‹ Textes choisisChapitre 91 sur 100 · Fragment de lettre à Julien de Médicis (vers · texte numérisé non relu

Fragment de lettre à Julien de Médicis (vers

Je suis si heureux, mon très illustre Sei-

gneur, du rétablissement si désiré de votre santé, que mon mal m’a quitté pour ainsi dire. Mais je me suis assez tourmenté de n’avoir pu satisfaire aux devoirs de Votre Excellence, à cause de la malignité de ce menteur allemand pour qui j’ai fait ce qui était possible afin de lui plaire. Et ensuite je l’ai invité à habiter et à vivre avec moi, pour le forcer ainsi à continuer son travail et à corriger aisément ses erreurs et en outre je lui appris l’italien pour qu’il pût parler sans interprète : enfin son salaire ne fut jamais en retard. Depuis, son idée fixe fut d avoir des modèles finis en bois, comme ils devaient être en fer, pour les emporter dans son pays. Je refusai, disant que je lui donnerais en dessin la largeur, longueur et épaisseur et figure de ce qu’il avait à faire : et depuis nous fûmes en mauvais termes.

La seconde chose fut qu’il se fit un autre atelier avec établi et instruments ; et là il dormait ou travaillait pour d’autres; depuis il alla dîner avec les suisses de la garde, gent fainéante, et qui pour cela convenait à notre homme. Et plus d’une fois il s’en allait avec deux ou trois de ceux-là, et avec leurs fusils tiraient les oiseaux, dans les vieux monuments, et cela durait parfois jusqu’au soir.

Et si j’envoyais Lorenzo pour le prier de travailler, il se fâchait, disant qu’il ne voulait pas tant de maîtres sur la tête, que son travail était

pour la garde-robe de Votre Excellence. Deux mois passèrent ainsi, et après, trouvant GianNiccoladans la garde robe, il demanda si l’allemand avait terminé l’ouvrage pour le Magnifique et lui me dit que non, qu’il lui avait seulement nettoyé deux fusils. Depuis, je l’ai fait solliciter ; et lui abandonne l’atelier et perd du temps à faire un autre établi et limes et autres instruments pour fabriquer des dévidoirs à tordre la soie, qu’il cachait avec mille blasphèmes et récriminations, quand un de mes gens entra, de façon que personne ne voulut plus y aller.

A la fin.je découvris ce que c’était, en somme, que ce maître Jean des Miroirs. Il a fait tout cela pour deux raisons : la première qu’il ait formulée, que ma venue lui avait ôté la conversation de Votre Seigneurie. L’autre est que la chambre de ces hommes, il prétend qu’elle lui convient pour fabriquer des miroirs, de cela n’a démonstration, sauf d’un acte d’inimitié. Il a fait vendre ce qu’il avait et dans sa boutique il travaille avec beaucoup d’ouvriers pour envoyer de nombreux miroirs aux foires. ( C . A. 2 43, ç) (1).

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