‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 175 sur 232 · LIVRE Vï · texte numérisé non relu

LIVRE Vï

ni. PHÊBUS ET BOlds

Borée * et le Soleil virent un voyageur

Oui s'était muni par bonheur Contre le mauvais temps. On entrait dans Pautomne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne .* U pleut, le soleil luit ; et l'écharpe d*Iris «

Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire : Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne étofTe bien forte. « Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas prévu

Que je saurai souffler de sorte Qn'ii n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,

Que le manteau s'en aille au diable.

L'ébattement pourrait nous en être agréable : Vous plait-il de l'avoir ? — Eh bien ! gageons nous deux

Dit Phébus, sans tant de paroles, A qui plus tôt aura dégarni les épaules

Du cavalier que nous voyons.

Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. » 11 n'en fallut pas plus Notre souffleur à gage ' Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,

Fait un vacarme de démon, Siffle, souTfle, tempête et brise en son passage Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau ;

Le tout au sujet d'un manteau.

Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage

Ne se pût engouffrer dedans.

Cela le préserva. Le Vent perdit son temps ; Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme ; U eut beau faire agir le collet et les plis. Sitôt qu'il fut au bout du terme

Qu'à la gageure en avait mis.

Le Soleil dissipe la nue.

Récrée et puis pénètre enfin le cavalier,

Sous son balandras ^ fait qu'il sue^

Le contraint de s'en dépouiller :

Encor n'usa-t- il pas de toute sa puissance.

Plus fait douceur que violence.

1. Le vent du nord. — 2. L'arc-en-ciel était, selon les poètes anciens, l'écharpe aux mille couleurs d'lTi%,Umft^%i^<^ce des dieux. —3. Âgagenre. — i. Epais manteau de campa^e.

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