LE VOYAGE IMAGINAIRE
Air : il/wse des hois et des accords climnpêlres.
L'automne accourt, et sur son aile humide M'apporte encor de nouvelles douleurs.
Toujours souffrant, toujours pauvre et timide, De ma gaîtô je vois pâhr les fleurs.
Arrachez-moi des fanges de Lutèce ; Sous un beau ciel mes yeux devaient s'ouvrir. Tout jeune aussi je rêvais à la Grèce : C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
(1) Quelque temps après la ruhie de Psara, les Grecs firent une descente dans l'île, et une partie de la garnison turque périt égorgée.
136 === BERANGER. — GIIAP. V
En vain faut-il qu'on me traduise Homère (1),
Oui, je fus Grec ; Pythagore a raison (2).
Sous Périclès j'eus Athènes pour mère ;
Je visitai Socrate en sa prison,
De Phidias j'encensai les merveilles ;
De rHissus j'ai vu les bords fleurir.
J'ai sur l'Hymète éveillé les abeilles :
C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Dieux ! qu'un seul jour, éblouissant ma vue, Ce beau soleil me réchauffe le cœur !
La Liberté, que de loin je salue, Me crie : Accours, Thrasybule est vainqueur. Partons ! partons ! la barque est préparée. Mer, en ton sein garde-moi de périr ; Laisse ma Muse aborder au Pyrée :
C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Il est bien doux, le ciel de l'Itahe ; Mais l'esclavage en obscurcit l'azur.
Vogue plus loin, nocher, je t'en supphe ; Vogue où là-bas renaît un jour si pur. Quels sont ces flots? quel est ce roc sauvage? Quel sol brillant à mes yeux vient s'offrir? La tyrannie expire sur la plage :
C'est là, c'est là que je voudrais mourir.
Daignez au port accueilUr un barbare, Vierges d'Athène ; encouragez ma voix.
Pour vos chmats je quitte un ciel avare Oii le génie est l'esclave des rois.
Sauvez ma lyre, elle est persécutée ; Et, si mes chants pouvaient vous attendrir, Mêlez ma cendre aux cendres de Tyrtée : Sous ce beau ciel je suis venu mourir.
Œuvres, HT, 117.
(1) Bélanger n'avait pas fa!t d'études classiques, et ne manquait jamais une occasion de le déplorer.
(2) Allusion à la théorie pythagoricienne de la méiempsycliose»