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BERANGER. — CONCLUSION

brûlant caractère d'actualité, parce que les ckconstanccs qui les avaient inspirées, avaient depuis longtemps cessé. Enfin la musique, qui assure le succès d'une chanson, en précipite aussi le déclin, parce que rien n'est aussi changeant que la vogue d'un air musical. Et puis on perdait de plus en plus l'habitude de chanter à table, de couronner le dessert par des chansons. Or, c'était surtout là que s'était marquée triomphalement la supériorité des productions de Béranger. Le développement des toasts oratoires acheva de porter le dernier coup à la renommée du poète.

Nadaud, Pierre Dupont essayaient bien de galvaniser la vieille chanson qui se mourait. Elle cédait la place à des genres qui n'en étaient peut-être que la transformation bâtarde, comme le Monologue. Monologue insignifiant et fadement spirituel, comme le monologue de salon, monologue volontairement niais ou bouffon, comme le monologue militaire. Ce qui restait de la chanson, la romance sentimentale, souvent bête à pleurer, la chansonnette, la chanson comique, la chanson politique et satirique, se réfugiait dans les cafés-concerts.

Mais de l'excès même de la décadence devait sorth, pour la chanson et pour Béranger, la réaction salutaire. Quelques cénacles s'étaient perpétués qui cultivaient encore le genre cher à Béranger et à ses contemporains. Des revues, la Chanson, la Chanson française, s'efforçaient de maintenir et de propager la bonne tradition. Une campagne, menée avec persévérance, dotait enfin Paris de la statue de son chansonnier de prédilection. En même temps, il s'était formé toute une pléiade de chansonniers, qui mêlait l'humour, poussé parfois jusqu'à la « rosserie », à la pointe de sentimentalisme social et patriotique, sans laquelle la chanson demeure sans action sur les masses. Chansonniers des cabarets artistiques, des caveaux reconstitués, chansonniers de la Butte, ils ranimèrent la chanson spirituelle et la chanson satirique. Ce goût conduisit insensiblement le public délicat à reprendre les chansons de la première moitié du dix-neuvième siècle. On les ressuscita d'abord par une sorte de curiosité rétrospective, celle qui

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s'attachait aux hommes, aux choses et aux événements de cette période, à kx fois si rapprochée et si éloignée de nous. Béranger devint le sujet d'études littérales et le thème de conférences. On s'aperçut alors que ses chansons étaient loin d'avoir perdu toute leur puissance d'émotion ; on retrouva en elles des modèles classiques d'un art achevé. Et tout ainsi l'on se préparait à reconnaître que l'auteur du Roi (T Yvetot et des Souvenirs du peuple a mérité le titre, que lui avait si justement décerné Lamartine, de Ménétrier national.

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