SCÈNE VI
BOULOTTE, POPOLANI.
BOULOTTE, se relevant.
Toi, tu ne me tueras pas!...
POPOLANI, tenant touj ours le verre et la fiole .
Madame...
BOULOTTE
Ne m’appelle pas madame... appelle-moi Boulotte, ta petite Boulotte !
POPOLANI, embarrassé.
Ma petite Boulotte...
BOULOTTE
Ta petite Boulotte chérie... et rappelle-toi l’épisode des grands marronniers...
POPOLANI .
Ne parlons pas de ça !
BOULOTTE
Parlons-en, au contraire!
POPOLANI .
Je ne me souviens pas... je ne veux pas me souvenir... Et puis, d’ailleurs, vous feriez croire des choses... Il ne s’est rien passé de décisif...
BARBE-BLEUE
BOULOTTE
Parce que je t’ai administré une de ces torgnoles... mais si je ne t’avais pas administré...
Ah! Boulotte!...
BOULOTTE
Tu vois bien que tu ne peux pas me tuer!
POPOLANI.
Si je ne vous tuais pas, il nous tuerait tous les deux... Vous n’y gagneriez rien, et, moi, j’y perdrais beaucoup.
BOULOTTE
Mais c’est donc le démon ?
POPOLANI.
Non... ce n’est pas une mauvaise nature... mais c’est un homme qui a une manie... Rien à faire avec ces gens-là.
BOULOTTE
Une manie?... quelle manie?...
POPOLANI.
Il a la manie de se remarier... Donc, bop-là!... bop-là!... dépêchons... dépêchons...
Il lui présente le verre et la fiole.
BOULOTTE
Ainsi; tu auras le cœur...
POPOLANI .
De vous voir mourir?... ma foi, non!... aussi, voilà ce que j’ai fait... Écoutez... et tâchez de bien me comprendre... (Montrant le verre.) Voici un verre d’eau sucrée...
BOULOTTE, répétant machinalement.
Un verre d’eau sucrée...