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LE VIEUX VAGABOND

Air : Guide mes pas, ô Providence.

Dans ce fossé cessons de vivre ; Je finis vieux, infu^me et las ; Les passants vont dire : H est ivre.

Tant mieux ! ils ne me plaindront pas. J'en vois qui détournent la tête ; D'autres me jettent quelques sous.

Courez vite, allez à la fête :

Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.

Oui, je meurs ici de vieillesse, Parce qu'on ne meurt pas de faim.

J'espérais voir dans ma détresse L'hôpital adoucir la fin ; Mais tout est plein dans chaque hospice, Tant le peuple est infortuné.

La rue, hélas ! fut ma nourrice :

Vieux vagabond, mourons où je suis né.

Aux artisans, dans mon jeune âge.

J'ai dit : Qu'on m'enseigne un métier.

= Cir ANSONS NOUVELLES ET DERNIÈRES = 203

Va, nous n'avons pas trop d'ouvrage, Répondaient-ils, va mendier.

Riches, qui me disiez : Travaille, J'eus bien des os de vos repas ; J'ai bien dormi sur votre paille :

Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.

J'aurais pu voler, moi, pauvre homme ; Mais non : mieux vaut tendre la main.

Au plus, j'ai dérobé la pomme Qui mûrit au bord du chemin.

Vingt fois pourtant on me verrouille Dans les cachots, de par le roi.

De mon seul bien on me dépouille ; Vieux vaa'abond, le soleil est à moi.

Œuvres, IV, 28.

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