ORIGINE DES ROSES
A Théodore de Banville.
Chère, je te dirai l'origine des roses. ^J'étais enseveli dans les songes moroses Quand un cri de triomphe a remué les airs Tout à coup traversés d'une averse d'éclairs. Et j'ai vu dans l'affreux déchirement des brumes Enchaînée au rocher caduc et vert d'écumes La Terre virginale, et nue, et les secrets De sa nudité d'or éparse sur les grès
Comme un trésor semé par des voleurs en fuite ;
Et les vents s'éploraient sur sa grâce détruite
Et voilaient ses flancs purs de ses cheveux éteints.
Le monstre Hiver, ainsi l'ordonnaient les destins,
Apre et déjà griffant la délicate épaule,
En sa gueule verdâtre et telle que le pôle,
La devait engloutir afin que tout fût dit !
Mais un souffle a passé, l'horizon s'attiédit,
Le ciel pâle se fait couleur de tourterelle,
Et portant la massue au poing, surnaturelle,
Voici le dieu promis, l'Hercule souriant,
Beau, jeune, et ses cheveux parfument l'Orient;
C'est lui, libérateur, et la vivante haleine
Sort en flux réguliers de sa poitrine pleine ;
Il assomme la bête effroyable, et le sang
Par jets et par éclairs s'élance, bruissant,
Et furieusement court la stérile arène.
Et le héros épris vole à la jeune reine
Rompt les fers, jette un cri de joie, et sur son cœur
L'emporte, languissante encore à son vainqueur :