ACTE TROISIEME
LA CIGALE
N’est-ce pas?
MARIGXAN.
Mais ça ne fait rien. Je ne comprendrai jamais qu’étant riche, bien logée, l’idée ait pu vous venir...
LA CIGALE
Vous ne comprenez pas?
MARIGXAN.
Non...
LA CIGALE
Ah! c’est que vous ne savez pas, a’ous, ce que c’est que cette existence de la saltimbanque en plein vent.
MARIGXAN.
Ça, c’est vrai, je ne le sais pas.
LA CIGALE
Les tours exécutés au son de la clarinette, les applaudissements d’une foule incessamment renouvelée, les cris joyeux des bonnes d’enfants, les œillades enflammées de messieurs les militaires... Et les petites places donc! ces braves et intelligentes petites places à deux sous... il s’en échappe bien, par-ci par-là, quelques réllexions un peu salées, mais quel enthousiasme!... Et quel tapage, cjuand une culbute n’a rien laissé à désirer!... quels rappels! quels bis! Non, voyez-vous, quand on a connu cette joie, quand une fois on a goûté à cette ivresse, on ne peut plus s’en passer... on a beau faire, on ne peut plus, on no peut plus...
MARIGXAN.
Eh bien, non... eh bien, non... vous aurez beau dire, jamais vous ne me ferez croire que c’est pour ça que vous avez quitté...
LA CIGALE
LA CIGALE
Vous ne voulez pas croire que c’est pour ça?...
MARIGXAX.
Non...
LA CIGALE
Eh bien, vous avez raison, car c’est pour autre chose.
M ARIGXAX.
Vous voyez bien !...
LA CIGALE
Si je ne m’étais pas sauvée de chez ma tante, j’allais dans trois jours être forcée d’épouser quelqu’un que je n’aime pas.
M ARIGXAX.
Lejeune Edgard...
LA CIGALE
Oui...
MARIGXAX.
Vous ne l’aimez pas ?
Non, et j’en aime un autre... Comprenez-vous maintenant, comprenez-vous?...
MARIGXAX.
Je commence... Il me semble pourtant qu’à la rigueur on aurait pu trouver un autre moyen...