‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 266 sur 347 · IV. LE SONGE D'UN HABITANT DU MOOOL · texte numérisé non relu

IV. LE SONGE D'UN HABITANT DU MOOOL

Jadis certain Mogol vit en songe un vizir Aux champs élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée : Le même songeur vit en une autre contrée

•Un ermite entouré de feux, Qui touchoit de pitié môme les malheureux. Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire : Minos ' en ces deux morts semblolt s'être mépris. Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris. Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,

n se fit expliquer l'affaire.

L^terprète lui dit : « Ne vous étonnez point; Votre songe a du sens; et, si j'ai sur ce point

Acquis tant soit peu d'habitude.

C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour, Ce vizir quelquefois cherchoit la solitude; Cet ermite aux vizirs alloit faire sa cour. » Si j'osois ajouter au root de l'interprète, J'inspirerois ici l'amour de la retraite : Elle ofire à ses amants des biens sans embarras , Biens purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas.

t. n en arriva mal.

2. On prononçait primitivement eraître. Au temps de la Fontaine maître et croître ne rimaient déjà plus.

3. Minos, roi de Crète, devint après sa mort l'un des trois juges des Enfers. Les habitants du Mogol n'ont jamais connu ni les obunps Ëlysées, ni Minos.

Solitude, où je trouve une douceur secrète/

Lieux que j'aimai toujours^ ne poarrai-je jamais,

Loin du monde et du bruit^ goûter Tombre et le frais?

Oh 1 qui m'arréiera sous vos sombres asiles M

Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,

M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux

Les divers mouvements inconnus à nos yeux^

Les noms et les vertus de ces clartés errantes

Par qui sont nos deslins et nos mœurs différentes!

Que si je ne suis né pour de si grands projets.

Du moins que les ruisseaux m*offrent de doux objets I

Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie!

La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie,

Je ne dormirai point sous de riches lambris :

Mais voit-on que le somme en perde de son prix?

En esl-il moins profond, et moins plein de délices?

Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.

Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,

J'aurai vécu sans soins 3, et mourrai sans remords.

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