‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 83 sur 232 · IC · texte numérisé non relu

IC

Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée.... Mais je vois que mes pleurs |;ouchent mon empereur, Je vois que sa vertu frémit de leur fureur Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides, Appelez votre frère, oubliez dans ses bras...

NÉRON

Ah! que demandez-vous?

BURRHUS

Non, il ne vous hait pas, Seigneur; on le trahit : je sais son innocence j Je vous réponds pour lui de son obéissance. J'y cours. Je vais presser un entretien si doux.

NÉRON

Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous. Scène IV. — NÉRON, NARCISSE

NARCISSE

Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste;

Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste

A redoublé pour moi ses soins officieux :

Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ;

Et le fer est moins prompt pour trancher une vie,

Que le nouveau poison que sa main me confie.

NÉRON

Narcisse, c'est assez, je reconnais ce soin Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.

NARCISSE

Quoi? pour Britannicus yotre haine affaiblie Me défend...;

NÉRON

Oui, Narcisse : on nous réconcilie.

NARCISSE

Je me garderai bien de vous en détourner, Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son cœur sera longtemps nouvelle. Il n'est point de secrets que le temps ne révèle : Il saura que ma main lui devait présenter Un poison que votre ordre avait fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent-ils le distraire! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.

NÉRON

On répond de son cœur, et je vaincrai le mien.

NARCISSE

^tVhymen de Junie en est-il le lient Seigneur, lui /aiies-voiis encor ce sacriiicel

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NÉRON

C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit, Narcisse, Je ne le compte plus parmi mes ennemis.

NARCISSE

Âgrippine, seigneur, se l'était bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.

NÉRON

Quoi donc? Qu*a-t-elle dit? Et que voulez- vous dire?

• NARCISSE

Elle s^en est vantée assez publiquement.

NÉRON

De quoi?

NARCISSE

Qu*elle n^avait qu'à vous voir un moment : Qu'à tout ce grand éclat, à ce courroux funeste, On verrait succéder un silence modeste ; Que vous-même à la paix souscririez le premier, Heureux que sa bonté daignât tout oublier!

NÉRON

Mais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse? Je n'ai que trop de pente à punir son audace; Et, si je m'en croyais, ce triomphe indiscret Serait bientôt suivi d'un éternel regret. Mais de tout Tunivers quel sera le langage? Sur les pas des tyrans veux-tu que je m'engage, Et que Rome, effaçant tant de titres d'honneur, Me laisse pour tout nom celui d'empoisonneur? Ils mettront ma vengeance au rang des parricides.

NARCISSE

Et prenez-vous, seigneur, leurs caprices pour guides?

Avez-vous prétendu qu'ils se tairaient toujours?

Est-ce à vous de prêter l'oreille à leurs discours?

De vos propres désirs perdrez-vous la mémoire?

Et serez- vous le seul que vous n'oserez croire?

Mais, seigneur, les Romains ne vous sont pas connus .*

Non, non, dans leurs discours ils sont plus retenus.

Tant de précaution affaiblit votre règne :

Ils croiront, en effet, mériter qu'on les craigne.

Au joug depuis longtemps ils se sont façonnés :

Ils adorent la main qui les tient enchaînés.

Vous les verrez toujours ardents à vous complaire.

Leur prompte servitude a fatigué Tibère.

Moi-même, revêtu d'un pouvoir emprunté,

Que je reçus de Claude avec la liberté, J'ai cent fois, dans le cours de ma g\o\i^ ^^"afe^^^ Tenté leur patience, et ne Vai pomV. Xas^fe^*

I>*uii empoisonnement vous craignez la noirceur? Faites périr le fr^re, abandonnez la sœur : Rome, sur les autels prodiguant les victimes, Fussent-ils innocents, leur trouvera des crimes; Vous verrez mettre au rang des jours infortunés Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés.

KÉRON.

Nctr^cisse, encore un coup, je ne puis l'entreprendre.

J'ati promis à Burrhus, il a fallu me rendre.

Jô ne veux point encore, en lui manquant de foi,

^c>xiner à sa vertu des armes contre moi.

•^'c>f»pose à ses raisons un courage inutile :

Je ne l'écoute point avec un coeur tranquille.

NARCISSE

Bcirrhus ne pense pas, seigneur, tout ce qu'il dit : Sor^ adroite vertu ménage son crédit; 0^^ plutôt ils n'ont tous qu'une même pensée : Ils Terraient par ce coup leur puissance abaissée; ^*^vi8 seriez libre alors, seigneur; et devant vous ^» maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous, û^^oi donc? ignOrez-vous tout ce qu'ils osent dire? " ^^éron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire; J ^O.e dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit : ~'^ï:*rhus conduit son cœur, Sénèque son esprit. j'^Vir toute ambition, pour vertu singulière, ^ excelle à conduire un char dans la carrière, ^ «disputer des prix indignes de ses mains, ^ ^e donner lui-même en spectacle aux Romains, ^ "v-enir prodiguer sa voix sur un théâtre, ^ x*éciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre; ^^xidis que des soldats, de moments en moments, y^^nt arracher pour lui les applaudissements. » ^^ î ne voulez-vous pas les forcer à se taire?

^ NÉRON

'^^ns, Narcisse : allons voir ce que nous devons faire.

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