‹ Textes classiques de la littérature françaiseChapitre 89 sur 232 · Scène V. — AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

Scène V. — AGAMEMNON, ULYSSE

AGAUEMNOK.

Juste ciel! c'est ainsi qu'assurant ta vengeance Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence! Encor si je pouvais, libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur^ Triste destin des rois! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes, Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins, Et les plus malheureux osent pleurer le moins !

ULYSSE

Je suis père, seigneur; et faible comme un autre. Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre. Et frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de Clamer vos pleurs, je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime : Les dieux ont à Calchas amené leur victime ; U le sait, il l'attend ; et, s'il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre: Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. Voyez tout l'HelIespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes. Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées, Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

AGAMEMlfON.

Seigneur, de mes efforts je connais l'impuissance : Je cède, et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas. Allez. Mais cependant faites taire Calchas; Et m'aidant à cacher ce funeste mystère. Laissez-moi de l'autel écarter une mère.

Acte III, Scène V. — ACHILLE, CLYTEMNESTRE. I GÉNIE, ÉRIPHILE, ARCAS, iEGlNE, DORIS

ii^adame, tout est prêt pour la cérémonie. Le roi près de l'autel attend IpbV^feuv^^

ÎIACINBÎ , ' 495

Je viens la demander. Ou plutôt contre iùi, Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui.

ACHILLE

Àrcas, que dites-vous?

CLYTEMNESTRE

Dieux î que vient-il m'apprendre?

ARCAS, à Achille, Je ne vois plus que vous qui la puissç défendre.

ACHILLE

Contre qui?

ARGAS.

Je le nomme et l'accuse à regret.

Autant que je l'ai pu, j'ai gardé son secret. Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête. Dût tout cet appareil retomber sur ma tête, Il faut parler.

CLYTEMNESTRE

Je tremble. Expliquez- vous, Arcas.

ACHILLE. i

Qui que ce soit^ parlez^ et ne le craignez pas. '

ARCAS

Vous êtes son amant, et vous êtes sa mère : *

Gardez-vous d'envoyer la princesse à son père.

CLYTEMNESTRE

Pourquoi le craindrons*nous ?

ACHILLE

Pourquoi m'en défier?

ARCAS

Il l'attend &• l'autel pour la sacrifier.

ACHILLE

Lui! ,;

CLYTEMNESTRE

Sa fille!

IPH16ÉNIB. '

Mon père!

iRIPHILE.

0 ciel! quelle nouvelle!

ACHILLE

Quelle aveugle fureur pourrait l'armer contre elle? Ce discours sans horreur se peut-il écouter?

ARCAS

Àh! seigneur! plût au ciel que je pusse en douter!

Par la voix de Galchas l'oracle la demande ;

De toute autre victime il refuse l'offrande :

Et les dieux^ jusque-là protecteurs de Pêxia,

Ne BOUS promettent Troie et les venla qu'èt z^ pn^i

CLTTEMNESTRE.

Les dieux ordonneraient un meurtre abominable?

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