CHAPITRE VI. — DÉFENSE DE L'EMPIRE D'ALLEMAGNE
2® Abandonner et démanteler toutes les places qui ne semblent pas indispensables.
3° Agrandir, améliorer et munir de forts détachés celles qui sont reconnues réellement utiles.
C'est en vertu du second principe qu'Erfurt^ Minden, Kosel, Stellin, Grau^ denz, Landau, Wittenberg, etc., ont été déclassés. En revanche Ingolstadt, Kœnigsberg, Thorn, PoseUy Cologne, Strasbourg^ etc., ont été transformés en camps retranchés.
Quant aux forts d'arrêt destinés à barrer les voies ferrées et à en assurer aux défenseurs la libre disposition le plus longtemps possible, on n*en trouve que fort peu en Allemagne. Le maréchal de Moltke pense que la protection la plus efficace des lignes de chemins de fer est une vigoureuse offensive stratégique et ce principe est trop en harmonie avec Tesprit militaire allemand pour n'avoir pas trouvé partout pleine et entière approbation. Le fort d'arrêt le mieux situé ne couvre qu'un seul point et ne peut empêcher l'adversaire de détruire la voie dans le voisinage, ce qui rend également celle-ci inutile aux deux partis. Pour empêcher l'adversaire de se servir d'une ligne, il suffit de détruire un grand ouvrage d'art; mais il faut pouvoir différer cette destruction le plus longtemps possible tout en s'en garantissant la possibilité. C'est dans cet ordre d'idées que, dans ces derniers temps, on a procédé, en Allemagne, à certains travaux de défense. Ainsi on a muni de dispositifs de mines les ponts importants et les tunnels situés sur les voies ferrées de la frontière et on a couvert les abords de l'ouvrage par des clôtures à l'abri de l'escalade, afin d'assurer la destruction, même en présence de l'ennemi. D'autre part, les nouveaux ponts construits sur le Rhin en dehors du rayon d'une place forte sont munis de tours défensives devant remplir le même but. Bitche, Kœnigstein, fort Boyen ont été seuls conservés comme forts d'arrêt.
En somme, la commission de défense de l'empire a cherché à ne pas avoir un très grand nombre de places, de manière à ce que l'Etat ne soit pas entraîné à des dépenses trop considérables et à ce que l'armée ne se trouve pas affaiblie par les garnisons à fournir au lieu d'être renforcée par la valeur des fortifications. La force des frontières naturelles de l'ouest et de l'est d'une part, la solide organisation de l'armée d'autre part, permirent à l'Allemagne de ne pas multipher les points fortifiés. Dans l'organisation défensive actuelle, elle ne s'est préoccupée que de ses deux voisins de l'est et de l'ouest ; l'état politique de l'Autriche-Hongrie et le tracé de là frontière des deux empires met la monarchie du Habsbourg dans une dépendance complète du nouvel empire allemand.
Enfin, on achève la construction raisonnée du vaste réseau des chemins de fer allemands pour permettre la concentration rapide de l'armée sur une
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des frontières de l'est ou de l'ouest et pour assurer la protection des côtes.
Des sommes très considérables ont été prélevées sur Ténorme indemnité (5,715,000,000 fr.) payée par la France après la guerre de 1870-1871 pour faire face aux frais de la réorganisation défensive que nous venons d'esquisser :
270,000,000 francs ont été consacrés aux forteresses allemandes,
162,384,518 aux forteresses de TAlsace-Lorraine,
214,647,004 aux chemins de fer de T Alsace-Lorraine.
On comprend sans peine que de pareilles ressources entre des mains aussi habiles n'ont pas dû rester improductives et c'est ce que démontrera notre étude.
A diverses époques, des États avaient entrepris de grands travaux de défense et couvert par des places fortes certaines parties de leurs frontières, mais jamais on n'avait vu, si ce n'est en France à l'époque de Vauban, une entreprise aussi vaste que la transformation de toutes les forteresses d'un grand empire, l'organisation de ses frontières de terre et de mer, le perfectionnement de ses voies de communication, menée avec autant d'ensemble et avec une pareille unité de vue. L'Allemagne du reste ne s'est pas engagée seule en Europe dans cette voie ; l'Angleterre et la France avec d'immenses ressources ; l'Italie, la Belgique, la Hollande sur une moins vaste échelle ont agi de môme ; leur exemple est suivi par d'autres nations encore.
Nous étudierons les divers fronts stratégiques de l'empire d'Allemagne dans l'ordre suivant :
1^ La frontière du nord ou frontière maritime ;
2® La frontière de l'ouest ou frontière de France ;
3° La frontière du sud ou frontière de Suisse et d'Autriche ;
4<> La frontière orientale ou frontière de Russie ;
5® La défense intérieure de l'empire.