‹ Testament poétiqueChapitre 62 sur 112 · ASPIRATIONS · texte numérisé non relu

ASPIRATIONS

Au bois, c'est le soleil étourdissant d'avril ; Autour des rameaux verts nage un poison subtil, L'air enivre ; l'étang frémit dans les jonchées, Et les filles au bain, dolentes, sont couchées.

Est-ce l'amour qui fait vibrer mon cœur si fort? Un amour inconnu, plus puissant que la mort? Quel désir me transporte et quel regret me tue? J'interroge la terre, et la terre s'est tue.

Je le demande au ciel, et le ciel est muet. Qui me dira ce qui dans mon sein remuait, Et si c'était un monde — ou n'est-ce que le vide ? Lequel est le plus lourd à porter ?

— L'œil avide, Je pleure, et ne sais pas d'où coulent tant de pleurs, Et mon être palpite, et cependant je meurs.

Je meurs ; et toutefois je pressens une vie Plus vaste, et daus des eiels plus lumineux rav.e! Je flotte, et dans mes bras qui s'ouvrent vainement J'embrasse un speetre en fuite au fond du firmament , Je m'agenouille, et vais du front baiser la terre, Et j'emplis de soupirs le hallier solitaire.

Suis-je terre moi-même? Et la ehair de mon corps, Au jour des floraisons, des rougeurs et des ors, Aux jours où le soleil dans les roehers ruisselle, Et dans les profondeurs filtre, -regrette-t-elle De n'être pas le sol d'où jaillissent les fleurs, Le sable où vont eourant les ruisseaux querelleurs ,

Ou la sève montante, ou la mousse échauffée Pleine d'odeurs que l'air emporte par bouffée ? Oh ! s'il en est ainsi, si ce trouble divin Qui me monte au cerveau comme un généreux vin N'est que l'instinct inerte et que la véhémence De la cendre aspirant à la nature immense, Soyez maudites, fleurs ! Avril, souffle vermeil, Bois verdissants, soyez maudits ; et toi, soleil. Aussi, puisque tu'n'es qu'un faiseur de fantômes, Et que nous ne traînons dans tes vides royaumes Assaillis de désirs, tristes oiseaux perclus, Que la forme d'un rêve, et qu'un néant de plus.

Ou peut-être qui sait ? Quand ce qui me compose Sera dissous, ma chair tourmentée et morose Frissonnera de joie en entrant dans la mort, Et mon cœur allégé battra deux fois plus fort ! Je vivrai doublement, dans le doux pêle-mêle De ma cendre rendue à la terre éternelle,

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