‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 100 sur 232 · SUITE D'ATHALIE MATHAN · texte numérisé non relu

SUITE D'ATHALIE MATHAN

Grande reine, est-ce ici votre place?

Quel trouble vous agite et quel effroi vous glace? Parmi vos ennemis que venez-vous chercher? Y® Ce temple profane osez-vous approcher? Avez -vous dépouillé cette haine si vive....

ATHAUE.

Prètez-moi l'un et l'autre une oreille attentive.

Je ne veux point ici rappeler le passé, ^i Vous rendre raison du sang que j'ai versé : ^ que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire, •6 ne prends point pour juge un peuple téméraire; Quoi que son insolence ait osé publier, ^ ciel même a pris soin de me justifier. Sur d'éclatants succès ma puissance établie ^ '^t jusqu'aux deux mers respecter Athalie ; ^ar moi Jérusalem goûte un calme profond ; ^ Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond, Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages, Goname au temps de vos rois, désoler ses rivages 5 *^ Syrien me traite et de reine et de sœur 2 :

l. Les anciens comptaient les heures autrement que nous; ils avaient Mwe heores de jour et douze heures de nuit. La première heure du jour

P^^***» selon notre manière de compter, à six heures du matin, et ^v wj**qiieui la troisième heure, à neuf heures du maUa»

2' U roi de Syrie, Hazaël, par qui Jéhu fut haïUiu

Enfin de ma maisoil le perfide oppresseur,

Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie,

Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie;

De toutes parts pressé par un puissant voisin,

Que j^ai su soulever contre cet assassin,

Il me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.

Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse ;

Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours.

De mes prospérités interrompre le cours.

Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe?)

Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge :

Je l'évite partout, partout il me poursuit.

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit; Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Comme au jour de sa mort pompeusement parée; Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté; Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage, Pour réparer des ans l'irréparable outrage : « Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi; Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,

Ma fille » En achevant ces mots épouvantables,

Son ombre vers mon lit a paru se baisser ; Et moi je lui tendais les mains pour Tembrasser Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

ABNER

Grand Dieu!

ATHALIE

Dans ce désordre, à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante. Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus.

Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, j'admirais sa douceur, son air noble et modeste, J'ai senti tout à coup un homicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier. De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous parait un ouvrage : Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur, Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur. Mais de ce souvenir mon âme possédée A deux fois en dormant revu la même idée; Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même enfant toujours loul çrèl à mt ^^t<:.cî%

Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie, J'allais prier Bhal de veiller sur ma vie, £t chercher du repos au pied de ses autels. -^ Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels! Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée, Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée; J'ai cru que des présents calmeraient son courroux, Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux, Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.

J'entre : le peuple fuit, le sacrifice cesse, Le grand prêtre vers moi s'avance avec fureur. Pendant qu'il me parlait, ô surprise! ô terreur! J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée. Tel qu'un songe effrayant Ta peint à ma pensée.. Je l'ai vu : son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin. C'est lui-même. Il marchait à côté du grand prêtre; Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître Voilà quel trouble ici m'oblige & m'arrêter. Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter. Que présage, Mathan, ce prodige incroyable?

MATHAN

Ce songe et ce rapport, tout me semble effroyable.

ATHAUE.

Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu : Quel est-il? de quel sang, et de quelle tribu?

ABNER

Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère, L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère ^ L'autre m'est inconnu.

MATHAN

Pourquoi délibérer?

De tous les deux, madame, il se faut assurer. Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures ; Que je ne cherche point à venger mes injures; Que la seule équité règne en tous mes avis; Mais lui-même, après tout, fût-ce son propre fils, Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable?

ABNEB.

De quel crime un enfant peut-il être capable?

MATHAN

Le ciel nous le fait voir un poignard à la main : Le ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain. Que cherchez- vous de plus?

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