‹ Textes choisis et commentésChapitre 45 sur 56 · II. II · texte numérisé non relu

II. II

dans les consolations que me fournissait ma raison ; si, détruisant ainsi son propre ouvrage, elle renverse tout l'appui d'espérance et de idnfiaîue qu'elle m'avait ménaicé dans l'adversité? Que! appui que des illusions qui ne bercent que moi seul au monde ! Toute la génération présente ne voit qu'erreurs et préjugés dans les sentiments dont je me nourris seul : elle trouve la vérité, l'évidence, dans le système contraire au mien ; elle semble même ne pouvoir croire que je l'adopte de bonne foi ; et moi-même, en m'y livrant de toute ma vo|f)nté, j'y trouve des dirticultés insurmontables qu'il m'est impossible de résoudre, et qui ne m'empêchent pas d'y persister. Suis-je donc seul sage, seul éclairé parmi les mortels? Pour croire que les choses sont ainsi, suftit-il qu'elles me conviennent? Puis-je prendre une confiance éclairée en des apparences qui n'ont rien de yjlide aux yeux du reste des hommes, et qui me sembleraient illusoires '\ moi-même si mon cœur ne soutenait pas ma raivjn? N'eût-il pas mieux valu combattre mes persécuteurs à armes égales en adoptant leurs maximes, que de rester sur les chimères des miennes en proie à leurs atteintes sans agir pour les rep(jusstr? Je me crois sage, et je ne suis que dupe, victime et martyr d'une vaine erreur. »

Combieii de fois, dans ces nionic-nts de doute et d'incertitude, je fus prêt à m'abandonner au désespoir! Si jamais j'avais passé dans cet état un mois entier, c'était fait de ma vie et de moi. Mais ces crises, quoique autrefois assez fréquentes, ont toujours été courtes ; et maintenant que je n'en suis pas délivré tout à fait encore, elles sont si rares et si rapides, qu'elles n'ont pas même la force de troubler mon repos. Ce sont de légères inquiétudes qui n'affectent pas plus mon âme qu'une plume qui tombe dans la rivière ne peut altérer le cours de l'eau.

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