DBS ANCIENS CONGRÈS DE STATISTIQUE
Pour comprendre l'origine de l'Institut de statistique et pour bien s^ rendre compte de son utilité, « il faut remonter, dit M. Levasseur, jusqu'au milieu du siècle, à la fondation du Congrès international de statistique.
« Les gouvernements commençaient alors à mieux comprendre l'intérêt majeur qu'ils avaient à posséder de bonnes statistiques, non seulement pour se rendre compte de l'état réel des choses, mais pour juger de l'action des lois et pour préparer des réformes. Depuis une vingtaine d'années, le nombre des publications de la statistique officielle avait augmenté dans lesprincipaux Etats d'Europe; de savants ouvrages avaient paru. Pendant le première Exposition universelle, qui eut lieu à Londres en 1851 , et qui, coïncidant avec le grand développement du réseau ferré, ouvrait des horizons nouveaux aux relations internationales, des statisticiens éminents, Quetelet et Heuschling de Belgique, Engel de Prusse et d'autres se rencontrèrent ; convaincus qu'il était utile de former un lien entre les statisticiens et de donner à leurs travaux plus de méthode et d'uniformité, ils s'entendirent pour organiser, conformément à une proposition faite par la Commission centrale de statistique de Belgique, un Congrès international de statistique.
« L'ouverture de ce Congrès, retardée par les événements politiques, eut lieu à Bruxelles en 1853.
« Le succès qu'obtint cette première réunion décida les statisticiens à tenir périodiquement leurs assises. Les gouvernements se montrèrent favorables, et le Congrès international de statistique reçut successivement l'hospitalité de la France à Paris pendant l'Exposition universelle de 1855, de l'Autriche à Vienne en 1857, de l'Angleterre à Londres en 1860, sous la présidence du prince Albert, de la Prusse à Berlin en 1863, de l'Italie à Florence en 1867, des Pays-Bas à La Haye en 1869. Le huitième Congrès, organisé par M. Pierre Sémenov, alors directeur du Comité central de statistique, s'est tenu h Saint- Pétersbourg en 1872 sur l'invitation du gouvernement russe et a été présidé par Son Altesse impériale le grand-duc Constantin. A Budapest, sur l'invitation de la Hongrie, le Congrès s'est réuni en 1876 pour la neuvième et dernière fois. »
Les services rendus par ces Congrès internationaux de statistique ont été résnmés ainsi qu'il suit par M. de JVeumann Spallart, professeur à l'Université de Vienne :
« La statistique internationale est encore, sous un autre rapport, la condition fondamentale des progrès scientifiques et administratifs. Les limites des pays ne sont naturelles qu'exceptionnellement; le pins souvent, elles n'ont qu'un caractère politique ou artificiel. Il en résulte que les conditions naturelles semblables de la* vie d'un peuple et les conditions ethnographiques analogues des nationalités s'étendent au delà des frontières d'un pays sur le territoire du pays voisin. Si l'on veut étudier de près ou analyser nxacte-
ment, au poinl de vue statistique, l'influence de ces deux éléments les plus importants de la configuration politique et sociale des États, c'est à la statistique internationale comparative qu'il faut emprunter les éléments de cette étude.
« Enfin, il reste toujours un grand nombre de faits dont on ne peut apprécier les résultats que par de nombreuses observations embrassant le monde entier et où par conséquent la somme principale peut seule donner une solution exacte. Parmi ces faits, nous citerons ceux qnl sont relatifs fa la connaissance de l'état ,el de la répartition des populations, des migrations et des colonisations, et fa la statistique internationale de la production et du commerce du monde. Comment pourrions-nous résoudre ces questions actuelles les plus importantes sans le secours de la statistique internationale, et quels progrès théoriques et pratiques ne devons-nous pas déjà maintenant sous ce rapport fa la statistique î Il suffit de rappeler ici les approvisionnements do vivres et d'objets de consommation venant de toutes les parties du monde ; il faut y ajouter l'importance internationale des questions d'argent et du crédit, celle des voies de transport, notamment ie la navigation, et celle du commerce.
« Mais, abstraction faite de toutes ces considérations, la conviction que, dans le domaine de la statistique plus que dans tout autre, à l'exception toutefois de la météorologie et de la climatologie, l'individu ne peut rien, tandis que l'association peuttout, cette conviction, disons-nous, suffirait fa elle seule fa nous engager à introduire une organisation internationale pour certains travaux statistiques. Le naturaliste a l'avantage de pouvoir exécuter seul et sans secours étranger les recherches les plus importantes. Le statisticien, par contre, dont les problèmes se rapprochent le plus de ceux du naturaliste, en ce qu'il applique la méthode inductive fa la société humaine, en exprimant par des chiffres les changements qui se produisent dans le développement de l'humanité et en déduisant de ces chiffres des lois générales, le statisticien ne peut rien par lui seul. II a toujours besoin de la coopération d'une armée d'observateurs qui font constamment, dans des milliers d'endroits et d'après des méthodes uniformes, des observations sur l'étal et sur les chan gemente de la société humaine. Si cette coopération des statisticiens nous paraît naturelle pour leurs recherches dans l'administration de chaque État en particulier, il est tout aussi désirable que le même procédé soit étendu au delà des frontières des divers pays et appliqué au genre humain tout entier. Pour suivre les fonctions vitales du corps social, pour étudier son anatomie et sa physiologie, il faut qu'on étende le champ d'action par une coopération internationale, par des conventions auxquelles les gouvernements ne refuseront certainement pas à la longue de donner leur approbation ; car, aans uniformité, il n'y a pas de comparaison possible, et sans comparaisons internationales, on sera privé fa tout jamais des éléments de recherche ponr une série de faits importants. "
Depuis 1878, la Commission permanente ne s'est plus réunie, et le Congrès international a cessé d'exister. C'était regrettable ponr la science et pour l'Administration. Les statisticiens, qui le comprenaient, essayèrent de reformer d'une autre manière les liens brisés. L'occasion s'en présenta en 1885. Pendant celle année, la Commission de statistique de Londres célébra son 50" anniversaire, en même temps que la Société de statistique de Paris célébrait son 25* anniversaire. Les deux solennités avaient élé placées l'une après l'autre, de façon fa permettre aux statisticiens étrangers d'assister à l'une et à l'autre.
Le gouvernement britannique avait même invité les gouvernements étrangers à faire connaître qu'une discussion sur la possibilité de fonder une association internationale ferait partie du programme du cinquantenaire. Une entente s'établit sans difficulté. On résolut de parer aux défauts qui avaient causé la dislocation du Congrès international de statistique.
L'Institut international de statistique, fondé à Londres en 1885, s'est, depuis celte époque, réuni tous les deux ans : à Rome (1887) ; à Paris (1889) ; à Vienne (1891) ; à Chicago (1893) ; à Berne (1895) ; à Saint-Pétersbourg (1897) ; à Kristiania (1899) ; enfin à Budapest (1901). La prochaine session aura lieu à Berlin (1903).
Ses travaux ont été publiés dans une excellente publication intitulée : Bulletin de l'Institut international de statistique, qui forme actuellement une collection de treize beaux volumes. On y trouve, indépendamment des travaux présentés au Congrès et des discussions qui y ont eu lieu, des études de statistique dues à différents auteurs. Ce Bulletin imprimé presque entièrement à Rome (1), est rédigé en français ; toutefois, les mémoires peuvent être rédigés dans la langue que préfère leur auteur (français, allemand, anglais ou italien).
DES RÉSOLUTIONS ARRÊTÉES PAR L'INSTITUT INTERNATIONAL DE STATISTIQUE (1885-1901)
Les travaux présentés à l'Institut international de statistique peuvent être classés en quatre catégories bien distinctes, répondant chacune à un des quatre paragraphes de l'article 1 des statuts cités ci-dessus, suivant qu'ils ont pour but :
1° De rechercher et recommander les méthodes propres à obtenir, autant que possible, l'uniformité dans les cadres et dans les relevés de la statistique afin de rendre comparables les résultats obtenus dans les différents pays.
2° D'appeler par des vœux l'attention des gouvernements sur des questions à résoudre par l'observation statistique ;
3" De faire des comparaisons numériques internationales destinées à élucider des questions de statistique ;
4" De tirer des chiffres l'enseignement qu'ils comportent.
Ktant obligés de nous limiter, nous ne parlerons dans le présent mémoire que des deux premières catégories de travaux, car les autres ne se prêtent pas à être résumées.
Nous exposerons donc les résolutions et les venus qui tendent à établir ta comparabilité des statistiques ou à étendre les recherches de la statistique.
Nous ne nous attacherons que pou à l'ordre chronologique. Nous grouperons les conclusions adoptées suivant les matières auxquelles elles se rapportent.
Nous adopterons l'ordre suivant :
(1) r.c 10- volume a été irojii-iniù * Sainl-POM ■ volumes, Olù imprima a Kristiania aux frais ' " ix frais ilu [iouvernc:ment hongrois.
le courant de cette année-ci, les résolutions relatives su recensement séculaire et a son dépouillement, et & ce que les réponses desdits bureaux soient publiées dans le Bulletin.
Reaolutlona yotfle* pu- l'Institut international do statistique, sur 1* rapport do M. de KrarcBay, dans 1* session de Btdnt-Pitorsbouru 1897 <But(, XI, fiutc I, p. 208 et 800).
Pour arriver à une comparabilité internationale des résultais des recensements de la population dans les différents pays, l'Institut international de statistique propose d'adopter pour le dépouillement les règles suivantes :
1° En ce qui concerne la statistique des maisons : dépouiller le nombre des ménages et des personnes dont ils se composent selon les catégories suivantes : au-dessous du sol, rez-de-chaussée, au premier étage, au second étage, au troisième étage, aux étages supérieurs, ménages occupant plusieurs étages.
2* En ce qui concerne la statistique des ménages : ménages composés d'une seule personne, de plusieurs personnes, établissements spéciaux, en indiquant partout le nombre des ménages et de leurs habitants.
Distinction des établissements spéciaux d'après les subdivisions ci-après : hôtels, hôpitaux, maisons d'éducation et d'instruction, maisons religieuses (excepté les maisons d'éducation), maisons de détention et de correction, maisons do refuge et de bienfaisance, établissements militaires, autres établissements. Indiquer à chaque rubrique le nombre des établissements el celui des habitants.
3* Effectif et état d'agglomération de la population. — Classification des communes ou autres unités administratives, d'après les classes suivantes : nombre des communes jusqu'à 500 habitants; de 501 à 1.000 habitants ; de 1.001 à 2.000; de 2.001 à 5.000 de 5.001 à 10.000; de 10.001 à 20.000; de 20.001 à 50.000; de 50.001 à 100.000 de 100.001 à 200.000 ; de 200.001 à 300.000 ; de 300.001 a 400.000 ; de 400.001 à 500.000 au-dessus de 500.000 habitants (il est désirable que l'on donne rémunération des centres de population agglomérée qui se composent de plusieurs communes) (1).
4* La distinction des sexes doit entrer dans toutes les combinaisons du dépouillement en ce qui regarde la population.
5' L'âge doit être dépouillé par périodes annuelles d'âge (il est désirable que l'on donne dans le tableau qui comprend les périodes annuelles d'âge une récapitulation par groupes quinquennaux).
6* h'état civil doit être dépouillé au moins d'après les catégories suivantes : célibataires, mariés (y compris les séparés), veufs, divorcés.
L'état civil doit être combiné avec .l'Age d'après les divisions suivantes : à. 15 ans, 15 à 20, ainsi de suite, par groupes quinquennaux d'âge.
7°, 8". — Religions et nationalités. — a. Toutes les dénominations inscrites dans les bulletins devront être reproduites dans les modèles de dépouillement.
b. Pour les religions et nationalités principales et plus précisément pour celles qui surpassent le nombre de 10.000 individus, on admettra les combinaisons suivantes :
(Il On j comprendra, par exemple, Manchester avec Salfort, Bruielles pu Vienne avec lourg faubourgs; on donnera donc les populations agglomérées des communes voisines, qui — quoique séparées qua nt i. leur administration communale— ne représentent toutefois, au point de vue économique et social, qu'un seul centre de population.
chant ni lire ni écrire au-dessus de 15 ans ;
lîlés principales.
lemcnt sera fait séparément pour chacun des
it ni lire ni écrire pour la population totale au-
tar étages des maisons habitées [voir la résoluquinquennaux, — voir la résolution n" 5) sera
habitants) ; ■tiîi
000 habitants).
Lique des aveugles, des sourds-muets, des aliénés
dans les familles ou dans les établissements ; s combinaisons suivantes : nombre des aveugles îuets, ou aliénés, ou idiots ; nombre des sourdsou aliénés ;
sgories ;
ns posées ne concernent pas la statistique des Ira qu'il soit répondu à chaque question par un
éclamer de tous les pays de l'Europe un rapport ement d'un intérêt plus général ; que ces rapports ;nés d'explications précises des expressions qui u'ils soient publiés comme livraison séparée dans îcrtillon soit le rapporteur (1).