‹ Textes persans relatifs à la secte des HouroûfîsChapitre 24 sur 56 · DEMANDE · texte numérisé non relu

DEMANDE

„0 directeur, dit le roi, tu es devenu, dans la science de la certitude, notre conducteur sur la route de la véritable religion; tout ce que tu as dit s'est imprimé dans notre cœur; la source de cette fontaine s'y est également logée. Etant devenu le guide de la source de la vie, j'ai trouvé pour moimême la fontaine de Jouvence. Si dorénavant je rencontre quelque difficulté, les nœuds s'en dénoueront grâce à ton esprit. Fais-moi connaître les miracles de Dieu, afin que je sache les énigmes divines. J'ai une demande à t'adresser, ô brave homme ! Réponds-moi, pour que le doute soit écarté. Qu'estce que la connaissance dans l'âme, ô sage ! pour que tu arrives à connaître ce Seigneur miséricordieux? Quel est le rapport de cette âme avec l'essence divine? Dis-nous-en la raison profonde. Lorsque le cœur de l'initié parvient à connaître Dieu, il arrive à la connaissance de Dieu; dis-moi en quoi cela consiste. Montre-nous-en clairement les rapports, puisque tu es notre directeur, notre guide."

RÉPONSE

„0 homme intelligent et bien avisé, dit le directeur spirituel, cette question était indispensable de la part d'un roi. Sache d'abord ce que sont le nom et la manière d'être de l'âme; ensuite tu pourras chercher quel en est la véritable signification. Dans l'usage habituel de la langue, l'âme, c'est l'esprit et le corps, comme le flambeau et ce bassin

[que tu vois devant toi] et qui ne peuvent échapper à ce dilemme [d'être à la fois l'un et l'autre]. Sache quelles sont l'apparence extérieure et la véritable signification de l'un et de l'autre, afin d'atteindre au sens réel des doux mondes [le monde présent et celui de la vie future]. Son apparence extérieure est le miroir où se reflète la création du Dieu bienfaisant; sa véritable signification, c'est d'être le directeur dans la voie droite. Si tu connais son apparence, ô mon cher interlocuteur, sois Joseph, ministre de Pharaon, dans l'Egypte de l'àme, ô roi ! L'essence éternelle a montré la plus belle forme dans cette forme '; celui qui est éternel l'a toujours été. C'est ainsi qu'il a pétri le limon dont il est formé ; il a tracé sur sa joue trente-deux lignes d'écriture \ Son visage est la copie de la création divine; de chacun de ses cheveux éclate une lumière dans les ténèbres. Compte trente-deux dents dans sa bouche ; visiblement, c'est de là que vient le Verbe du Créateur. Cette bouche est devenue vingt-huit^ et trente-deux; compte également, allons donc! la langue dans cette catégorie. La lèvre est également trente-deux*; sache qu'elle est l'endroit où s'articulent [les phonèmes qui forment] le mystère du Verbe éternel.

Ta poitrine, ton dos sont le lieu de la science et de la force; la goutte de sperme, et aussi le cœur sont la base de la création. Sois le guide du cœur grâce au concours de la parole, de façon que la place d'honneur du paradis devienne ta demeure. Si tu deviens informé grâce à tes efforts, tu l'emporteras sur tous, et tu seras initié. Tes deux mains sont devenues le lieu de la manifestation du mystère du Verbe; continue de bien regarder l'alphabet. Le roi des prophètes [Mahomet] a dit: „Au jour du jugement, je me

• Celle de l'homme. * Les trente-deux dents, comparées aux trentedeux caractères de l'alphabet persan.

' Les vingt-huit lettres de l'alphabet arabe.

* Valeur numérique des lettres composant le not /èâ.

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lèverai certainement à la droite de Dieu." O jeune homme, en prononçant la formule du témoignage ' et dans tes dévotions, sache quel est le mystère du doigt qui égrène le chapelet. Comme le jour du jugement sera celui de la résurrection. Dieu donnera de nombreuses écritures dans la main droite. Le pied de celui qui fut l'être créé en dernier lieu, a aussi également cette qualité [celle du doigt]; considère bien [ce que je viens de dire]. O sage, sois ferme dans sa voie, pour ne pas glisser hors du chemin droit ! Selon la loi canonique, lave ta main, ton pied, ton visage ; ensuite tourne ton visage vers celui de Dieu; dis: „Je tourne mon visage vers celui qui, etc." ^ pour que ton acte de piété soit agréé, ô saint !

Tu as trois cent soixante articulations dans le corps ^; la main et le pied proclament que ton visage est beau. Vois, enfin, la main et le pied portent témoignage que le jour du jugement se montre dans l'homme même. Compte trois cent soixante âmes différentes*; cela fait douze, vingt-huit et trente-deux. Il [le corps de l'homme] se partage comme la sphère céleste, de la façon suivante : trois cent soixante [degrés] forment les douze constellations zodiacales de la Vérité suprême. Tout ce qui existe dans l'univers, cherche-le dans les individus, que ce soit du ciel, de la terre, ou de l'espace intermédiaire. L'individu est le résumé de l'univers, par la voie de la création, ordonnée par le Verbe éternel.

Sa parole, son esprit lui viennent du Vivant qui ne mourra jamais; son corps est un modèle incomparable qui le représente. Cherche, dans cette forme, la source de la majesté.

• Profession de foi musulmane, accompagnée du geste qui consiste à lever l'index de la main droite.

^ Sur cette formule abrégée, tirée de Qor.^ VI, 79, comparez Cl. Huart, La prière canonique musulmane^ dans le Journal Asiatique^ 1895, p. 27, note 2 du tirage à part.

• Comparez ci-dessus, p. 132, 1. 23.

• Chaque articulation ayant son dme propre.

D ALEXANDRE. l6l

de manière à voir face à face la coupe de Djemchîd '. L'univers est le lieu de la manifestation de ses signes; l'âme de l'homme est le miroir qui le reflète. Lorsque tu connaîtras à ce degré ta propre âme, tu connaîtras Dieu avec certitude. Tout cela, c'est la trace de sa création; tout ce qui vient du Bien, est bon. L'essence éternelle, stable, unique et isolée, embrasse tout les êtres et les connaît. Sa miséricorde s'étend à tous; elle s'est montrée visiblement dans ce miroir, ô homme généreux, deviens, dans cette voie, connaisseur de la Divinité, de manière à poursuivre ta route vers le Tout-Savant.

QUESTION

Quand le roi entendit les paraboles du maître, il estima qu'il était dans le vrai; de nouveau ce potentat voulut questionner pour que la vérité lui parvînt éclatante. Devenu l'élève du maître ès-sciences de l'esprit, le roi se rappela la formule: „Est-il possible d'y ajouter^?" Quand toutes ces délicates pensées lui furent devenues visibles, il lui disait à chaque instant: „ Encore plus de détails!" Il poussa plus loin ses recherches dans la voie mystique, pour arriver au but qu'il souhaitait d'atteindre ; il interrogea de nouveau le directeur spirituel : ^O toi qui es parfait dans toutes les sciences, ce dépôt que l'on a offert à la terre, au ciel, que dis-je! à tous les êtres intermédiaires, ils n'en ont pas voulu; donne-nous d'abord la raison de ce refus. Redis-moi d'où vient qu'ils n'acceptèrent pas, de façon que j'en sache le mystère et le. secret. Puisqu'ils n'étaient pas dignes de cette capacité, comment se peut-il que Dieu ait ordonné quelque chose à un indigne ? Ils n'avaient pas la capacité de recevoir ce dépôt ; ils s'en sont excusés en ces termes : „0 Seigneur aimable ! ô maître miséricordieux! puisque c'est là une affaire trop

I Image du monde.

» Qor.^ L, 29.

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