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CHAPITRE V. — DÉPENSE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMAGNE. 2î

par TAutriche ou par la Prusse ; mais tanl que les armées ont pu se rencontrer dans les plaines du nord, il n'y a jamais eu sur ce second théâtre que des opérations accessoires ou des diversions de la part de Tennemi. Malgré tous les succès qu'on pouvait remporter sur ce dernier théâtre, une seule défaite dans la plaine du nord en faisait perdre tout le fruit et décidait la question; Denain, Fleurus et Waterloo en sont des exemples. Au théâtre du nord correspond contre la France la ligne d'invasion si facile et si courte de la vallée de l'Oise que les Allemands pourraient atteindre par la Meuse ; au théâtre de l'est correspondent, en partant de Goblenz et de Mayence, les trois lignes d'opérations de la Moselle, de la Nahe ot du Palatinat, qui traversent un pays où les obstacles naturels rendent les opérations difficiles et (jui forment trois défilés sans communication entre eux, si ce n'est au nord par le Rhin et au sud par la vallée de la Sarre. Malheureusement, cette contrée montueuse, âpre et difficile ne nous appartient pas et se trouve même en dehors de notre action depuis que le traité de Ryswick nous a fait perdre tous les points importants qui nous auraient conduits au Rhin. Aujourd'hui, le traité de Francfort nous a encore enlevé les débouchés où ces lignes d'opérations viennent se réunir ainsi que les obstacles des Vosges et de la Moselle; l'Allemagne a donc largement pris pied dans toute cette région.

Quant à l'action réciproque d'un théâtre d'opérations sur l'autre, elle est assez restreinte; il semble tout d'abord qu'une armée française opérant entre la Meuse et le Rhin pourrait, par une marche hardie vers l'embouchure de la Meuse, couper de ses communications une armée allemande engagée en Belgique ; une semblable manœuvre a été tentée plus d'une fois, mais elle n'a jamais été couronnée de succès à cause des difficultés qu'on rencontre pour traverser l'Eifel, pays pauvre et âpre.

En 1793, le général Beurnonville devait opérer dans cette contrée pour proléger l'aile droite de l'armée de Dumouriez qui, déjà maître de la Belgique après Jemmapes, allait entrer en Hollande. Beurnonville fut arrêté à Trêves, et Dumouriez, pris en flanc par un retour offensif des Autrichiens, fut battu à Neerwinden. L'année suivante, deux divisions françaises durent se porter sur Trêves et remonter la vallée de la Moselle, de manière à faire une diversion pendant que Pichegru et Jourdan envahissaient la Belgique; elles ne purent dépasser Trêves, se laissèrent couper la retraite, et ne furent sauvées que par la victoire de la Roër, qui débarrassa la rive gauche du Rhin des Autrichiens.

Les opérations doivent donc marcher concurremment sur les deux théâtres; méconnaître ce principe, ce serait s'exposer à de graves mécomptes, sinon à de grands désastres, et il serait téméraire de lancer une armée française sur la rive droite du Rhin, sans être absolument maître de la rive

m) LIVRE II. - LA FRANGE. — FRONTIÈRES DE TERRE,

gauche ; c'est pour cela qu'au début de la dernière guerre, il était bien impossible à rarniée française de passer le Rhin à Maxau et de se jeter dauN les États du Sud, sans avoir au préalable complètement battu les armt*'os allemandes qui étaient sur la rive gauche. Aujourd'hui, en cas de nouvelle guerre, il nous faudrait phisieurs grands succès en Lorraine et dans le Palatinat Rhénan avant de tenter le passage du fleuve à Mannheim; celte ville n'est pas fortifiée et est considérée par les Prussiens comme un point faibli» de leur belle ligne de défense du Rhin. La grande place de Mayence est la clef de cet échiquier.

C'est à cause de l'importance capitale du théâtre d'opérations du nonl que l'Europe a toujours cherché à nous empêcher de prendre possession des plaines de la Belgique et môme à nous en interdire l'entrée. Au dixseptième siècle, la Belgique appartenait à l'Espagne. Le traité d'Ulrechl la donna à la maison d'Autriche et le traité des Barrières confia à la Hollande la garde de ses places fortes. En 1814, la mesure fut plus radicale encorr; les places, démantelées par Joseph II, furent reconstruites à nos frais iM données à la Hollande avec toute la Belgique. Enfin, en 183:2, après la révolution qui sépara violemment la Belgique catholique de la Hollande protestante, la neutralité du nouvel Etat fut garantie par toute l'Europe. Le Luxembourg est également neutre depuis 1867.

Nous ne pouvons donc nous mesurer avec l'Allemagne que dans l'espan» compris entre Longwy et Bàle, en appuyant nos ailes aux pays neutres de la Suisse et de la Belgique ; c'est pour cela que toutes les opérations de la dernière guerre se sont passées dans cette seule région de l'est. L'étude qui a été faite de cette partie de nos frontières a montré quelles sont les difficultés de l'offensive et les obstacles qu'on a créés pour favoriser la défensive.

Ce n'est qu'en cas d'alliance avec la Belgique et la Hollande que nous pourrions avoir intérêt à prendre la vallée de la Meuse comme ligne d'opérations, puis comme base l'importante place de Liège, de manière à déboucher sur le Rhin vers Bonn, Cologne et Dusseldorf ; il nous faudrait d'abord nous assurer des positions de BuUingen et de Francorchamps pour appuyer notre droite aux massifs de l'Eifel et du Hohe-Venn, puis franchir les lignes de la Roèr et de l'Erft, et enfin entreprendre le siège de Cologne. Il fuul remarquer toutefois que les opérations tentées de cet échiquier oblique pnr rapport à la ligne directe Paris-Berlin seraient bien dangereuses, car lés Allemands, débouchant de ^Coblenz, pourraient se porter par la vallée de l'Ahr sur notre flanc droit ou même sur nos lignes de retraite.

Les routes des vallées de la Meuse et de l'Oise permettraient à la Prusse de tourner toutes les défenses artificielles que nous aceunmlons dans fest ; c'est pour parera ce danger qu'on organise la défense de la frontière b«ljfe.

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