VI. LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTEa
Il étoit une vieille ayant deux chambrières : Elles filoient si bien que les sœurs filandières* Ne faisoient que brouiller au prix de celles-ci. La vieille n'avoit point de plus pressant souci Que de distribuer aux servantes leur t&che,
1 . Dans le sens du latin familia : toute la maison , maître, femme, enfants et serviteurs.
2. Lès Parques, divinités du paganisme, qui filaient la destinée des hommes. Elles étaient trois : Clotho, I^achésis et Âtropos.
Dès que Téthys * chaissoit Phébus aux crinQ dorés ), Tourets 3 entroient enjeu, fuseaux étolent tirâ^î
Deçà, deUf vous en aurez :
Point de cesse, point de relâche.
Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remoatoit. Un misérable coq à point nommé chantoit ; Aussitôt notre vieille, encor plus misérablç, S'affubloit d'un jupon crasseux et détestable, Àllumoit une lampe, et oouroit droit au lit Où, de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,
Dormoient les deux pauvres servantes.
L'une entr*ouvroit un oeil, Vautre étendoit un bras ;
Et toutes deux, très-mal contentes, Disoient entre leurs dents : Maudit coq! tu mourras t Comme elles l'avoient dit, la bête fut grippée : Le réveille-matin eut la gorge coupée.
Ce meurtre n'amenda nullement leur marché *. Notre couple, au contraire, à peine étoit couché| Que la vieille, craignant de laisser passer l'heure, Couroit comme un lutin par toute sa demeure.
C'est ainsi que, le plus souvent, Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
On s'enfonce encor plus avant :
Témoin ce couple et son salaire.
La vieille, au lieu du coq, les fît tomber par là De Charybde en Scylla*.
ZX. LE LABOUBSUR JST SSS ENFANTS.
Travaille?, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. « Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit; mais un peu de courage
1. Téthys, femme du dieu Océan. Les Grecs croyaient que Phébus ou le soleil^ arrivé le soir aux limites du ciel, se plongeait dans la mer, et qu'il en sortait le matin pour éclairer le monde,