X. LE LOUP ET LE CHIEN MAIOBE
Autrefois Carpillon fretin
Eut beau prêcher, il eut beau dire,
On le mit dans la poêle à frire*.
Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main.
Sous espoir de grosse aventure.
Est imprudence toute pure.
Le pêcheur eut raison; Carpillon n'eut pas tort : Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançai lors, de quelque trait encor.
Certain loup, aussi sot que le pêcheur fut sage.
Trouvant un chien hors du village.
S'en alloit l'emporter. Le chien représenta Sa maigreur : « Jà * ne plaise à votre seigneurie
De me prendre en cet état-là;
Attendez : mon maitre marie
Sa fîlle unique, et vous jugez Qu'étant de noce il faut, malgré moi, que j'engraisse. »
Le loup le croit, le loup le laisse.
Le loup, quelques jours écoulés,
1. C'est aussi le nom du juge dans la comédie des ï'iaideurs de Racine. La Fontaine et Racine l'ont emprunté à Rabelais.
2. Expression proverbiale, dont le sens est clair : ne leur laisse rien, du moins rien de bon. L'étymologie en est douteuse. Peut-être faut-il comprendre : il les regarde jouer, et le jeu fini, empoche l'argent, laissant par grâce aux joueurs les instruments du jeu, les quilles et. le sac.
3. Allusion à la fable III du livre V : Le petit Poisson et le Pêcheur.