‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 139 sur 347 · MAÎTRE JACQUES · texte numérisé non relu

MAÎTRE JACQUES

HARPAGON. -^ Approche, viens confesser l'aotien là plus noire, Tat* tentât le plus horrible qui jamais ait été commis. VALÈRE. — Que voulez-vous, monsieur?

HARPAGON. — Comment, traître? tu ne rougis pas de ton crime?

262 DIX-SEPTifcMÉ SIÈCLE.

MAtTRE JACQUES. ^ Je parle d'un cochon de lait que vôtre intendant me vient d*enToyer, et je veux l'accommoder à ma fantaisie.

HARPAGON. — Il n*est pas question de cela, et voilà monsieur à qui il faut parler d'autre chose.

LE coMMissAïae, à maître Jacques. «• Ne vous' épouvantez point. Je suis un homme à ne vous point scandaliser, et les choses iront dans la douceur.

MAÎTRE JACQUES. — Monsieur est de votre souper?

LE COMMISSAIRE. — Il faut Ici^ mou cher ami , ne rien cacher à votre maître.

MAÎTRE JACQUES. — Ma fol , mousieur^ je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traitera! du mieux qu^il me sera possible.

HARPAGON. — Ce n'est pas là raffaire,

MAtTRE lACQUBS. — 81 Je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrois, c'est la faute de monsieur votre intendant, qui m'a ro^é lès ailes avec les ciseaux de son économie.

HARPAGON. — Traître! il s'agit d'autre chose que de souper J etje v«ux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.

MAÎTRE JACQUES. — On VOUS a pris de l'argent?

HARPAGON. — Oui, coquin; et je m'en vais te faire pendre^ ri tu ne me le rends.

LE COMMISSAIRE, à Harpagon, — Mon Dieu t ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu'il est honnête homme, et que, sans se faire mettre en prison, il vous découvrira ce que vous voulez savoir. Otil, mon ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal, et tous serez récompensé comme il faut par votre mattre. On lui a pris au^ jourd'hui son argent; et il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.

MAÎTRE JACQUES, haSj à part. — - Voici justement ce qu'il me fttu| pour me venger de notre intendant. Depuis qu'il est entré céans, il est le favori j on n'écoute que ses conseils; et j'ai ausd sur le oœur les coups de bâton de tantôt.

HARPAGON. — Qu'as-tu à ruminer?

LE COMMISSAIRE, à Harpagon. -^ Laissez-le faire. Il se prépare à vous contenter; et je vous ai bien dit qu'il étoit honnête homme.

MAÎTRE JACQUES. — Monsieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que c'est monsieur votre cher intendant qui a fait le coup.

HARPAGON. — Valère ?

MAÎTRE JACQUES. — Oul.

HARPAGON. — Luil qui me parott Si fidèle? MAÎTRE JACQUES. — Lui-môme. Je crois que c'est lui qui tous a dérobé.

HARPAGON. — Et sur quol le crois-tu?

MAÎTRE JACQUES. — Sur quoi?

HARPAGON. -— Oui.

MOLIÈRB. 263

MAÎTRE JACQUES.—^ Je l6 cfoisi.^. suF 66 qufl je le creii.

LE COMMISSAIRE. — Mais il est nécessaire de dire les indices que vous avez.

HARPAGON. -*«- L'as-tu m rôder autour du lieu où j*ayois laia mon argent ?

MAtTRE JACQUES. «— Oui, vraixheQt. Où étoit-il, votre argent?

HARPAGON. — Dans le jardin.

MAÎTRE JACQUES. — Justement; je Tai vu rôder dans le jardin. Et dans quoi est-ce queeet argent étoit?

HARPAGON. — < Dans une cassette.

MAÎTRE JACQUES. — Voilà l*affaire. Je lui ai vu une casseta*

UARPAGOTI; — Et Cette cassettOj comment est-elle faite? Je verrai bien si c'est la mienne.

uaItre JACQUES. — Gemment elle est laite?

HARPAGON. — Oui.

ifAÎTRB JACQUES. ^ BUo estfeîte.... elle est faite Gomme une cassette.

LE COMMISSAIRE. — Cela s'entend. Mais éépaignes-la un peu, pour voir.

MAÎTRE f AGQUES. — Cost uue grande oassettOé

HARPAGON. — Celle qu'on m'a volée est petite.

MAÎTRE JACQUES. — Hô! out, cllo cst petite, ai l^n le veut prendre par là; mais je l'appelle grande pour ce qu'elle oontoit.

LE COMMISSAIRE. — Et de quello couleur est-elle?

MAtTRB JACQUES* — De quelle couleur?

LE COMMISSAIRE. — Oui.

MAÎTRE JACQUES. — Elle ost de couleur.... l&, d'una certaina couleur.... Ne sauriez-vous m'aider à dire?

HARPAGON. — Euh?

MAÎTRE JACQUES. ~ N*est-elle pas rouge?

HARPAGON. — Non, griso.

maItrb JACQUES. — Hét oui, gris rouge; c'est ee que je voulais dire.

HARPAGON. -^ Il n*y a point de doute ; c'est elle assurément, j^ivôz, monsieur, écrivez sa déposition. Cielt à qui désormais se fier? Jl ne faut plus jurer de rien; et je erois> après cela, que je suis homme à me voler moi-même.

MAÎTRE JACQUES, à Harpogûn, — » Monsieur, la voici qui revient* Ne lui allez pas dire au moins que c'est moi qui ai découvert cela^

ScÈNK III. -^ HAEPAGON, UN GOMMISâAHUS, YALÈHlli

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