LES BOHÉMIENS
Air : Mon pèf m'a donné un mari.
Sorciers, bateleurs ou filous, -i-;
Reste immonde *'
D'un ancien monde ; Sorciers, bateleurs ou filous.
Gais bohémiens, d'oii venez-vous?
D'oii nous venons, l'on n'en sait rien. L'hirondelle, D'oii nous vient-elle?
D'oii nous venons, l'on n'en sait rien. Où nous irons, le sait-on bien?
CHANSONS l)K 1S28 -.^ 157
Sans pays, sans prince et sans lois, Notre vie Doit faire envie ; Sans pays, sans pl-ince et sans lois.
L'homme est heureux un jour sur trois.
Tous indépendants nous naissons
Sans église
Qui nous baptise ;
Tous indépendants nous na^issons,
Au bruit du fifre et des chansons.
Nos premiers pas sont dégagés, Dans ce monde Où Terreur abonde ; Nos premiers pas sont dégagés Du \ieux maillot des préjugés.
Au peuple, en butte à nos larcins, Tout grimoire En peut faire accroire ; Au peuple, en butte à nos larcins, H faut des sorciers et des saints.
Pauvres oiseaux que Dieu bénit, De la ville Qu'on nous exile ; Pauvres oiseaux que Dieu bénit, Au fond des bois pend notre nid.
A tâtons l'Amour, chaque nuit.
Nous atteUe Tous pêle-mêle ; A tâtons l'Amour, chaque nuit, Nous attelle.au char qu'il conduit.
Ton œil ne peut se détacher, Philosophe De mince étoffe ; Ton œil ne peut se détacher Du vieux coq de ton vieux clocher.
BERANGEK.
GlIAP. V
Voir, c'est avoir. Allons courir I Vie errante Est chose enivrante.
Voir, c'est avoir. Allons courir !
Car tout voir, c'est tout conquérir.
Mais à l'homme on crie en tout lieu, Qu'il s'agite Ou croupisse au gîte; Mais à l'homme on crie en tout lieu : « Tu nais, bonjour ; tu meurs, adieu. »
Quand nous mourons, vieux ou bambin, Homme ou femme, A Dieu soit notre âme !
Quand nous mourons, vieux ou bambin.
On vend le corps au carabin,
Nous n'avons donc, exempts d'orgueil.
De lois vaines.
De lourdes chaînes ; Nous n'avons donc, exempts d'orgueil, Ni berceau, ni toit, ni cercueil.
Mais, croyez-en notre gaîté.
Noble ou prêtre.
Valet ou maître; Mais, croyez-en notre gaîté.
Le bonheur, c'est la hberté.
Œuvres, III, 211.