‹ Textes classiques de la littérature française: extraits des grands écrivains français avec (volume 2)Chapitre 87 sur 126 · LA PRIÈRE POUR TOUS · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE POUR TOUS

Ora pro nobisi

Ma fille t va prier t — Vois, la nuit est venue.

Une planète d'or là-bas perce la nue ;

La brume des coteaux fait trembler le contour ;

A peine un char lointain glisse dans l'ombre.... Ëcoutet

Tout rentre et se repose, et l'arbre de la route

Secoue au vent du soir la poussière du jouri

Le crépuscule, ouvrant la nuit qui les recèle, Fait jaillir chaque étoile en ardente étincelle ; L'Occident amincit sa frange de carmin ; La nuit de l'eau dans l'ombre argenté la surface; Sillons^ sentiers, buissons, tout se mêle et s'efface ; Le passant inquiet doute de son chemin.

Le jour est pour le mal, la fatigue et la haine. Prions : voici la nuit! la nuit grave et sereine! Le vieux pâtre, le vent aux brèches de la tour, Les étangs, les troupeaux avec leur voix cassée , Tout souffre et tout se plaint La nature lassée A besoin de sommeil de prière et d 'amour I

(Test l'heun où les enfknts parient avec les anges. Tandis que nous courons à nos plaisirs étranges, Tous les petits enfants , les yeux levés au ciel, Mains jointes et pieds nus, à genoux sur la pierre , Disant à la môme heure une môme prière , Demandent pour nous grftce au père universel I

Et puis ils dormiront. — Alors, épars dans Tombre^ Les rêves d'or, essaim tumultueux, sans nombre ^ Qui naît aux derniers bruits du jour à son déclin, Voyant de loin leur souffle et leurs bouches vermeiildS| Gomme volent aux fleurs de joyeuses abeilles, Viendront s'abattre en foule à leurs rideaux de Un !

sommeil du berceau I prière de Tenfancel Voix qui toujours caresse et qui jamais n'offensé! Douce religion, qui s'égaye et qui rit l Prélude du concert de la nuit solennelle I Ainsi que l'oiseau met sa tête sous son aile, L'entant dans la prière endort son jeune esprit I

Ma fille, va prier 1 •— D'abord , surtout pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle, Pour celle qui te prit jeune âme dans le ciel, Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère, Faisant deux parts pour toi dans cette vie amère, Toujours a bu l'absinthe et t'aiaissô le miel.

Puis ensuite pour moi l J'en ai plus besoin qu*eUe! Elle est, ainsi que toi, bonne, simple et fidèle I Elle a le cœur limpide et le front satisfait. Beaucoup ont sa pitié, nul ne lui fait envie ; Sage- et douce, eUe prend patiemment la vie; Elle soufire le mal sans savoir qui le fait.

Tout en cueillant des fleurs , jamais sa main novice

N'a touché seulement à Técorce du vice;

Nul piège ne l'attire à son riant tableau;

Elle est pleine d'oubli pour les choses passées;

Elle ne connaît pas les mauvaises pensées

Qui passent dans l'esprit comme une ombre sur Teau*

Elle ignore 1 — à jamais ignore-les comme efle I — Ces misères du monde où notre âme se mêle, Faux plaisirs, vanités, remords, soucis rongeurs, Passions sur le coeur flottàot oonmie tme écume,

VICTOR HUQO.

Intimes souvenin 4e honte et d'amertume Qui font monter au front de subites rougeurs I

Moi, je sais mieui la yie, et je pourrai te dire, Quand tu seras plus grande et qu'il faudra t'instniire, Que poursuivre l'empire , et la fortune et l'art , C'est folie et néant ; que l'urne aléatoire Nous jette bien souvent la honte pour la gloire , Et que l'on perd son âme à ce jeu de hasardl

L'âme en vivant s'altère ; et quoique en toute chose La fin soit transparente et laisse voir la cause, On vieillit sous le vice et l'erreur abattu; A force de marcher l'homme erre , l'esprit doute. Tous laissent quelque chose aux buissons de la route. Les troupeaux leur toison et l'homme sa vertu I

Va donc prier pour moi! — Dis pour toute prière : a Seigneur, Seigneur, mon Dieu, vous êtes notre pèit^ Grâce, vous êtes boni grâce, vous êtes grandi » Laisse aller ta parole où ton âme l'envoie; Ne t'inquiète pas, toute chose a sa voie, Ne t'inquiète pas du chemin qu'elle prend I

Il n*est rien ici-bas qui ne trouve sa pente.

Le fleuve jusqu'aux mers dans les plaines serpenta.

L'abeille sait la fleur qui recèle le miel.

Toute aile vers son but incessamment retombe.

L'aigle vole au soleil, le vautour à la tombe.

L'hirondelle au printemps, et la prière au ciel !

Lorsque pour moi vers Dieu ta voix s'est envolée, Je suis comme l'esclave, assis dans la vallée, Qui dépose sa charge au bornes du chemin; Je me sens plus léger; car ce fardeau de peine, De fautes et d'erreurs qu'en gémissant je traîne, Ta prière en chantant remporte dans sa maini

Va prier pour ton père ! — Afin que je sois digne De voir passer en rêve un ange au vol de cygne, Pour que mon âme brûle avec les encensoirs I Ëfiace mes péchés sous ton souffle candide, Afin que mon cœur soit innocent et splendide Gomme un pavé d'autel qu'on lave tous les soirs ^

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