Acte IV, Scène Ilf. - CÉUMÈNE, ALCESTE
ALCESTE, à part, O ciel! de mes transports puis-je être Ici le mâttre?
cÉLiMÈNE, à parU {A Alceste») Ouais! Quel est donc le trouble où je vous vois paraître? ^t que me veulent dire, et ces soupirs poussés, X)t ces sombres regards que sur moi vous lancez?
ALCESTE
^ue toutes les horreurs dont une âme est capable ^ vos déloyautés n'ont rien de comparable; ^ue le sort, les démons et le ciel dn courroux ji'ont jamais rien produit de si méchant que Vous.
CÉLIMÊNE.
^oilà certainement des douceurs que j'admire.
ALCESTE
Ah! ne plaisantez point, il n'est pas temps de rire. Bougissez bien plutôt, vous en avez raison} £t j'ai de sûrs témoins de votre trahison. Yoilà ce que marquaient les troubles de mon âme, Ce n'était pas en vain que s^alarmait ma flamme ; Par ces fréquents soupçons qu'on trouvait odieux. Je cherchais le malheur qu'ont rencontré mes yeux ; Et, malgré tous vos soins et votre adresse à feindre» Mon astre me disait ce que j'avais à craindra. Jfa/s né présumez pas que, sans être vengè^
Je souffre le dépit de me voir outragé.
Je sais que sur les vœux on n'a point de puissance,
Que l'amour veut partout naître sans dépendance,
Que jamais par la force on n'entra dans un cœur,
£t que notre âme est libre à nommer son vainqueur.
Aussi ne trouverais-je aucun sujet de plainte,
Si pour moi votre bouche avait parlé sans feinte;
Et, rejetant mes vœux dès le premier abord.
Mon cœur n'aurait eu droit de s'en prendre qu'au sort.
Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie,
C'est une trahison, c'est une perGdie
Qui ne saurait trouver de trop grands châtiments;
Et je puis tout permettre à mes ressentiments.
Oui, oui, redoutez tout après un tel outrage ;
Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage.
Percé du coup mortel dont vous m'assassinez^
Mes sens par la raison ne sont plus gouvernés ;
Je cède aux mouvements d'une juste colère.
Et je ne réponds pas de ce que je puis faire.
GÉUHÈNB.
D'où vient donc, je vous prie, un tel emportement? Avez- vous, dites-moi, perdu le jugement?
ALCBSTE.
Oui, oui, je l'ai perdu, lorsque dans votre vue J'ai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue, Et que j'ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.
CÉUMÈNE.
De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre?
Ah! que ce cœur est double, et sait bien l'art de feindre! ^ Mais, pour le mettre à bout, j'ai des moyens tout prêts. Jetez ici les yeux, et connaissez vos traits^ /
Ce billet découvert suffit pour vous confondre, Et contre ce témoin on n'a rien à répondre. -f
CÉLIMÈNE. j
Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit? /
ALCESTE
Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit? [