‹ Textes choisis et commentésChapitre 90 sur 157 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

(JuiUet 1831.)

Air des Trois Couleurs.

Quoi ! vous fuyez, vous les vainqueurs du monde ! Devant Leipsick le sort s'est-il mépris? Quoi ! vous fuyez ! et ce fleuve qui gronde D'un pont qui saute emporte les débris !

(1) Joseph Poniatowski, neveu du dernier roi de Pologne, né en 1763, servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1806 jusqu'à 1813. Après la bataille de Leipsick, Napoléon l'éleva au grade de maréchal d'Empire, et lui domia le commandement d'un corps de Polonais et de Français, à la tête duquel il fit des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts de l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite, Poniatowski, resté à l' arrière-garde et pressé de toutes parts par les troupes ennemies, rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s'écrie : Dieu m^a confié Vhonneur des Polonais, je ne le remettrai qu'à Dieu. Il tente de s'ouvrir un passage à travers le fleuve ; mais, épuisé de sang et entraîné par les flots, il disparaît englouti. Ce n'est que quelques jours après que son corps fut trouvé sur les bords (3e l'Elster.

Soldats, chevaux, pêle-mêle, et les armes, Tout tombe là ; l'EIster roule entravé. Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : « Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé l

Rien qu'une main ; malheur à qui l'implore ! « Passons, passons. S'arrêter ! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore :

Blessé trois fois, c'est Poniatowsld.

Qu'importe ! on fuit. La frayeur rend barbare ; A pas un cœur son cri n'est arrivé.

De son coursier le torrent le sépare : « Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé !

Il va périr ; non, il lutte, il surnage : Il se rattache aux longs crins du coursier. « Mourir noyé! dit-il, lorsqu'au rivage J'entends le feu, je vois luire l'acier ! Frères, à moi ! vous vantiez ma vaillance. Je vous chéris ; mon sang l'a bien prouvé. Ah ! qu'il m'en reste à verser pour la France ! Rien qu'une main (bis). Français, je suis sauvé I »

Point de secours, et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu 1 Mais un doux rêve, une image brillante. Dans son esprit descend du sein de Dieu. « Que vois-je? enfin, l'aigle blanc se réveiUe, Vole, combat, de sang russe abreuvé ; Un chant de gloire éclate à mon oreille : Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé ! »

Point de secours ! il n'est plus, et la rive

Voit l'ennemi camper dans ses roseaux.

Ces temps sont loin ; mais une voix plaintive

Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux.

Et depuis peu, grand Dieu, fais qu'on me croie !

Jusques au ciel son cri s'est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie :

« Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé !

C'est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a pour nous combattu ;

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Elle se noie au sang qui coule d'elle,

Sang qui s'épuise en gardant sa vertu.

Comme ce chef mort pour notre patrie,

Corps en lambeaux dans l'Elster retrouvé,

Au bord du gouffre un peuple entier nous crie :

« Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé! »

Œuvres, III, 374.

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