CHANSONS MORALES ET AUTKES = 35 L'HABIT DE COUR
ou VISITE A UNE.ALTESSE
AïK : Allez-vous-en, gens de la nocd
Ne répondez plus de personne, Je veux devenir courtisan.
Fripier, vite, que l'on me donne La défroque d'un chambellan.
Un grand prince à moi s'intéresse :
Courons assiéger son séjour ;
Ah ! quel beau jour ! (Bis.) Je vais au palais d'une altesse, Et j'achète un habit de cour.
Déjà, me tirant par l'-oreille, L'ambition hâte mes pas.
Et mon riche habit me conseille D'ap'prendre à m'inchner bien bas.
Déjà l'on me fait pohtesse.
Déjà l'on m'attend au retour.
Ah ! quel beau jour !
Je vais saluer une altesse.
Et je porte un habit de cour.
N'ayant point encor d'équipage.
Je pars à pied modestement.
Quand de bons vivants, au passage, M'offrent un déjeuner charmant.
J'accepte ; mais que l'on se presse, Dis-je à ceux qui me font ce tour ;
Ah ! quel beau jour !
Messieurs, Je vais voir une altesse ; Respectez mon habit de cour.
Le déjeuner fait, je m'esquive ; Mais l'un de nos anciens amis Me réclame, et, joyeux convive, A sa noce, je suis admis.
36 ; BÉKANnKK. — , CIIAP. TII ^
Nombreux flacons, chants d'allégresse, De notre table font le tour.
Ah ! quel beau jour !
Pourtant j'allais, voir une altesse, Et j'ai mis un habit de cour !
Enfin, malgré l'aï qui mousse.
J'en veux venir à mon honneur.
Tout en chancelant, je me pousse Jusqu'au palais de monseigneur.
Mais à la porte, où l'on se presse.
Je vois Eose, Kose et l'Amour.
Ah ! quel beau jour !
Rose, qui vaut bien une altesse.
N'exige point l'habit de cour.
Loin du palais où la coquette Vient parfois lorgner la grandeur, Elle m'entraîne à sa chambrette.
Si favorable à notre ardeur.
Près de Rose, je le confesse.
Mon habit me paraît bien lourd.
Ah ! quel beau jour !
Soudain, oubhant son altesse.
J'ai quitté mon habit de cour.
D'une ambition vaine et sotte Ainsi le rêve disparaît.
Gaîment je reprends ma marotte, Et m'en retourne au cabaret.
Là je m'endors dans une ivresse Qui n'a point de fâcheux retour.
Ah ! quel beau jour !
A qui voudra voir son altesse Je donne mon habit de cour.
Œuvres, I, 274
LE SIÎNATEUR (1813)
Air : Tons un curé patriote.
Mon épouse fait ma gloire :
Rose a de si jolis yeux !
Je lui dois, Ton peut m'en croire,
Un ami bien précieux.
Le jour oii j'obtins sa foi,
Un sénateur vint chez moi.
Quel honneur!
Quel bonheur !
Ah ! monsieur le sénateur.
Je suis votre humble serviteur.
De ses faits je tiens registre ; C'est un homme sans égal :
L'autre hiver, chez un ministre, H mena ma femme au bal.
S'il me trouve en son chemin, 11 me frappe dans la main.
Quel honneur! etc.
Près de Rose il n'est point fade, Et n'a rien de freluquet.
Lorsque ma femme est malade, 11 fait mon cent de piquet.
Il m'embrasse au jour de l'an ; Il me fête à la Saint-Jean.
Quel honneur ! etc.
Chez moi qu'un temps effroyable Me retienne après dîner, H me dit d'un air aimable :
« Allez donc vous promener; « Mon cher, ne vous gênez pas, « Mon équipage est en bas. »
Quel honneur! etc.
38 — DÉRANGER. — CIIAP. TU ==
Certain soir, à sa campagne Tl nous mena par hasard ; Il m'enivra de Champagne, Et Rose fit lit à part :
Mais de la maison, ma foi.
Le plus beau lit fut pour moi.
Quel honneur ! etc.
A l'enfant que Dieu m'envoie Pour parrain je l'ai donné.
C'est presque en pleurant de joie Qu'il baise le nouveau-né ; Et mon fils, dès ce moment, Est mis sur son testament.
Quel honneur ! etc..
Œuvres, I, 7.