‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 236 sur 347 · Des esprits · texte numérisé non relu

Des esprits

Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphirs^ Peuple ami du démon^ Tassistoient dans sa tâche i Le follet, de sa part, travaillant sans relâche,

Combloit ses hôtes de plaisirs.

Pour plus de marques de son zèle, Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,

Nonobstant la légèreté

A ses pareils si naturelle;

Mais ses confrères les esprits Firent tant que le chef de cette république.

Par caprice ou par politique,

Le changea bientôt de logis.

Ordre lui vient d'aller au fond de la Norwégs

Prendre le soin d'une maison

En tout temps couverte de neige ; Et d'Indou qu'il étoit on vous le fait Lapon. Avant que de partir, l'esprit dit à ses hôtes :

« On m'oblige devons quitter;

Je ne sais pas pour quelles fautes :

Mais enfin, il le faut. Je ne puis arrêter Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine Employez-la; formez trois souhaits : car je puis

Rendre trois souhaits accomplis; Trois, sans plus. » Souhaiter, ce n*est pas une peine

Étrange et nouvelle aux humains.

Ceux-ci, pour premier vœu, demandent l'Abondance ;

Et TAbondance à pleines mains

Verse en leurs coffres la finance, En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins : Tout en crève. Comment ranger cette chevance? Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut 1 Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.

Les voleurs contre eux complotèrent ;

Les grands seigneurs leur empruntèrent; Le prince les taxa. Voilà les pauvres gens

Malheureux par trop de fortune.

a Gtez-nous de ces biens Taffluence importune, Dirent-ils l'un et l'autre : heureux les indigens ! La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse. Retirez-vous, trésors ; fuyez : et toi, déesse, Mère du bon esprit, compagne du repos, 0 Médiocrité, reviens vitel » A ces mots La Médiocrité revient. On lui fait place :

Avec elle ils rentrent en grâce, Au bout de deux souhaits , étant aussi chanceux

Qu'ils étoient, et que sont tous ceux

DIX-9£PTIÈMB SIÈCLE.

Qui souhaitent toujours et perdent en chimèrei

Le temps qu'ils feroient mieux de mettre à leurs affaires t

Le follet en rit avec eux.

Pour profiter de sa largesse.

Quand il voulut partir et qu'il fut sur le point,.

Ils demandèrent la Sagesse :

C est un trésor qui n'embarrasse point.

vn. UL Goxm du lion.

Sa majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le del Tavoit fidt mattrt.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les côtés

Une circulaire écriture

Avec son sceau. L'écrit portoit

Qu'un mois durant le roi tiendroit

Cour plénière dont l'ouverture

Devoit être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotin ^

Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étaloit sa puissanoe.

En son louvre il les invita.

Quellouvrel un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord au nea des gens. L'ours boucha sa narrinê, Il se fût bien passé de faire cette mine; Sa grimace déplut : le monarque irrité L'envoya obez Pluton faire le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité ; Et, flatteur excessif, il loua la colère Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur :

Il n'étoit ambre, il n'étoit fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie : '

Ce monseigneur du lion là Fut parent de Galigula *.

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