I. LA MORT ET LE MOURANT
La Mort ne surprend point le sage :
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas J embrasse tous les temps : Qu'on le partage en jours, en heures, en moments.
Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine; Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse.
La Mort ravit tout sans pudeur :
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré ;
Et, puisqu'il faut que je le die.
Rien où l'on soit moins préparé.
Un mourant, qui comptoit plus de cent ans de vie , Se plaignoit à la Mort que précipitamment Elle le contraignoit de partir tout à l'heure',
Sans qu'il eût fait son testament.
Sans l'avertir au moins, a Est-il juste qu'on meure Au pied levé? dit-il : attendez quelque peu ; Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ; Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ; Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile. Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
l'Espagne. L'Angleterre était restée neutre et n'intervint qu'en qii.;lité de médiatrice, pour préparer la paix qui fut conclue à Nimègue. U A l'heure même.
~ Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point surpris; Tu te plains sans raison de mon impatience : Eh ! n'as-tu pas cent ans? Trouve-moi dans Paris Deux mortels aussi vieux; trouve-m'en dix en France. Je devois , ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J'aurois trouvé ton testament tout fait, Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait. Ne te donna-t-on pas des avis, quand la causo
Du marcher et du mouvement,
Quand les es-,irits, le sentiment, Quand tout faillit en coi? Plus de goût, plus d'ouïe ; Toute chose pour toi semble être évanouie : Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus: Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
Je t'ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades :
Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement T
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n'importe à la république
Que tu fasses ton testament. »
La Mort avoit raison : je voudrois qu'à cet âge On sortit de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte ; et qu'on fit son paquet : Car de combien peut-on retarder le voyage? Tu murmures, vieillard! vois ces jeunes mourir;
Vois-les marcher, vois-les courir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. J'ai beau te le crier; mon zèle est indiscret : Le plus semblable aux morts meurt le plus â regrst.