MADAME DE SÉVIGNÉ
Marie de Rabutin-Ghantal naquit le 5 février 1627. Elle n'avait que cinq mois et demi, quand son père fut tué en défendant Tlle de Ré contrôles Anglais. Peu d'années après, elle perdit sa mère, et resta sous la tutelle de son oncle l'abbé de Goulanges, le bim'bon, qui lui fit donner une éducation excellente. Ménage et Chapelain furent ses maîtres. Elle apprit l'italien, ï'espagnôl, un peu de latin, et prit le goût des lectures sérieuses.. Elle n'avait que dix-sept ans quand elle époUsa le marquis de Sévigné, qui fut tué en duel après sept ans de mariage. Restée veuve à vingtquatre ans, elle tourna toutes ses pensées sur ses deux enfants, et s'oocupa de rétablir leur fortune Compromise par les désordres du marquis, et d'assurer leur avenir. En 1669, elle maria sa fille au comte de Grigiian, qui fut bientôt aprè« nommé gouverneur de la Provence. Séparée de sa fille, Mme de Sévigné chercha un dédommagement à son absence dans une active correspondance, qui pendant vingtsept des plus curieuses années du règue de Louis XIV fut toujours aussi empressée, aussi pleine d'intérêt et de verve que le premier jour. Elle mourut en 1696 en Provence auprès de sa fille.
Les Lettres de Mme de Sévigné, réunies pour la première fois en 1726, ont été très-souvent réimprimées. V édition la plus complète^ est celle de M, Adolphe Régnier. Mme Tastu^ auteur d'un Éloge de Mme de Sévigné couronné par P Académie française^ en 1840, a donné un bon choix de ses Lettres.
Walckenaer a écrit des Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Ralmtin-Chantàly marquise de Sévigné.
Le fruit le plus naturel , le plus spontané du siècle de Louis XIV, l'œuvre littéraire où la société se confond pour ainsi dire avec son image, c'est la correspondance de Mme de Sévigné. Il appartenait au règne de la cour, c*est-> à- dire de l'esprit de société, de faire de la conversation écrite un genre littéraire, et d'un recueil de lettres un de ses plus remarquables ouvrages.
G*est par amour maternel, c*est pour distraire sa fille, qui s'ennuie majestueusement au milieu des fêtes et des tracasseries de la société provençale, que Mme de Sévigné entreprend de transporter Paris et Versailles à Âix. Sa correspondance, comme un miroir enchanté, nous fait connaître la cour et ses intrigues , le roi et ses maîtresses , l'Église, le théâtre, la littérature, la guerre, les fêtes, les repas, les toilettes. Tout cela s'anime et se colore en traversant l'esprit de cette femme charmante. Si Mme de Sévigné écrit à ses autres correspondants, à Bussy, à Goulanges, avec sa fille elle cav^e : elle laisse trotter saplums la bride sur le couj et les lettres qu'elle lui adresse sont les plus exquises de toutes. Elle lui donne avec plaisir le dessus de tous les paniers j c'est-à-dire la fleur de son esprit^ de sa têtCy de ses yeux^ de sa plume, de son écritoire; et puis le reste va comms il peut. Elle se divertit autant à causer avec sa fille, qu'elle laboure avec les autres^. C'est dans ses lettres qu'il faut aller chercher le style français par excellence» tout pleia de la saveur gauloise du seizième siècle, et purifié par toutes les élégances d'une société d'élite. Elle aime et recommande surtout le naturel^ qui, b *'^n avis, compote un