Scène VL — ATHALIE, MATHAN, suite d'Athalie
NATHAN
Enfîn je puis parler en liberté ; Je puis dans tout son jour mettre la vérité. (Quelque monstre naissant dans ce temple s'élève, H.eine : n'attendez pas que le nuHge crève.
A.l:nier chez le grand prêtre a devancé le jour.
^^our le sang de ses rois vous savez son amour.
^^ qui sait si Joad ne veut point eu leur place
^*^l)stituer l'enfant dont le ciel vous menace,
^^^it son fils, soit quelque autre...»
ATHALIE
Oui, vous m'ouvrez les yeux.
J^ commence à voir clair dans cet avis des cieux. J*^i8 je veux de mon doute être débarrassée : ^*^ enfant est peu propre à trahir sa pensée; ^^^^vent d'un grand dessein un mot nous fait juger, rf hissez-moi, cher Mathan, le voir, l'interroger. Y^^^iis cependant, allez; et, sans jeter d'alarmes, ^ tous mes Tyriens faites prendre les armes.
ScÈB*^ VII. — JOAS, ATHALIE, JOSABET, ZACHARIE, ^^lOMtTH, ABNER, deux lévites, le choeur, suite ^^Athalie.
JOSABET, aux deux lévites, ^ vous, sur ces enfants si chers, si précieux, Ministres du Seigneur, ayez toujours les yeux.
ABNER, à Josabet, Princesse, assurez-vous, je les prends sous ma garde.
O ciel! plus j'examine, et plus je le regarde.... C'est lui t d'horreur encor tous mes sens sont saisis.
{Montrant Joas.) Épouse de Joad, est-ce là votre fils?
JOSABET»
Qui? lui, madame?
ATHALm
Lui.
JOSABET.
Je ne suis point sa mère.
(Montrant Zackarie.) VoÛh naoa Sis,
ATHAUE, à JoaS,
Et vous, quel est donc votre pèrel , Jeune enfant, répondez.
JOSABET.
Le ciel jusqu'aujourd'hui....
ATHALIE
Pourquoi vous pressez- vous de répondre pour lui? C'est à lui de parler.
JOSABET*
Dans un âge si tendre, Quel éclaircissement en pouvez- vous attendre?
Cet Age est innocent : son ingénuité N'altère point encor la simple vérité.
Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.
josABET, toîit bas.
Daigne mettre, grand Dieu, ta sagesse en sa bouch
ATHALIE
Comment vous nommez-vous?
JOAS
J'ai nom Éliacin.
ATHAUB.
Votre père?
JOAS
Je suis, dit-on, un orphelin Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance. Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.
ATHALIE
Vous êtes sans parents?
JOAS
Us m'ont abandonné.
ATHALIE
Comment? et depuis quand?
JOAS
Depuis que je suis né.
Ne sait-on pas du moins quel pays est le vôtre ?
JOAS
Ce temple est mon pays; je n'en connais point d'ai
ATHALIE
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?
JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATHAUE.
Qui vous mit dans ce lempYe'î
JOAS
Une femme incoimue.
Qui ne dit point son nom, et qu*on n'a point revue.
ATHALIE
Jlfais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?
JOAS
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, £t sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je Tinvoque ; et d'un soin paternel Il me nourrit des dons offerts sur son autel.
ATHALIE
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse? lia douceur de sa voix, son enfance, sa grâce, font insensiblement à mon inimitié Succéder.. « Je serais sensible à la pitié?
ABNBR.
Bladame, voilà donc cet ennemi terrible? De vos songes menteurs l'imposture est visible, A. moins que la pitié qui semble vous troubler ^e soit ce coup fatal qui vous faisait trembler.
ATHALIE, à Joas ct à JosabeU 'Vous sortez?
JOSABBT.
Vous avez entendu sa fortune î Sa présence à la fin pourrait être importune.
ATHALIE
{A Joas,) Kon : revenez. Quel est tous les jours votre emploie
JOAS
JTadore le Seigneur ; on m'explique sa loi. Bans son livre divin on m'apprend à la lire ; Et déjà de ma main je commence à l'écrire.
ATHALIE
Que vous dit cette loi?
JOAS
Que Dieu veut être aimé ; Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blaspbémé ; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide; Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.
ATHALIE
J'entendSi Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu, A quoi s'occupe-t*il?
JOAS
II loue, il bénit Bieil. .
226 DIX-SBPTIÈME SIÈCLE
ATHALIE
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, an te contemple?
JOAS
Tout profane exercice est banni de sou temple.
ATHALIE
Quels sont donc vos plaisirs ?
JOAS
Quelquefois à Tautel Je présente au grand prêtre ou l'encens ou lie sel; J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies; Je vois Tordre pompeux de ses cérémonies.
ATHAUE.
Hé quoi! vous n'avez point de passe- temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.
JOAS
Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire?
Non, je ne vous veux pas contraindre à roublier.
JOAS
Vous ne le priez point.
ATHALIE
Vous pourrez le prier.
JOAS
Je verrais cependant en invoquer un autre.
ATHALIE
J'ai mon Dieu que je sers; vous servirez le vôtre Ce sont deux puissants dieux.
JOAS
Il faut craindre le mien.
Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.
ATHAUE.
Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.
JOAS
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
ATHALIEé
Ces méchants^ qui sont-ils ?
JOSABBT.
Hé| madame! excusez tJxl enfant.;;
ÂTHALtE, à Josabeti J'àime eC voir comme voua l'instruisez.
Ënfiuj Éiiacin, vous avez su me plaire; Wàu8 Diètes point sans doute vm enfant ordinaire; Vous voyez, je suis reine^ cl n'ui ^6vûX ÔL\iKs:\\À«ii \
Laissez là cet habit, quittez ce vil métier;
Je veux vous faire part de toutes mes richesses;
Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses :
A ma table, partout, à mes côtés assis,
Je prétends vous traiter comme mon propre fiU.
JOAS
Comme votre fils ?
ATHALIE
Oui.... Vous vous taisez?
JOAS
Quel père Je quitterais! Et pour....
ATHALIB.
Hé bien?
• JOAS
Pour quelle mère!
ATHALIE, à Josabet Sa mémoire est fidèle; et, dans tout ce qull dit, De vous et de Joad je reconnais Tesprit. Voilà comme, infectant cette simple jeunesse, Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur; Vous ne leur prononcez mon nom qu*avec horreur.
JOSABBT.
Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire? Tout Tunivers les sait; vous-même en faites gloire*
ATHALIB*
Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité^
A vengé mes parents sur ma postérité.
J'aurais vu massacrer et mon père et mon frère»
Du haut de son palais précipiter ma mère.
Et dans un même jour égorger à la fois
(Quel spectacle d'horreur!) quatre-vingts fils de rois!
Et pourquoi? pour venger je ne sais quels prophètes
Dont elle avait pun les fureurs indiscrètes t
Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,
Esclave d'une lâche et frivole pitié.
Je n'aurais point du moins à cette aveugle rage
Rendu meurtre pour meurtre^ outrage pour outrage^
Et de votre David traité tous les neveux
Gomme on traitait d'Achab les restes malheureu}^!
Où serais-je aujourd'hui si, domptant ma faiblesse,
Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;
Si de mon propre sang ma main versant des flots
îî'eût par ce coup hardi i*épl*imé vos cOmplola^
Enfin àe votre Dieu rimplacabie vengeance
Entre Doê deux maisons rompit toute alUaacô r
David m'est en horreur; et les fils de ce roi. Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moi.
JOSABBT.
Tout vous a réussi. Que Dieu voie, et nous juge.
ATHALIE
Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge,
Que deviendra TefTet de ses prédictions?
Qu*il vous donne ce roi promis aux nations,
Cet enfant de David, votre espoir, votre attente....
Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente :
J'ai Voulu voir; j'ai vu.
ABifER> à Josûbet.
Je vous Tavais promis :
Je vous rends le dépôt que vous m*avez commis.