I.A CIGALE
Hé?
MARIGXAN.
Vent deboutte... vous ne connaissez pas les expressions... ça veut dire vent contraire... mais, nous autres, nous disons vent deboutte... Après avoir tiré de l'aviron pendant une bonne heure, comme décidément ça m’éreintait de remonter le courant, je pris le parti de le redescendre... Ah!... il y eut là un moment de plénitude inexprimable... je n’avais plus besoin de me donner du mal... la nature était belle... je me croyais aimé... il y eut vraiment là un moment de plénitude... J’en profitai pour laisser aller mes avirons... je me levai, je m’étirai... et je me retournai pour prendre ma petite glace... elle était dans un coffre qui se trouve à l’avant du canot... Je la prends, je l’approche de mon visage, et savez-vous ce que j’y Aois, dans ma petite glace?
Non...
MARIGXAN.
Je vois Adèle... elle ne se méfiait pas de moi, puisque je lui tournais le dos... je la vois qui saisit Michu par le cou, comme ça, qui l’attire tout doucement, et qui lui campe un baiser, oh! mais là, un baiser...
LA CIGALE
Oh!...
MARIGXAN.
Là-dessus, moi, je saute sur Michu, je l'empoigne, il se débat... et nous tombons dans l’eau tous les deux pendant que le canot s’en va... Vous savez le reste...