CHAPITRE VII
LES CHANSONS NOUVELLES ET DERNIERES (1833) /. Idée générale du recueil et préface. — //. Les chansons.
A cinquante-trois ans, Béranger publie, chez son éditeur et ami, Perrotin, le dernier des recueils édités de son vivant. C'est un congé qu'il prend du public, avant que le public ne le congédie. Le recueil est précédé d'une dédicace au prince Lucien Bonaparte, dont on n'a pas oublié l'influence décisive sur la carrière littéraire du poète. C'est, pour notre auteur, une occasion unique de témoigner de la gratitude h un proscrit et de s'expliquer, une bonne fois, sur l'impérialisme qu'on lui attribue. La préface, qui suit la dédicace, entre dans de plus longs développements sur le même sujet et sur plusieurs des questions que soulèvent tant la vie du chansonnier que la nature et le rôle de la chanson.
Les chansons elles-mêmes sont au nombre de cinquantesix. Nous avons cité plus haut celles qui se rapportent' aux dernières péripéties de la lutte de Béranger contre les Bourbons et celles qui retracent sa participation aux événements de 1830-183L Les autres se rattachent soit à des souvenhs familiers, soit à des considérations de philosophie pratique, soit à des questions sociales. Il se produit en effet une évolution dans sa pensée : de politiques qu'étaient
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ses préoccupations, elles deviennent sociales. L'influence des saint-simoniens, avec lesquels il est en coquetterit réglée, explique cette nouvelle orientation de sa verv€ coupletière. Sans doute, il n'y a pas chez lui de système bien déterminé ; on sent même qu'il flotte entre les idées socialistes d'un Fourier et les idées anarchistes d'un Proudon ; mais il est certain que la démocratie elle-même ne lui suffirait plus. Quand il écrit : Le peuple, c'est ma Muse, cette affirmation est vraie au pied de la lettre.