‹ Textes choisis et commentésChapitre 133 sur 157 · IL FELICITE UN AMI DE SON MARIAGE · texte numérisé non relu

IL FELICITE UN AMI DE SON MARIAGE

A Monsieur Edouard CJiarton.

Fontainebleau, 6 novembre 1836.

J'ai à m'excuser, mon cher monsieur Charton, d'avoir tant tardé à vous répondre. J'étais en Touraine quand votre lettre est parvenue à Fontainebleau. .

290 == BEKAXGEK. — CHAP. X

Vous voilà donc marié. C'est une situation que j'ai évitée par suite de la position oîi j'ai toujours vécu, n'ayant ni présent ni avenir de fortune quelconque. Vous êtes plus heureux ; et, quoi que vous ayez la bonté de me dire, vous n'avez plus besoin des a\is de mon expérience. Votre cœur est là, et vous savez, il y a longtemps, quels sont les devoirs de l'honnête homme. Vous avez désormais de grands engagements à remplir, mais vous en serez bien récompensé par la stabihté qu'ils vont donner à votre \ie et à vos pensées. Quand on a le bonheur des autres poiu* but, on cesse de flotter au hasard. C'est un lest qui maintient notre ballon dans la région la plus calme. On prétend qu'elle est la moins poétique ; moquez-vous de ceux qui mettent la poésie à toute sauce, et qui laissent la morale et le bonheur pendus au croc. Vous voilà dans le \Tai ; soyez heureux en faisant des heureux ; vous méritez un pareil sort : tous vos amis s'en féhciteront, et les \ieux garçons comme moi, en voyant votre bonhem", regretteront de n'avoir pas su prencke la même route.

Adieu : que le mariage toutefois ne vous fasse pas oublier les letti'es, et rappelez-vous de temps à autre ceux qui lem* ont dû l'avantage de vous connaître et de vous apprécier. Croyez surtout que je suis, parmi ceux-là, celui qui tient le plus à votre bon souvenir.

A vous de cœur.

Page 1