‹ Textes choisis et commentésChapitre 48 sur 56 · NEUVIEME PROMENADE · texte numérisé non relu

NEUVIEME PROMENADE

Oit lui p>oili' Vclooc ih Mmr Gcojfrin avec mauvaise iniciitiou. Conduite de Rousseau envers ses propres enfants. Raisons qu'il donne pour se justifier. Il éprouve beaucoup de plaisir à voir ci à ohscrcer la jeunesse. Ses promenades à Cli gtiancouri et à lu Muette. Fête de la Chevrette. Amusements de Paris

comparés avec ceux de Genève et de Suisse. Promenade de Jean- Jacques aux Invalides.

lyC bonheur est un état permanent qui ne semble pas fait ici-bas pour l'honnne : tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d'y prendre une forme constante. Tout change autour de nous : nous changeons nous-mêmes, et nul ne peut s'assurer qu'il aimera demain ce qu'il aime aujourd'hui ; ainsi tous nos projets de félicité pour cette vie sont des chimères. Profitons du contentement d'esprit quand il vient, gardons-nous de l'éloigner par notre faute; mais ne faisons pas des projets pour l'enchaîner, car ces projets-là sont de pures folies : j'ai peu vu d'hommes heureux, peut-être point ; mais j'ai souvent vu des cœurs contents, et, de tous les objets qui m'ont frappé, c'est celui qui m'a le plus contenté moi-même. Je crois que c'est une suite naturelle du pouvoir des sensations sur mes sentiments internes. Le bonheur n'a point d'enseigne extérieure : pour le connaître, il faudrait lire dans le cœur de l'homme heureux ; mais le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien, dans l'accent, dans la démarche, et semble se communiquer à celui qui l'aperçoit. Est-il une jouissance plus douce que de voir un peuple entier se livrer à la joie un jour de fête, et tous les cœurs s'épanouir aux rayons expansifs du plaisir qui passe rapidement, mais vivement, à travers les nuai^es de la vie.\..

Il y a trois jours que M. P... vint, avec un empressement extraordinaire, me montrer VEloge de M/ne Geo/frin par M. d'Alembert. La lecture fut précédée de longs et grands éclats de rire sur le ridicule néologisme de cette pièce et sur les badins jeux de mots dont il la disait remplie : il conunença de lire en riant toujours. Je l'écoutais d'un sérieux qui le calma, et, voyant que je ne l'imitais point, il cessa enfin de rire. L'article le plus long et le plus recherché de cette pièce roulait sur le plaisir que prenait Mme Geotïrin à voir les enfants et à les faire causer : l'auteur tirait avec raison de cette disposition une preuve de bon naturel ; mais il ne s'arrêtait pas là, et il accusait décidément de mauvais naturel et de méchanceté tous ceux qui n'avaient pas le même goût, au point de dire que, si l'on interrogeait là-dessus ceux qu'on mène au gibet ou à la roue, tous conviendraient qu'ils n'avaient pas aimé les enfants. Ces assertions

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faisaient un effet sinp^iilier dans la place où elles étaient. Supposant tout cela vrai, était-ce l'occasion de le dire? et fallait-il Souiller réloj^'c d'une fcnuiie estimable des ima/çes de supplice et de malfaiteurs? .Je compris aisément le motif de cette affectation vilaine ; et quand M. P... eut fmi de lire, en relevant ce t|ui m'avait paru bien dans l'éloge, j'ajoutai que l'auteur, en l'écrivant, avait dans le-cœur moins d'amitié que de liaine.

Le lendemain, le temps étant assez beau, quoique froid, j'allai faire une course jusqu'à l'École militaire, c^ —"'- nt d'y trouver^ des mousses en pleine fleur : en allant je ï\ ■ \r la visite de

la veille et sur 1 écrit de M. d'Alembert, ôïT je pensais hien qTïë^ le placage épisodique n'avait pas été mis sans dessein, et la seule affectation de m'apporter cette brochure, à moi à qui l'on cache tout, m'apprenait assez quel en était Tobjet. J'avais mis mes enfants aux Enfants-Trouvés : c'en était assez pour m'avoir travesti en père dénaturé, et de là, en étendant et caressant cette idée, on en avait peu à peu tiré la conséquence évidente que je haïssais les enfants. En suivant par la pensée la chaîne de ces gradations, j'admirais avec quel art l'industrie humaine sait changer les choses du blanc au noir ; car je ne crois pas que jamais homme ait plus aimé que moi à voir de petits bambins folâtrer et jouer ensemble ; et souvent, dans la rue et aux promenades, je m'arrête à regarder leur espièglerie et leurs petits jeux avec un intérêt que je ne vois partager à personne. Le jour même où vint M. P..., une heure avant sa visite, j'avais eu celle des deux petits du Soussoi, les plus jeunes enfants de mon hôte, dont l'aîné peut avoir sept ans : ils étaient venus m'embrasser de si bon cœur, et je leur avais rendu si tendrement leurs caresses, que, malgré la disparité des âges, ils avaient paru se plaire avec moi sincèrement ; et, pour moi, j'étais transporté d'aise de voir que ma vieille figure ne les avait pas rebutés ; le cadet même paraissait venir à moi si volontiers, que, plus enfant qu'eux, je me sentais attacher à lui déjà par préférence, et je le vis partir avec autant de regret que s'il m'eût appartenu.

Je comprends que le reproche d'avoir mis mes enfants aux Enfants-Trouvés a facilement dégénéré, avec un peu de tournure, en celui d'être un père dénaturé et de haïr les enfants : cependant il est sûr que c'est la crainte d'une destinée pour eux mille fois pire, et presque inévitable par toute autre voie, qui m'a le plus déterminé dans cette démarche. Plus indifférent sur ce qu'ils deviendraient, et hors d'état de les élever moimême, il aurait fallu, dans ma situation, les laisser élever par

Icrr mère, qui les aurait ^âtés, et par sa famille, qi'i en aurait fait des monstres. Je frémis encore d'y penser. Ce que Mahomet fit de Séide n'est rien auprès de ce qu'on aurait fait d'eux à mon égard, et les piè,2:es qu'on m'a tendus là-dessus dans la suite me confirment assez que le projet en avait été formé. A la vérité j'étais bien éloigné de prévoir alors ces trames atroces ; mais je savais que l'éducation pour eux la moins périlleuse était celle des Enfants-Trouvés, et je les y ai mis. Je le ferais encore, avec bien moins de doute aussi, si la chose était à faire, et je sais bien que nul père n'est plus tendre que je l'aurais été pour eux, pour peu que l'habitude eût aidé la nature.

Si j'ai fait quelque progrès dans la connaissance du cceur humain, c'est le plaisir que j'avais à voir et observer les enfants qui m'a valu cette connaissance. Ce même plaisir dans ma jeunesse y a mis une espèce d'obstacle, car je jouais avec les enfants si gaiement et de si bon cœur, que je ne songeais guère à les étudier. Mais quand en vieillissant j'ai vu que ma figure caduque les inquiétait, je me suis abstenu de les importuner : j'ai mieux aimé me priver d'un plaisir que de troubler leur joie ; et, content alors de me satisfaire en regardant leurs jeux et tous leurs petits manèges, j'ai trouvé le dédommagement de mon sacrifice dans les lumières que ces observations m'ont fait acquérir sur les premiers et vrais mouvements de la nature, auxquels tous nos savants ne connaissent rien. J'ai consigné dans mes écrits la preuve que je m'étais occupé de cette recherche trop soigneusement pour ne pas l'avoir faite avec plaisir ; et ce serait assurément la chose du monde la plus incroyable que VHéloïse et VEmile fussent l'ouvrage d'un homme qui n'aimait pas les enfants.

Je n'eus jamais ni présence d'esprit, ni facilité de parler; mais, depuis mes malheurs, ma langue et ma tête se sont de plus en plus embarrassées : l'idée et le mot propre m'échappent également, et rien n'exige un meilleur discernement et un choix d'expressions plus justes que les propos qu'on tient aux enfants. Ce qui augmente encore en moi eut embarras est l'attention des écoutants, les interprétations et le poids qu'ils donnent à tout ce qui part d'un homme qui, ayant écrit expressément pour les enfants, est supposé ne devoir leur parler que par oracles : cette gêne extrême, et l'inaptitude que je me sens, me trouble, me déconcerte, et je serais bien plus à mon aise devant un monarque d'Asie que devant un bambin qu'il faut faire babiller.

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Un autre iruonvcnient me tient maintenant pli:s éloiiçnc d'eux, et, depuis mes nialheuni, je les vois toujours avec le même plaisir, mais je n'ai plus avec eux la même familiarité. Les enfants n'aiment pas la vieillesse : l'aspect de la nature défaillante est hideux à leurs yeux ; leur fépupnance que j'aperçois me navre, et j'aime mieux m'abstenir de les caresser que de leur donner de la ^'êne ou du déijoût. Ce motif, qui n'apit que sur des âmes vraiments aimantes, est nul pour tous nos docteurs et doctoresses. Mme Geoflfrin s'embarrassait fort peu que les enfants eussent du plaisir avec elle, pourvu qu'elle en eût avec eux, mais pour moi, ce plaisir est pis que nul ; il est néiratif quand il n'est pas partagé ; et je ne suis plus dans la situation ni dans l'âge où je voyais le petit cœur d'un enfant s'épanouir avec le mien. Si cela pouvait m'arriver encore, ce plaisir, devenu plus rare, n'en serait pour mr)i que plus vif : je l'éprouvais bien l'autre matin par celui que je prenais à caresser les petits du Soussoi, non seulement parce que la bonne qui les conduisait ne m'en imposait pas beaucoup, et que je sentais moins le besoin de m'écouter devant elle, mais encore parce que l'air jovial avec lequel ils m'abordèrent ne les quitta point, et qu'ils ne parurent ni se déplaire ni s'ennuyer avec moi.

Oii ! si j'avais encore quelques moments de pures caresses qui vinssent du cœur, ne fût-ce que d'un enfant encore en jaquette, si je pouvais voir encore dans quelques yeux la joie et le contentement d'être avec moi, de combien de maux et de peines ne me dédommageraient pas ces courts mais doux épancliements de mon cœur! Oh! je ne serais pas obligé de cliercher parmi les animaux le regard de la bienveillance, qui m'est désormais refusé parmi les humains. J'en puis juger sur bien peu d'exemples, mais toujours chers à mon souvenir : en voici un qu'en tout autre état j'aurais oublié presque, et dont l'impression qu'il a faite sur moi peint bien toute ma misère.

Il y a deux ans que, m'étant allé promener du côté de la Nouvelle- France, je poussai plus loin ; puis, tirant à gauche et voulant tourner autour de Montmartre, je traversai le village de Clignancourt : je marchais distrait et rêvant sans regarder autour de moi, quand tout à coup je me sentis saisir les genoux. Je regarde et je vois un petit enfant de cinq à six ans qui serrait mes genoux de toute sa force, en me regardant d'un air si familier et si caressant, que mes entrailles s'émurent ; je me disais : « C'est ainsi que j'aurais été traité des miens. » Je pris l'enfant

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dans mes bras, je le baisai plusieurs fois dans une espèce de transport, et puis je continuai mon chemin. Je sentais en marcliant qu'il me manquait quelque chose : un besoin naissant me ramenait sur mes pas; je me reprochais d'avoir quitté si brusquement cet enfant; je croyais voir dans son action, sans cause apparente, une sorte d'inspiration qu'il ne fallait pas dédaigner. Enfin, cédant à la tentation, je reviens sur mes pas : je cours à l'enfant, je l'embrasse de nouveau, et je lui donne de quoi acheter des petits pains de Nanterre, dont le marchand passait là par hasard, et je commençai à le faire jaser. Je lui demandai qui était son père ; il me le montra qui reliait des tonneaux. J'étais prêt à quitter l'enfant pour aller lui parler quand je vis que j'avais été prévenu par un homme de mauvaise mine, qui me parut être une de ces mouches qu'on tient sans cesse à mes trousses : tandis que cet homme lui parlait à l'oreille, je vis les regards du tonnelier se fixer attentivement sur moi d'un air qui n'avait rien d'amical. Cet objet me resserra le cœur à l'instant, et je quittai le père et l'enfant avec plus de promptitude encore que je n'en avais mis à revenir sur mes pas, mais dans un trouble moins agréable qui changea toutes mes dispositions. Je les ai portant senties renaître souvent depuis lors. Je suis repassé plusieurs fois par Clignancourt dans l'espérance d'y revoir cet enfant ; mais je n'ai plus revu ni lui ni le père, et il ne m'est plus resté de cette rencontre qu'un souvenir assez vif, mêlé toujours de douceur et de tristesse, connue toutes les émotions qui pénètrent encore quelquefois jusqu'à mon cœur.

11 y a compensation à tout : si mes plaisirs sont rares et courts, je les goûte aussi plus vivement quand ils viennent que s'ils m'étaient plus familiers; je les rumine, pour ainsi dire, par de fréquents souvenirs, et, quelque rares qu'ils soient, s'ils étaient purs et sans mélange, je serais plus heureux peut-être que dans ma prospérité. Dans l'extrême misère on se trouve riche de peu : un gueux qui trouve un écu en est plus affecté que ne le serait un riche en trouvant une bourse d'or. On rirait si l'on voyait dans mon âme l'impression qu'y font les moindres plaisirs de cette espèce que je puis dérober à la vigilance de mes persécuteurs : un des plus doux s'offrit il y a quatre ou cinq ans, que je ne me rappelle jamais sans me sentir ravi d'aise d'en avoir si bien profité. -^

Un dimanche nous étions allés, ma femme et moi, dîner à la porte Maillot : après le dîner nous traversâmes le bois de Boulogne ju.squ'à la Muette ; là nous nous assîmes sur l'herbe à

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l'ombre, en attendant que le soleil fût baissé, pour nous en retourner ensuite tout cloucenicnt par Passy. Une vini^taine (le petites filles, conduites par une manière de reli^^ieuse, vinrent, les unes s'asseoir, les autres folâtrer assez près de nous. Durant

leurs jeux, vint à passer un oublieur avec son tambour et stm tourniquet, qui cherchait pratique : je vis que les petites filles convoitaient fort les oublies, et deux ou trois d'entre elles, qui apparemment possédaient quelques liards, demandèrent la permission de jouer. Tandis que la gouvernante hésitait et disputait, j'appelai l'oublieur et je lui dis : « Faites^ tirer toutes ces demoiselles chacune ii son tour, et je vous payerai le tout. » Ce mot répandit dans toute la troupe une joie qui seule eCit plus que payé ma bourse, quand je l'aurais toute employée à cela.

Comme je vis qu'elles s'empressaient avec un peu de confusion, avec l'agrément de la gouvernante je les fis ranger toutes d'un côté, et puis passer de l'autre côté l'une après l'autre, à mesure qu'elles avaient tiré. Quoiqu'il n'y eût point de billet blanc, et qu'il revînt au moins une oublie à chacune de celles qui n'auraient rien, qu'aucune d'elles ne pouvait donc être absolument mécontente, afin de rendre la fête encore plus gaie, je dis en secret à l'oublieur d'user d« son adresse ordinaire en sens contraire,' en faisant tomber autant de bons lots qu'il pourrait, et que je lui en tiendrais compte. Au moyen de cette prévoyance, il y eut près d'une centaine d'oubliés distribuées, quoique les jeunes filles ne tirassent chacune qu'une seule fois ; car là-dessus je fus inexorable, ne voulant ni favoriser des abus, ni marquer des préférences, qui produiraient des mécontentements. Ma femme insinua à celles qui avaient de bons lots d'en faire part à leurs camarades, au moyen de quoi le partage devint presque égal et la joie plus générale.

Je priai la religieuse de tirer à son tour, craignant fort qu'elle ne rejetât dédaigneusement mon ofïre ; elle l'accepta de bonne grâce, tira comme les pensionnaires, et prit sans façon ce qui lui revint. Je lui en sus un gré infini, et je trouvai à cela une sorte de politesse qui me plut fort, et qui vaut bien, je crois, celle des simagrées. Pendant toute cette opération, il y eut des disputes qu'on porta devant mon tribuîial ; et ces petites filles, venant plaider tour à tour leur cause, me donnèrent occasion de remarquer que, quoiqu'il n'y en eût aucune de jolie, la gentillesse de quelques-unes faisait oublier leur laideur.

Nous nous quittâmes enfin très contents les uns des autres.

et cet iiprés-midi fut un de ceux de ma vie dont je me rappelle le souvenir avec le plus de satisfaction. La fête, au reste, ne fut pas ruineuse : pour trente sous qu'il m'en coûta tout au plus, il y eut pour plus de cent écus de contentement ; tant il est vrai que le plaisir ne se mesure pas sur la dépense, et que la joie est plus amie des liards que des louis. Je suis revenu plusieurs fois à la même heure, espérant d'y rencontrer encore la petite troupe ; mais cela n'est plus arrivé.

... De mon coté, quand j'ai bien réfléchi sur l'espèce de volupté que je j^oûtais dans ces sortes d'occasions, j'ai trouvé qu'elle consistait moins dans un sentiment de bienfaisance que dans le plaisir de voir des visages contents. Cet aspect a pour moi un charme qui, bien qu'il pénètre jusqu'à mon cœur, semble être uniquement de sensation. Si je ne vois la satisfaction que je cause, quand même j'en serais sûr, je n'en jouirais qu'à demi. C'est même pour moi un plaisir désintéressé, qui ne dépend pas de la part que j'y puis avoir. Car, dans les fêtes du peuple, celui de voir des visai^es ^fifais m'a toujours vivement attiré. Cette attente a pourtant été souvent frustrée en France, où cette nation, qui se prétend si gaie, montre peu cette gaieté dans ses jeux. Souvent j'allais jadis aux guinguettes, pour y voir danser le menu peuple ; mais ses danses étaient si maussades, son maintien si dolent, si gauche, que j'en sortais plutôt contristé que réjoui. Mais à Genève et en Suisse, où le rire ne s'évapore pas sans cesse en folles malignités, tout respire le contentement et la gaieté dans les fêtes. La misère n'y porte point son hideux aspect. Le faste n'y montre pas non plus son insolence. Le bien-être, la fraternité, la concorde, y disposent les coeurs à s'épanouir, et souvent, dans les transports d'une innocente joie, les inconnus s'accostent, s'embrassent et s'invitent à jouir de concert des plaisirs du jour. Pour jouir moi-même de ces aimables fêtes, je n'ai pas besoin d'en être. Il me suffit de 1 es voir ; en les voyant, je les partage ; et, parnu tant de vis âges j^ais, je suis bien sûr qu'il n'y a pas un cœur plus gai que le mien.

Quoique ce ne soit là au'im plaisir de sensation, il a certainement une cause morale, et la preuve en est que ce même aspect, au lieu de me flatter, de me plaire, peut me déchirer de douleur et d'indignation^ quand je sais que ces signes de plaisir et de joie sur les visages des méchants ne sont que des marques que leur malignité est satisfaite. La joie innocente est la seule dont les signes flattent mon cœv.r. Ceux de la crv.elle et moqueuse

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joie le navrent et l'afTlii^ent, quoiqu'elle n'ait nul rapport à moi. Ces signes, sans doute, ne sauraient être exactement les mC'mes, partant île principes si différents : mais enfin ce sont également des signes de joie, et leurs différences sensibles ne sont assurément pas proportioimelles ù celles des mouvements qu'ils excitent en moi.

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