‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 119 sur 232 · ACASTE · texte numérisé non relu

ACASTE

Dieu me damne, voilà son portrait véritable.

CLiTANDRE, à Célimènc* Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.

ALCESTE

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour, Vous n'eu épargnez point, et chacun a son tour : Cependant aucun d'eux à vos yeux ne se montre, Qu^on ne vous voie, en hâte, aller à sa rencontre. Lui présenter la main, et, d'un baiser flatteur Appuyer les serments d'être son serviteur.

CLITANOBE.

Pourquoi s'en prendre èi nousl S\ <ift çvw'oxi dit vous blesse, Jl faut que le reproche èi madame «>aCa:e«>^«

ALCESTE

Non, morbleu ! c^est à vous ; et vos ris complai8ant9

Tirent de son esprit tous ces traits médisants.

Son humeur satirique est sans cesse nourrie

Par le coupable encens de votre flatterie;

Et son cœur à railler trouverait moins d'appas,

-S*il avait observé qu'on ne l'applaudit pas.

C*est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre

Des vices où l'on voit les humains se répandre.

PHILINTE

Mais pourquoi pour ces gens un intérêt si grand, Vous qui condamneriez ce qu'en eux on reprend?

CÉLIHÈNB

£t ne faut-il pas bien que monsieur contredise? A la commune voix veut-on qu'il se réduise, £t qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux L'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux? Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire • Il prend toujours en main l'opinion contraire; Il penserait paraître un homme du commun, Si l'on voyait qu'il fût de Tavis de quelqu'un- L'honneur de contredire a pour lui tant de charmes. Qu'il prend contre lui-même assez souvent les armes; Ht ses vrais sentiments sont combattus par lui. Aussitôt qu'il les voit dans la bouche d'autrui.

ALCESTE

Les rieurs sont pour vous, madame, c'est tout dire; £t vous pouvez pousser contre moi la satire.

PmLINTE.

IMais il est véritable aussi que votre esprit Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit; !Et que, par un chagrin que lui-même il avoue, Il ne saurait souffrir qu'on blâme ni qu'on loue.

ALCESTE

C'est que jamais, morbleu 1 les hommes n'ont raison, Que le chagrin contre eux est toujours de saison, ISX que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

GÉLIMàNE.

Mais....

ALCESTE

Non, madame, non, quand j'en devrais mourir. Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; £t l'on a tort ici de nourrir dans votre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâme.

CUTANDRE.

Pour moi, je ne sais pas; mais j'avoueTai \.o\x\. Yi&nX Que J'ai cru Jusqu'ici madame sans dèîauU

266 DIX-SEPÎIÈME SIÈCLE

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