‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 238 sur 347 · Z. LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT · texte numérisé non relu

Z. LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait

Bien posé sur un coussinet, Prétendoit arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue^ elle alloit à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,

Cotillon simple et souliers plats.

Notre laitière ainsi troussée

Comptoit déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait; en employoit l'argent; Âchetoit un cent d'œufs ; faisoit triple couvée : La chose alloit à bien par son soin diligent.

« 11 m'est, disoit-elle, facile D'élever des poulets autour dé ma maison;

Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; Il étoit, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable. Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d'un œil marri *

Sa fortune ainsi répandue,

Va s*excuser à son mari.

En grand danger d'être battue.

Le récit en farce ^ en fut fait;

On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?

Qui ne fait châteaux en Espagne?

Picrochole, Pyrrhus ', la laitière, enfin tous,

Autant les sages que les fous.

Chacun songe en veillant; il n'est rien de plu&doiis : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes;

Tout le bien du monde est à nous ,

Tous les honneurs, toutes les femmes.

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

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