Et vous, fœtus vannés et moribonds corrects, Allons, décollez vos bandages hygiéniques. Tâchez de réchauffer vos lambeaux de vigueur Et soyez donc cochons, si vous pouvez encore !...

— Mais ayez-moi donc Tair d'être gais, sacrebleu ! Faites semblant, du moins, quoi ! pour la galerie ! ¥a pour votre ruban rouge ! Honneur et Patrie ! Oh! par grâce un peu de tenue !

Voulez-vous bien ne pas flageoler de la sorte, Ne pas vous écraser l'oreille sur les portes, Et ne pas regarder, effarés, dans la rue !

— Mais renfoncez donc votre peur,

Arrêtez-vous de geindre, Et torchez vos sueurs, Fils de Quatre-vingt-neuf !

Là, voyez: c'est fini, bien fini, rien à craindre : L'Hydre de l'Anarchie expire et pour de bon, Et Ton vous a servi pour votre carnaval Discrètement, entre deux bals.

Cette tête toute fraîche emmaillotée de son !... Eh bien ? et vous tremblez encore ?

"Voyons, que diable, il faut se faire une raison! Non? pas moyen? doit-on vous le hurler encore, Que c'est exactement, finalement fini ?

Que voulez-vous encore ?

Ah ! VOUS le savez bien que ça n'est pas fini ! Voilà pourquoi sous vos gros airs matamoresques Vous grelottez de peur, ô laquais décatis ! Ah ! vous avez voulu qu'aux joies carnavalesques

S'instituât ce prélude inédit ?

Ah ! vous avez choisi pour signal à nos fêtes,

Pour initial chahut ceci :

La culbute d'une tête ?

Ah, c'est votre façon de faire de l'esprit ? Soit ! dansez et dansez ! sautez! lâchez la bête,

Soit, nous serons vos vis-à-vis,

Et pour avec vous ne pas être en reste

Nous poursuivrons le jeu aussi,

Puisque vous êtes si lestes !

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