CHAPITRE VI. --^ LE DANEMARK
appelés fjords dans le pays; cette dénomination doit être réservée aux baies profondes de la Norwège et de la côte orientale de la péninsule cimbrique. Le Lum-Fjord est formé de plusieurs bassins qui correspondent avec le Kattégat, à Test d'Âalborg; il coupe le Jutland en deux. Le cordon littoral qui sépare ces étangs de la mer a été percé à plusieurs reprises par les vagues de tempête ; en 1825, il se produisit une ouverture dans la plage qui séparait le Liim-Fjord de la mer du Nord, et les bateaux purent pénétrer dans le ijord; mais dans ces derniers temps cette brèche s'est comblée et les bateaux passent aujourd'hui par un autre grau percé par la mer en 1863.
La partie orientale du Jutland présente un aspect mamelonné, la chute vers la mer y est souvent fort raide, certains sommets atteignent 170 et îiiême 180 mètres; le sol est fertile et couvert de cultures variées ; on y admire de belles forêts de hêtres; la population y est relativement nombreuse.
Les îles renferment des plateaux peu accidentés ; les points culminants de Séeland atteignent 130 mètres; les falaises de Moen forment sur la mer des escarpements de 100 mètres au moins de hauteur. Les terres sont arrosées par de nombreux cours d'eau. Le pays est vert et bien cultivé; il est très peuplé.
Les détroits qui séparent les iles danoises entre elles et du continent, permettent de communiquer de la mer Baltique dans la mer du Nord; ils débouchent d'abord dans deux bras de mer : le Kattégatj compris entre le Jutland et la Suède, et le Skager Rak, au nord de la péninsule danoise, entre le Jutland et la Norwège. De ces détroits, le Petit Belt, entre le Jutland et Fionie, est le plus étroit, il n'a que 650 mètres à hauteur de Middelfort; le Grand Belt, entre Fionie (Feyn) et Séeland (Sjàlland), est le plus large, mais la navigation y est gênée par des hauts fonds et des roches dangereuses; le Sund, entre Séeland et la Scanie, est le plus fréquenté, il n'a que 4,100 mètres de largeur entre Elseneur (Helsingôr) et Helsingborg. Le Danemark possède encore ces seules entrées de la Baltique; jusqu'en 1658, il en eut la garde exclusive, mais à celte époque il perdit la Scanie qu'il dut céder à la Suède ; enfin, aujourd'hui, toute la côte méridionale du Petit Belt appartient à la Prusse. Depuis le treizième siècle, le Danemark prélevait un droit de péage sur tous les navires qui traversaient les détroits; celle perception, reconnue à diverses reprises par les traités, se faisait à Elseneur et exceptionnellement à Nijborg, elle était appuyée par les canons, d^Elsèneur et par ceux des navires gardes-côtes; en 1857, les grandes puissances commerciales se mirent d'accord pour racheter ce droit abusif, au prix de 87 millions de francs.
Description succincte du Holstein et du Schles^wi^» — Les
provinces perdues par le Danemark en 1864 présentent à peu près le môme
104 LIVRE le»-. — PETITS ÉTATS DU CENTRE DE L'EUROPE.
aspect et la même configuration que le Jutland. Le sol y est entièrement formé de terrains modernes ; la ligne de partage des eaux est beaucoup plus rapprochée de la Baltique que de la mer du Nord ; par suite le versant occidental est très doux et la côte de la mer du Nord est basse et bordée de nombreuses îles qui y sont rattachées par de vastes bancs de sable ou de vase ; ces derniers découvrent entièrement à chaque marée. Ces bancs de vase, ces watteriy sont d'anciennes prairies qui ont été envahies par la mer lors des grandes inondations du treizième siècle. De même qu'en Hollande, les îles et les terrains qui avoisinent la mer sont protégés par des digues soigneusement entretenues. En arrière de ces digues, de grasses prairies appelées marschen et formées d'alluvions modernes, alternent avec des parties marécageuses et des tourbières.
Le versant oriental du Schleswig et du Holstein est montueux et présente un aspect tout différent du versant occidental; le pays est couvert de beaux bois et cultivé surtout en céréales. Le point culminant dans le massif du Bungsberg, au nord de Neustadt, atteint 159 mètres; plusieurs collines dominent la mer de 100 mèlres. La côte est découpée par des fjords profonds dont plusieurs, ceux de Klel et de Flensbourg entre autres, offrent aux navires des mouillages bien abrités. Le principal cours d'eau de ce pays est l'Eider, qui sert de limite au Schleswig et au Holstein ; sa vallée est très marécageuse ainsi que celle de la Treene, son affluent. La marée se fait sentir très loin sur ces deux cours d'eau, et le flot permettrait de mettre toutes les terres voisines sous l'eau. La dépression formée par la Treene et par le long golfe de la Schlei coupe presque entièrement la péninsule d'une mer à l'autre ; l'intervalle laissé libre entre l'inondation et la Schlei a été garni dès le neuvième siècle d'un retranchement de 15 kilomètres de longueur : c'est le fameux Dafinewerk^ la meilleure ligne de défense du Jutland. Les lacs, les bruyères et les marécages, si nombreux dans cette contrée, peuvent servir d'appui à de très fortes positions militaires; celle d'Idsledt, au nord de Schleswig, n'a pu être enlevée en 1850 par l'armée danoise à l'armée insurrectionnelle du Schleswig-Holstein qu'après de longs efforts et de grandes pertes. L'Eider communique, depuis la fin du siècle dernier, avec la baie de Kiel par un canal qui a 37 kilomètres de longueur et 3^,50 de profondeur ; il a été construit de 1777 à 1783 ; il permet aux bateaux d'un faible tonnage d'éviter le grand détour de Skager-Rak et des détroits. Une voie navigable existe plus au sud entre la Baltique et la mer du Nord; elle profite de deux cours d'eau, la Steckenitz et la Delvenau qui ont été canalisées, et réunit Lubeck à Lauenbourg sur l'Elbe.
La limite du Schleswig et du Jutland suit en partie la Kongeaa, rivière qui n'a d'importance qu'aux points de vue historique et politique. Le Lauenbourg, le Holstein et la partie méridionale du Schleswig sont