BALLADE
Nous possédons l’art merveilleux, Nous, filles de Bohême,
De découvrir à tous les yeux Jusqu’à l’avenir même!
De nos chansons,
De nos leçons Ne perdez rien ;
Écoutez bien,
Votre main dans la mienne,
Et, foi de bohémienne,
Bientôt vous en saurez Plus que vous ne voudrez'?...
Nous allons voir pleurer tous ceux Que l’on voit si joyeux!
Rire aujourd’hui, pleurer demain,
C’est la loi du destin !
LE CîiœUR.
Rire aujourd’hui, pleurer demain.
C’est la loi du destin!
BOULOTTE
Il est souvent, au fond des cœurs.
Des secrets redoutables!
Des gens qu'ont fait un tas d’horreurs. Se croient invulnérables.
Mais le destin,
Ce vieux malin,
A l’œil sur eux.
Les malheureux!
Aussi je les engage A s’armer de courage :
Ils vont passer maint’nant Un quart d’heure embêtant!...
BARBE-BLEUE
Nous allons voir pleurer tous ceux Que l’on voit si joyeux!
Rire aujourd’hui, pleurer demain,
C’est la loi du destin!
LE CIIŒUU.
Rire aujourd’hui, pleurer demain.
C’est la toi du destin!
Les bohémiens et les bohémiennes vont se placer, les femmes à gauche, les hommes à droite, sur un seul rang. — Pendant la dernière reprise, Barbe-Bleue a gagné la gauche, en passant derrière les bohémiens.
BOBÈCHE
Et maintenant, commençons sans perdre une minute... La bonne aventure, ô gué, la bonne aventure !
BOULOTTE, à Bobèche.
A tout seigneur, tout honneur!... votre main, roi
BOBÈCHE, lui donnant sa main.
La voici.
Musique à l'orchestre.
BOULOTTE
Combien de doigts à cette main?
BOBÈCHE, étonné.
Combien de doigts ?
BOULOTTE
Oui, combien ?
BOBÈCHE
Cinq... je crois...
BOULOTTE
Cinq .. vous l’avouez...
BOBÈCHE, à part.
Voilà que je commence à avoir peur... mais ça m'intéresse.
BOULOTTE
Cinq... et si chaque fois que vous avez dit au comte Oscar : « Comte Oscar... Cet homme doit mourir!... »