SCÈNE VINGT ET UNIÈME
MITAINE
Jugez un peu, monsieur, jugez ce que vous auriez appris si vous aviez été son amant pendant cinq minutes et son portier pendant vingt-deux mois.
liOISLAMBERÏ.
Dites-moi, Mitaine...
MITAINE
Quoi, monsieur?
BOISLAM BEKT.
Elle me trompait, n’est-ce pas?...
MITAINE
Oh! monsieur! vous pouvez a'Ous en flatter!
BOISLA MBERT.
Elle me jouait des tours?...
MITAINE
Oh!...
BOISLA.M BERT.
Racontez-moi un peu les tours qu’elle me jouait...
Oh ! non, je ne vous raconterai pas.
BOISI.AMBERT.
Pourquoi ça?...
MITAINE
Parce que vous m’en voudriez.
BOISLAMBERT.
Au contraire, Mitaine, au contraire!...
MITAINE
Ah! oui... on dit ça, et puis après...
BOISLAMBERT.
Je vous assure que je ne vous en voudrai pas.
LA MI-CARÊME
MITAINE
Bien vrai ?
BOISLAMBERT.
Bien vrai.
MITAINE
Eh bien, alors... je ne ferais ça pour personne, au moins !... mais, vous, vous avez toujours été gentil avec moi, bon garçon, pas fier... Tenez, une chose, entre autres... vous rappelez-vous quhm soir j'ai absolument refusé de vous laisser monter chez madame?
BOISLAMBERT.
Ah! oui... vous étiez bien gris, ce soir-là!
MITAINE
J’étais bien gris?
BO ISL.AMB ERT, se levant et passant.
Oh! oui!... vous vous en alliez comme ça... (il imite la démarche d'un homme ivre.) et VOUS VOUS mettiez foujours devant moi pour m’empècher de monter. Vous parliez comme ça... (imitant la voix.) « Est-ce que je vous connais, moi?... XI Vous étiez tellement gris que vous ne me reconnaissiez pas... aussi je ne vous en ai pas voulu.
MIT.tlNE, qui s’est levé.
Je n’étais pas gris, monsieur...
BOISLAMBERT.
Hein?...
MITAINE
Je m’en allais comme ça .. je parlais comme ça... mais je n’étais pas gris du tout... seulement, madame m’avait dit : « Mitaine, mon bon Mitaine, trouvez un moyen, celui que vous voudrez, ça m’est égal... mais il faut absolument que, ce soir, vous empêchiez monsieur de Boislambert de monter chez moi. »