‹ Textes classiques de la littérature française extraits des grands écrivains français avec notices biographiques [etc.;] recueil servant de complément à l'Histoire de la Littérature françaiseChapitre 76 sur 347 · Acte III. Scène IV*. — D. RODRIGUE, GHIMÈNE, ELVIRB · texte numérisé non relu

Acte III. Scène IV*. — D. RODRIGUE, GHIMÈNE, ELVIRB

D. RODRIGUE

Hé bien, sans vous donner la peine de poursuivre» Assurez-vous Thonneur de m'empêcher de vivre.

CHIMÈNE

Elvire, où sommes-nous? et qu'est-ce que je voi? Rodrigue en ma maison I Rodrigue devant moil

D. RODRIGUE

N'épargnez point mon sang, goûtez sans résistance La douceur de ma perte et de votre vengeance.

CHIMÈNE

Hélas!

D. RODRIGUE

Ëcoute-moi.

CBIMÈNE.

Je me meurs.

». RODRIGUE

Un moment.

CHIMÈNE

Va, laisse-moi mourir.

D. RODRIGUE

Quatre mots seulement, Après, ne me réponds qu^avecque cette épée.

CHIMÈNE

Quoil du sang de mon père encor toute trempée!

D. RODRIGUE

lia Ghimène 1

CHIMÈNE

Ote-moi cet objet odieux.

Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.

D. RODRIGUE

Regarde-le plutôt pour exciter ta haine. Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.

CHIMÈNE

Il est teint de mon sang.

O. RODRIGUE

Plonge-le dans le mien, Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien K

1. c J*ai remarqué, aux premières représentations, qu'alors que ce malheureux amant se présentoit devant Ghimène, il s'elevoit un certain frémissement dans l'assemblée, qui marquoit une curiosité merveilleuse, et un redoublement d'attention pour ce qu'ils avaient à m dire dans un état si pitoyable. » (Gorneille, Examen du Cid,)

3» Le désespoir n'a point de réflexions si fines, et j'oserai lyoater

CmMÊNE.

Ahl quelle cruauté, qui tout en un jour tue Le père par le fer, la fille par la vue! Ote-moi cet objet, je ne le puis souffrir; Tu yeux que je t'écoute, et tu me fais mourir!

D. RODRIQUB.

Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l'envie

De finir par tes mains ma déplorable vie;

Car enfin n'^attends pas de mon affection

Un lâche repentir d'une bonne action.

L'irréparable effet d'une chaleur trop prompte

Déshonoroit mon père et me couvroit de honte,

Tu sais comme un soufflet touche un homme de cosor;

J'avois part à l'affront , j'en ai cherché l'auteur.

Je Tai vu^ j'ai vengé mon honneur, et mon père,

Je le ferois encor^ si j'avois à le faire.

Ce n'est pas qu'en effet contre mon père et moi

Ma flamme assez longtemps n'ait combattu pour toi ;

Juge de son pouvoir. Dans une telle offense

J'ai pu douter encor si j'en prendrois vengeance.

Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,

J'ai retenu ma main, j'ai cru mon bras trop prompt,

Je me suis accusé de trop de violence :

Et ta beauté sans doute emportoit la balance,

À moins que d'opposer à tes plus forts appas

Qu'un homme sans honneur ne te méritoit pas ;

Que malgré cette part que j'avois en ton ftme.

Qui m'aima généreux, me halroit infâme;

Qu'écouter ton amour, obéir à sa voix,

C'étoit m'en rendre indigne , et diffamer ton choix.

Je te le dis encore, et veux, tant que j'expire,

Sans cesse le penser, et sans cesse le dire;

Je t'ai fait une offense, et j'ai dû m'y porter,

Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;

Mais quitte envers l'honneur, et quitte envers mon père,

C'est maintenant à toi que je viens satisfaire ;

C'est pour t'offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois:

J'ai fait ce que j'ai dû, je fais ce que je dois.

Je sais qu'un père mort t'arme contre mon crime ,

Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :

Immole avec courage au sang qu'il a perdu

Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.

il fausses : une épée est également roueie de quelque sang que ce soit; ce n'est point du tout une teinture différente. (Voltaire.)

9& DIX-SËPTlÊMfi SIÈCLE.

CHIMÊNS.

lAh, Rodrigue ! il est yrai^ quoique ton euDemie) Je ne te puis bl&mer d'avoir fui rinfamie ; Et de quelque façon qtt*éclatent mes douleurs, Je ne t'accuse poitil, je pleure mes malheurs. Je sais ce que l'honneur après un tel outrage Demandoit à Tardeur d'un généreux courage ; Tu n*as fait le devoir que d'un homme de bieû| Mais aussi, le faisant, tu m^as appris le mien. Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire; Elle a vengé ton père , et soutenu ta gloire; Même soin me regarde, et j'ai pour m'aflflîger, Ma g^re à soutenir, et mon père à venger. Hélas! ton intérêt ici me désespère^ ; Si quelque autre malheur m'avoit ravi mon pètè. Mon âme auroit trouvé dans le bien de te voir L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir; Et contre ma douleur j'aurois senti des charmeS| Quand une main si chère eût essuyé mes laiinés; Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu; Cet effort sur ma flamme à mon honneur est djl, Et cet affreux devoir dont l'ordre m'assassine Me force à travailler moi-même à ta ruine. Car enfin n'attends pas de mon affection De lâches sentiments pour ta punition : De quoi qu'en ta faveur notre amour m*entretîèil&ll, Ma générosité doit répondre à la tienne; Tu t'es en m'offensant montré digne de moi, Je me dois par ta mort montrer digue de toi.

D. RODRIOnfi.

Ne diffère donc plus ce qtïe l'honneur t'ordonne,

Il demande ma tête, et je te l'abandonTie ;

Fais-en un sacrifice à ce noble intérêt.

Le coup m'en sera doux aussi bien qne l^airêtv

Attendre après mon crime une lente jmrtrce^

C'est reculer ta gloire autant que mon supplice;

Je mourrai trop heureux ï&ôtir&nt d'un «oop "sî beaitk

CHIMÊNE.

Va, je suis ta partie et non pas ton bourreau. Si tu m'offres ta tète, est-ce à moi de la prendre? Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre;

1. Ton intérêt signifie Ici. non pas l'intérêt que le te porte, mais part que tu as dans mon malheur, le rêle qfte td as J^é "oans ti aventuie qui m'a ravi mon père.

C'est d'un autre que toi qu'il me faut l'obtenir j y^,^ -.^ . >^

Et je dois te poursuivre, et non pas te punir* ^^V/ ^i

D. ROBaiGOB.

De quoi qu'en ma faveur notre amour t'entretieiUMi Ta générosité iloit répondre à la mienne , Et pour venger im père emprunter d'aulres bras. Ma Ghimène^ crois-moi, c'est n'y répondre pas. Ma main seule du mien a su venger l'offense^ Ta main seule du tien doit prendre la vengeance.

CSHUfÉBVE.

Cruel, à quel propos sur ee point t'obstinert Tu f es vengé sans aide, et tu m'en yeux donner t Je suivrai ton exemple, et j'ai trop de eourage Pour souffrir qu'avec toi ma gloire se partage . Mon père et mon honneur ne veulent rien devoir Aux traits de ton amour, nié» ton désespoir.

n. R0DBI6T3C.

Rigoureux point d'honneurl Hélas I quoi que je fasse, Ne pourrai-je à la fin obtenir cette grâtseî Âu nom d'un père mort, ou de notre amitié, Punis-moi par vengeance, ou du moins par pitié ; Ton malheureux amant aura bien moins de peine À mourir par ta main, qu'à vivre avec ta haine.

CHIMÊNE.

Va, je ne te hais point.

n. aon&iGUE,

Tu le dois.

vaxnÈuE.

ie septiii.

n. BODBiGUC.

Crains-tu si peu le bl&me, et si peu les faux bruits t Quand on saura mon crime et que ta flamme dure Que ne publierofnt point l'envie et l^npoeteferef Force-les au silence , et sans plus discourir, Sauve ta renommée en me luisant moarir,

GHIltôNE.

Elle éclate bien mieux en te laissant la vie. Et je veux que la voix de la pins noire envie Elève au ciel ma gloire, et plaigne mes ennuiSi Sachant que je t'adore, et que fe te -potirsuis. Va-t'en , ne montre plus à ma douleur extrême Ce qu'il faut que je perde, encore que je l'aime; Dans Pombre de la nuit cache bien ton départ: Si l'on te voit sortir, mon honneur court tiasard; La seule occasion qu'aura la médisance.

iOô . ' DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

X?,és\. de savoir qu'ici j*ai souffert ta présence; .. -fïe lui donne point lieu d'attaquer ma vertu.

D. RODRIGDX.

Que je meure. «

CHIMÂNB^

Va-t'en.

D. RODRIGUE

À quoi te résous-tu T

CHIMËNB.

Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère. Je ferai mon possible à bien venger mon père; MaiS; malgré la rigueur d'un si cruel devoir , Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.

D. RODRIGUE

0 içiracle d*amour!

CBIMÈNE.

0 comble de misères!

D. RODRIGUE

Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères t

CHIMÊNE.

Rodrigue, qui l'eût crul...

D. RODRIGUE

Chimène, qui Teût ditf..,

CHIMÈNB.

Que notre heur fût si proche, et sitôt se perdttl...

D. RODRIGUE

Et que si près du port, contre toute apparencOi Un orage si prompt brisftt notre espérance 1

CBIMÈNE.

Ah! mortelles douleurs I

D. RODRIGUE

Ah 1 regrets superflus 1

GHIMÈNE.

Va-t*en, encore un coup, je ne t'éCoute plus.

D. RODRIGUE

Adieu. Je vais traîner une mourante vie, Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.

cnniÊNE.

Si j'en obtiens l'effet, je t'engage ma foi De ne respirer pas un moment après toi. Adieu. Sors; et surtout garde bien qu'on te voie.

Acte IV. Scène m. — D. FERNAND,- D. DIÊGUS, D. ARIAS, D. RODRIGUE, D. SANGHE.

D. FERNAND

Généreux héritier d'une illustre famille,

Qui fut toujours la gloire et l'appui de Castille» .

Race de tant d'aïeux en valeur signalés,

Que l'essai de la tienne a sitôt égalés,

Pour te récompenser ma force est trop petite

Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite

Le pays délivré d'un si rude ennemi,

Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi ,

Et les Maures défaits, avant qu'en ces alarmes

J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes.

Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi

Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi.

Mais les deux rois captifs feront ta récompense ;

Ils t'ont nommé tous deux leur Gid en ma présence :

Puisque Gid en leur langue est autant que seigneur.

Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur.

Sois désormais le Gid, qu'à ce grand nom tout cède, Qu'il comble d'épouvante, et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois, Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois.

D. RODRIGUE

Que votre majesté, sire, épargne ma honte; D'un si foible service elle fait trop de compte, Et me force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire, Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire. Et quand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. FERNAND

Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec môme courage. Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit poiot de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D. RODRIGUE

Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant Qui jeta dans la ville un effroi si puissant. Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée..

Mais, sire^ pardonnez à ma témérité, Si j'osai remployer sans votre autorité ; Le péril approehoit^ leur brigade étoit prête, Me montrant à la cour je hasardois ma tête, Et s*il falloit la perdre, il m'étolt bien plus doui De sortir de la Tie en combattant pour vous.

D. FERNAND

J'excuse ta chaleur à venger ton offense, Et TËtat défendu me parle en ta défense. Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis.

D. RODRIGUE

Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois miUe en arrivant (tu port,^ Tant à nous voir marcher en si bon équipage Les plus épouvantés reprenoient de courage I J'en cache les deux tiers aussitôt qu'arrivés Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ; Le reste, dont le nombre augmentoit à toute heure. Brûlant d'impatience autour de moi demeure. Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de mômOi Et se tenant cachée aide à mon stratagème, Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles; L'onde s'enfle dessous^ et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer, tout leur paroît tranquille ; Point de soldats au port, point aux murs de la ville t Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris, Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants. Les nôtres à ces cris de nos vaisseaux répondent; Ilsparoissent armés, les Maures se confondent. L'épouvante les prend à demi descendus.

Avant que de combattre ils s'estiment perdus. Ils couroient au pillage, et rencontrent la guerre;

Nous les pressons sur Feau^ nous les pressons sur terre,

Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

Ava^t qu'aucun résiste, ou reprenne son rang.

Mais bientôt, malgré nous^ leurs princes les rallient|

Leur courage renaît^ et leurs terreurs s'oublient;

L« honte de mourir sans avoir combattu

Arrête leur désordre, et leur rend la vertu.

Ckintre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges < ,

De notre âang au leur font d'horribles mélanges,

Et la terre^etle fleuve, et leur flotte, et le port,

Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

0 combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il portoit. Ne pouvoit discerner où le sort indinoit I J'allois de tous côtés encourager les nôtres, Fairç avancer les uns, et soutenir les autres, Rauger çevix qui venoient, les pousser à leur tour, Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage; Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage, Et voyant un renfort qui nous vient secourir. L'ardeur de vaincre çè^e à 1& peuf 4e mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles, Nous laissent pour adieu des cris épouvantables, Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer. Ainsi leur devoir cède à la frayeur plus forte. Le flux les apporta, le reflux les remporte. Cependant que leurs rois engagés parmi nous, Et quelque peu des leurs tous percés de nos coups, Disputent vaillamment et vendent bien leur vie ; A se rendre moi-mê^ie en yain je les convie ; Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas : Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, Et que seuls désormais en yain ils se défehdemt, Ils demandent le chef, je me nomme, ils sa rendent : Je vous les envoyai tous deux en même temps, Et le combat cessa, faute de combattants.

l. Alfanges f nom arabe d'une sorte de cimeterre.

HOBAGB.

La tragédie d'Horace est tirée d'un récit de Tite Live, livre I,chap. XXIII et suivants. Albe et Rome sont en guerre. Pour épargner à deux peuples longtemps amis, unis Tun à Tautre par de nombreux liens de parenté et d'alliance, les déchirements d'une guerre presque civile, il a été convenu que chacune des deux villes rivales remettrait sa cause aux mains de trois de ses guerriers , et que celle dont les champions seraient vaincus, accepterait la décision de la fortune, et se soumettrait sans résistance aux vainqueurs.

Le Romain Horace a épousé une Âlbaiue, Sabine ; Camille, sœur d'Horace, est fiancée à Guriace, frère de Sabine. Rome a choisi pour ses défenseurs Horace et ses deux frères ; aux trois Horaces, Albe oppose les trois Curiaces. Malgré les larmes de Sabine et de Camille, Horace et Curiace s'apprêtent à faire leur devoir. Horace est heureux de faire à sa patrie un sacrifice dont peu de héros seraient capables; Guriace ne renonce pas sans douleur au bonheur qu'il a vu si près de lui.

Une Romaine, Julie, vient annoncer à Camille, à Sabine et au père d'Horace le résultat du combat. Deux Horaces sont morts; le troisième, le mari de Sabine, est en fuite; les trois Curiaces sont blessés, mais vivants. A cette nouvelle, le vieil Horace s'indigne. Son fils devait au moins mourir, s'il ne pouvait vaincre; mais fuir, mais abandonner la cause de sa patrie, et renoncer à combattre, si inégal que fût le combat, c'est une trahison 1 A la colère patriotique du vieillard succèdent les transports d'une joie sublime, lorsque Yalère, envoyé par le roi Tullus, lui apprend que Julie s'est trop bâtée, qu'elle n'a vu que la moitié de TafiTaire, que la fuite d'Horace était une feinte, qu'il est revenu sur ses ennemis, et que les trois Curiaces sont tombés l'un après l'autre sous ses coups. Cette joie n'est pas de longue durée. Camille, désespérée de la mort de son amant, se porte à la rencontre de son frère ; elle le brave, l'insidte, maudit sa victoire et Rome, à qui Curiace vient d'être immolé. Horace, hors de

lui, la frappe de son épëe, et par ce fratricide, à peine re venu du combat, il retombe dans un nouveau péril. Yalère, amant rebuté de Camille, veut la venger, et se fait Taccusateur du meurtrier devant le roi TuUus. Horace ne se défend pas. C'est le vieil Horace qui plaide la cause de son fils et qui la gagne.

ACTB II. Scène I. — HORACE^ GURIACE.

CURIACE

Ainsi Rome n'a point séparé son estime ;

Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime.

Cette superbe ville en vos frères et vous

Trouve les trois guerriers qu'elle préfère à tous,

Et, n^ nous opposant d'autres bras que les vôtres.

D'une seule maison brave toutes les nôtres.

Nous croirons, à la voir tout entière en vos mains,

Que, hors les fils d'Horace, il n'est point de Romains.

Ce choix pouvoit combler trois familles de gloire,

Consacrer hautement leurs noms à la mémoire;

Oui, l'honneur que reçoit la vôtre par ce choix

En pouvoit à bon titre immortaliser trois ;

Et, puisque c'est chez vous que mon heur et ma flamme

M'ont fait placer ma sœur, et choisir une femme^

Ce que je vais vous être, et ce que je vous suis,

Me font y prendre part autant que je le puis.

Mais un autre intérêt tient ma joie en contrainte,

Et parmi ses douceurs mêle beaucoup de cradnte :

La guerre en tel éclat a mis votre valeur,

Que je tremble pour Albe, et prévois son malheur.

Puisque vous combattez, sa perte est assurée ;

En vous faisant nommer, le destin l'a jurée :

Je vois trop dans ce choix ses funestes projets,

Et me compte déjà pour un de vos sujets.

HORACE

Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Rome, Voyant ceux qu'elle oublie, et les trois qu'elle nomme. C'est un aveuglement pour elle bien fatal, D'avoir tant à choisir et de choisir si mal. Mille de ses enfants, beaucoup plus dignes d'elle, Pouvoient bien mieux que nous soutenir sa querelle. Mais quoique ce combat me promette un cercueil, La gloire de ce choix m'enfle d'un juste orgueil; Mon esprit en conçoit une mâle assurance : J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance ;

Et du sort envieux quels que soient les projets, Je ne me compte point pour un de vos sujets. Rome a trop cru de moi ; mais mon âme ravie Remplira son attente, ou quittera la vie. Qui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement : Ce noble désespoir périt malaisément.

Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.

CURIACE

Hélas, c'est bien ici que je dois être plaint t

Ce que veut mon pays, mon amitié le craint.

Dures extrémités de voir Albe asservie,

Ou sa victoire au prix d'une si chère vie ;

Et que Tunique bien où tendent ses désirs

S'achète seulement par vos derniers soupirs !

Quels vœux puis-je former, et quel bonheur attendre T

De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre ;

De tous les deux côtés mes désirs sont trahis.

HORACE

Quoil vous me pleureriez mourant pour iaon paysl Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes, La gloire qui le suit ne souffre point de larmes; Et je le recevrois en bénissant mon sort, Si Rome et tout l'État perdoient moins à ma mort.

CURIACE

A vos amis pourtant permettez de le craindre ; Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre : La gloire en est pour vous, et la perte pour eux ; Il vous fait immortel, et les rend malheureux : On perd tout quand on perd un ami si fidèle. Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.

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