MAÏ
étaient peints de grandes figures droites qui semblaient s*animer sous la fumée des torches. On y voyait des hommes vêtus de longues tuniques et portant des palmes, au milieu d'agneaux, de colombes et de pampres.
Thaïs, parmi ces figures, reconnut Jésus de Nazareth à ce que des anémones fleurissaient à se6 pieds. Au milieu de la salle, près d'une grande cuve de pierre remplie d'eau jusqu'au bord, se tenait un vieillard coiffé d'une mitre basse et vêtu d'une dalmatique écarlate, brodée d'or. De son maigre visage pendait une longue barbe. Il avait Tair humble et doux sous son riche costume. C'était l'évêque Yivantius qui, prince exilé de l'église de Gyrène» exerçait^ pour vivre» le métier de tisserand et fabriquait de grossières étoffes de poil de chèvre. Deux pauvres enfants se tenaient debout à ses côtés. Tout proche, une vieille négresse présentât déployée une petite robe blanche.
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Ahmès, ayant posé Tenfant à terre, s'agenouilla devant Tévëque et dit :
— Mon père, voici la petite âme, la fille de mon ftme. Je te Tarnène afin que, selon ta promesse et s'il plaît à^ta Sérénité, tu lui donnes le baptême de vie.
A ces mots, Tévêque, ayant ouvert les bras, laissa voir ses mains mutilées. Il avait eu les ongles arrachés en confessant la foi aux jours de l'épreuve. Thaïs eut peur et 86 jeta dans les bras d'Ahmès. Hais le prêtre la rassura par des paroles caressantes :
— Ne crains rien, petite bien-aimée. Tu as ici un père selon l'esprit, Ahmès, qu'on nomme Théodore parmi les vivants, et une douce mère dans la grâce qui t'a préparé de ses mains une robe blanche.
Et se tournant vers la négresse:
— Elle se nomme Nitida, ajouta-t-il; elle est esclave sur cette terre. Mais Jésus rélèvera dans le ciel au raoïg de ses épouses.
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Puis il interrc^ea l'enfant néophyte :
— Thaïs, crois-tu en Diea, le père toutpuissant, en son fils unique qui mourut pour notre salut et en tout ce qu'ont enseigné les apôtres?
--r Oui répondirent ensemble le nègre et la négresse, qui se tenaient par la main.
Sur^'ordre de Tévèque, Nitida, agenouillée, dépouilla Thaïs de tous ses vêtements.
L'enfant était nue, un amulette au cou.
Le pontife la plongea trois fois dans la cuve baptismale. Les acolytes présentèrent Thuile avec laquelle Yivantius fit les onctions et le sel dont il posa un grain sur les lèvres de la catéchumène. Puis, ayant essuyé ce corps destiné, à travers tant d'épreuves, à la vie éternelle, l'esclave Nitida le revêtit de la robe blanche qu'elle avait tissue de ses mains.
L'évêque donna à tous le baiser de paix et, la cérémoUe terminée, dépouilla ses ornements sacerdotaux.
tl PÀPTRUB lOB
Quand ils furent tous hors de la crypte, Ahmès dit :
— n faut nous réjouir en ce jour d*avoir donn< une âme au bon Seigneur Dieu; allons dans la maison qu'habite ta Sérénité, pasteur Vivantius, et livrons-nous à la joie tout le reste de la nuit.
— Tu as bien parlé, Théodore, répondit l'évoque.
Et il conduisit la petite troupe dans sa maison qui était toute proche. Elle se composait d'une seule chambre, meublée de deux métiers de tisserand, d'une table grossière et d'un tapis tout usé. Dès qu'ils y furent entrés :
— Nitida, cria le Nubien, apporte la poêle et la jarre d'huile, et faisons un bon repas.
Bn parlant ainsi, il tira de dessous son manteau de petits poissons qu'il y tenait cachés. Puis, ayant allumé un grand feu, il les fit frire. Et tous, l'évêque, l'enfant, les deux jeunes garçons et l^s deux esclaves.
s'étant assis en cercle sur le tapis, mangèrent les poissons frits en bénissant le Seigneur. Yivantius parlait du martyre qu'il avait souffert et annonçait le triomphe prochain de rÉglise. Son langage était rude, mais plein de jeux de mots et de figures. Il comparait la vie des justes à un tissu de pourpre et, pour expliquer le baptême, il disait :
— L'Esprit Saint flotta sur les eaux, c'est pourquoi les chrétiens reçoivent le baptême de l'eau. Mais les démons habitent aussi les ruisseaux; les fontaines consacrées aux nymphes sont redoutables et l'en voit que certaines eaux apportent diverses maladies de Tâme et du corps.
Parfois il s'exprimait par énigmes et il inspirait ainsi à l'enfant u«ie profonde admiration. A La fin du repas, il offrit un peu de vin à ses hôtes dont les langues se délièrent et qui se mirent à chanter des complaintes et des cantiques. Ahmès et Nitida, s'étant levés, dansèrent une danse nubienne
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Ll FAPTEUS 107
qu'ils avaient apprise enfants, et qui se dansait sans doute dans la triba depuis les premiers âges du monde. Cétait une danse amoureuse ; agitant les bras et tout le corps balancé en cadence, ils feignaient tour à tour de se fuir et de se chercher. Ils roulaient de gros yeux et montraient dans un sourire des dents étincelantes.
C'est ainsi que Thaïs reçut le saint baptême.
Elle ainîait les amusements et, à jotesure qu'elle grandissait, de vagues désirs naissaient en elle. Elle dansait et chantait tout le jour des rondes avec les enfants errants dans les rues, et elle regagnait, à la nuit, la maison de son père, en chantonnant encore :
" Torti tortu, pourquoi gardes-tu la makoa ?
— Je déTide la laine et lé fil de Milet#
~ Torti tortu, comment ton fils a-t-il p6ri ?
— Ou baul dei choTaux blancs il tomba dani la mer.
Maintenant elle préférait à la compagnie du doux Âhmès celle des garçons et des
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filles. Elle ne s'apercevait point que son ami était moins sonvent auprès d'elle. La persécntion s'étant ralentie, les assemblées des chrétiens devenaient plus régulières et le Nubien les fréquentait assidûment. Son zèle s'échauffait ; de mystérieuses menaces s'échappaient parfois de ses lèvres. Il disait que les riches ne garderaient point leurs biens. Il allait dans les places publiques où les chrétiens d'une humble condition avaient coutume de se réunir et là, rassemblant les misérables étendus à l'ombre des vieux murs, il leur annonçait l'affranchissement des esclaves et le jour prochain de la justice.
— Dans le royaume de Dieu, disait-il, lés esclaves boiront des vins frais et mangeront des fruits délicieux, tandis que les riches, couchés à leurs pieds comme des chiens, dévoreront les miettes de leur table.
Ces propos ne restèrent point secrets ; ils furent publiés dans le faubourg et les mat-
très craigûirent qu'Ahmès n'excitât les esclaves à la révolte. Le cabatetier en ressentit une rancune profonde qu'il dissimula soigneusement.
Un jour, une salière d'argent, réservée à la nappe des dieux, disparut du cabaret.
Ahmès fut accusé de Tavoir volée, en haine de son maître et des dieux de Tempire.
L'accusation était sans preuves et Tesclave la repoussait de toutes ses forces. Il n'en fut pas moins traîné devant le tribunal et, comme il passait pour un mauvais serviteur, le juge le condamna au dernier supplice.
— Tes mains, lui dit-il, dont tu n'as pas 8U faire un bon usage, seront clouées au poteau.
Ahmès écouta paisiblement cet arrêt, salua le juge avec beaucoup de respect et fut conduit à la prison publique. Durant les trois jours qu'il y resta, il ne cessa de prêcher TÉvangile aux prisonniers et l'on a conté depuis que des criminels et le geôlier
ae tftAift
lui-même, touchés par ses paroles^ avaient era en Jésns crucifié.
On le conduisit à ce earnefour qu^une nuit, moins de deux ans auparaTunt, il avait traversé avec ail^esse, portant dans son manteau blanc la petite Thaïs, la fille de son ftme, sa ffeur bien-^mée. Attaché sur la croix, les mains clouées, il ne poussa pas une plainte ; seulement il soupira à plusieurs reprises : c J'ai soif 1 »
Son supplice dura trois jours et trois nuits. On n* aurait pas cru la chair humaine capable d*endurer une si longue torture.
Plusieurs fois on pensa qu'il était mort ; les mouches dévoraient la cire de ses paupières; mais tout à coup il rouvrait ses yeux sanglants. Le matin du quatrième jour, il ^anta d'une voix plus pure que la voix des enfants :
— Dii-aoos, Marie, qa'a»-ta Ta U d*où tu mat T
Puis il sourit, et dit :
LE FAPTaOS 11%
— h» YoÂei^ la» aoge» da JMm Seig&eur 1 lia m'a|>porteftt du via et di^ fruit»; Qa*il est frais la iMÉtemetti de leurs ailes !
Et il expira;
Sou visage oeaservait dans la mort Texpression de Textase bâeaheureiKBe. Les soldats qui gardaient le gibet furent saisis d'admiration. Yivantius, accompagné de quelques-un» de ses frères chrétiens, vint réclamer le corps pour l'ensevelir, parmi les reliques des martyrs, dans la crypte de saint Jean le Baptiste. Et TËglise garda la mémoire vénérée de saint Théodore le ^ Nubien. i
Trois ans plus tard, Constantin, vainqueur de Maxence, publia un édit par lequel il assurait la paix aux chrétiens, et désormais les fidèles ne furent plus persécutés que par les 'hérétiques.
Thaïs achevait sa onzième année, quand son ami mourut dans les tournuents. £ille Qh. re&sentit une trisiebse et une épouvante
fil THAlS
invincibles. Elle n'avait pas Tàme assez pare pour comprendre que Tesclave Àhmès, par sa vie et sa mort, était un bienheureux. Cette idée germa dans sa petite Ame, quMl n'est possible d'être bon en ce monde qu'au prix des plus affreuses souffrances. Et elle craignit d'être bonne, car sa chair délicate re* doutait la douleur.
Elle se donna avant l'âge à des jeunes
/garçons du port et elle suivit les vieillards
qui errent le soir dans les faubourgs; et
avec ce qu'elle recevait d'eux elle achetait
des gâteaux et des parures.
Ck)mme die ne rapportait à la maison rien de ce qu'elle avait gagné» sa mère l'accablait de mauvais traitements. Pour éviter les coups, elle courait pieds nus jusqu'aux remparts de la ville et se cachait avec les lézards dans les fentes des pierres. Là, elle songeait, pleine d'envie aux femmes qu'elle voyait passer, richement parées, dans leur Utière entourée d'esclaves.
Ll PAPTIUB lis
Un jour que, frappée plus tudement que de coutume, elle se tenait accroupie devant la porte, dans une immobilité farouche, une vieille femme s'arrêta devant elle, la considéra quelques instants en silence, puis s'écria :
— la jolie fleur, la belle enfant ! Heureux le père qui t'engendra et la mère qui te mit au monde!
Thaïs restait muette et tenait ses regards fixés vers la terre. Ses paupières étaient rouges et Ton voyait qu*elle avait pleuré.
— Ma violette blanche, reprit la vieille, ta mère n'est-elle pas heureuse d'avoir nourri une petite déesse telle que toi, et ton père, en te voyant, ne se réjouit-il pas dans le fond de son cœur?
Alors l'enfant, comme se parlant à ellemême :
— Mon père est une outre gonflée de vm et ma mère une sangsue avide.
La vieille regarda à droite et 4 gauche
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si on ne fat voyait pas. Pnis d'one Toiz eareMante :
— Donc^ hyacinthe flenrie, telle bnvetiee de lumière, viens avec moi et ta n'auras, pour vivre, qu'à danser et à sourire. Je te nourrirai de gâteaux de miel, et mon fils, mon propre fik t*aimera comme ses yeux.
Il est beau, mon fils, il est jeune; il n'a au menton qu'une barbe léiirère; sa peau est flouce, et c'est, comme on dit, un petit cochon d'Acharné.
Thaïs répondit :
— Je veux bien aller avec toi.
Et, s'étant levée, elle suivît la vieille hors de la ville.
Cette femme, nommée Mœroé, fx)nduîsait >^e pays en pays des filles et des jeunes garçons qu'elle instruisait dans la danse et qu'elle louait ensuite aux riches pour paraître dans les festins.
Devinant que Thaïs dépendrait bientôt la plus belle des fenmies, elle lui apprit, à
Ll PAPYRUS Ht
coups de foaet, la musique et la prosodie, et elle flagellait avec des lanières de euir ces jambes divines, quand elles iie se levaient pas en mesure au aon de Jlia cithare.
Son fils, avorton décrépit, sans âge et sans sexe, accablait de mauvais traitements eette enfant en qni il poursuivait de sa baine la race entière des femmes. Rival des ballériaes, dont il affectait la grâce, il enseignait i Thaïs Part de feindre, dans les pantomimes, par Texpression du visc^e, le geste et Tattitude, tous les sentiments humains et surtout les passions de Tamour. II lui donnait avec dégoût, les conseils d*un mattre habile; mais jaloux de son élève, il lui griffait les joues, lui pinçait le bras ou la venait piquer par derrière avec un poinçon, à la manière des filles méchantes, dès quMl s'apercevait trop vivement qu'elle était née pour la volupté des hommes. Gr&ec, à ses leçons, elle devint en peu de temps musicienne, mime et danseuse excellente. La mé-
116 > twkU
cbanceté de ses maîtres ne la surprenait point et il lai semblait naturel d'être indignement traitée. E31e éprouvait même quelque respect pour cette vieille femme qui savait la musique et buvai^ du vin grec.
Hœroé, s'étant arrêtée à Antioche, loua son élève comme danseuse et comme joueuse de flûte aux riches négociants de la ville qui donnaient des festins. Thaïs dansa et plut. Les plus gros banquiers l'emmenaient, au sortir de table, dans les bosquets de l'Oronte. Elle se donnait à tous, ne sachant pas le pris; de l'amour. Mais une nuit qu'elle avait dansé devant les jeunes hommes les plus élégants de la ville, le fils du proconsul s'approcha d'elle, tout brillant de jeunesse et de volupté, et lui dit d'une voix qui semblait mouillée de baisers :
— Que ne suis-je, Thaïs, la couronne qui ceint ta chevelure, la tunique qui presse ton corps charmant, la sandale de ton beau pied I Mais je veux que tu me foules à te$t
Il PAPYRUS 117
pieds comme une sandale; je veux que mes caresses soient ta tnniqae et ta couronne.
Viens, belle enfant, viens dans ma maison et oublions l'univers.
Elle le regarda tandis qu'il parlait et elle vit qu'il était beau. Soudain elle sentit la sueur qui lui glaçait le front; elle devint verte comme l'herbe; elle chancela; un nuage descendit sur ses paupières. Il la priait encore. Mais elle refusa de le suivre. En vain, il lui jeta des regards ardents, des paroles enflammées, et quand il la prit dans ses bras en s'efforçant de l'entraîner, elle le repouflsa avec rudesse. Alors il se fit suppliant et lui mcmtra ses larmes. Sous Tempire d'une force nouvelle, inconnue, invincible, elle résista.
— Quelle folie I disaient les convives. LqIlius est noble; il est beau, il est riche, et voici qu'une joueuse de flûte le dédaigne I
LoUius rentra seul dans sa maison et la nuit l'embrasa tout entier d'amour. Il vini
iiS thaU
«lès le matin, pâle et les yeux ronges, suspendre des flenrs à la porte de la joueuse de flùté. Cependant Thaïs, saisie de trouble at d'effroi, fuyait LoUius et le /«oyait sans <5esse an dedans d*elIe-Bième. Elle souffrait ^i ne connaissait pas son mal. Elle se demandait pourquoi elle était ainsi changée et d'où lui venait sa mélancolie. Elle repons- ^;ait tons ses amants: ils lui faisaient horreur. Elle ne yonlait plus voir la lumière et restait tout le jcwr oonchée^ur son lit, sanglotant la tête dans les coussins. LoUiAS ayant su forcer la porte dé Thaïs, lânt plusieurs fois supplier et maudire cette méchante enfant. Elle restait devant lui craintive comme une vierge et répétait :
— Je ne veux pas 1 Je ne veiEx pas I Puis, au bout de quinze joinrs, -s'étant donnée à lui, elle connut qu'elle l'aimait; elle le sniirit dans sa maison et ne le quitta plus. Ce fnt une ^ue délideuaB. Ils passaient tout le jour enfermés, 1ns yenxdai» les yeux,
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se disant Tan à Tautre des paroles qu'on ne dit qa'aux enfants. Le soir, Us se proinenaient sur les bords âolitalres de TOronte et se perdaient dans les bois de lauriers.
Parfois ils se levaient dès Tanbe pour aller cueillir des jacinthes sur les pentes du Silpicns. Ils buvaient dans la même coupe, et, quand elle portait un grain de raisin à sa bouche, il le lui prenait entre les lèvres avec ses dents.
Mœroéviiit chez Lollius réclamer Thaïs à grands cris :
— C'est ma fille, dtmit^le, ma fille qu'où m'airacbe, ma fleur parfumée, mes petites entrailles 1...
LoUius la renvojraavee une grosse somme d'argent. Mais comme elle revint demandant encore quelques staters d'or, le jeune homme la fit mettre en prison, et les mafistrate, «jrant découvert j^uaieurs crimes dotft elle s^était vendue coupable, elle fut condamnée à mort et livrée aux bêtos.
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Thaïs aimait LoUius avec toutes les fureurs de rimagination et toutes les surprises de l'innocence. Elle lui disait dans toute la vérité de son cœur :
— Je n'ai jamais été qu'à toi.
LoUius lui répondait :
— Tu ne ressembles à aucune autre femme.
Le charme dura six mois et se rompit en un jour. Soudainement Thaïs se sentit vide et seule. Elle ne reconnaissait plus LoUius ; elle songeait :
— Qui me l'a ainsi changé en un instant?
Gomment se fait-il qu'il ressemble désormais à tous les autres hommes et qu'il ne ressemble plus à lui-même?
Elle le quitta, non sans un secret désir de chercher LoUius en un autre, puisqu'elle ne le retrouvait plus en lui. Elle songeait aussi que vivre avec quelqu'un qu'elle n'aurait jamais aimé serait moins triste que de vivre avec quelqu'un qu'elle n'aimait plus.
LM PAFTRVf ISi
Elle se montra, en compagnie des riches voluptueux, à ces fêtes sacrées où Fou voyait des chœurs de vierges nues dansant dans les temples et des troupes ' de courtisanes traversant rOronte à la nage. Elle prit sa part de tous les plaisirs qu'étalait la ville élégante et monstrueuse ; surtout elle fréquenta assidûment les théâtres, dans les- (fuels des mimes habiles^ venus de tous les pays, paraissaient aux applaudissements d'une foule avide de spectacles.
Elle observait avec soin les mimes, les danseurs, les comédiens et particulièrement les femmes qui, dans les tragédies, représentaient les déesses amantes des jeunes hommes et les mortelles aimées des dieux.
Ayant surpris les secrets par lesquels elles charmaient la foule, elle se dit que, plus belle, elle jouerait mieux encore. Elle alla trouver le chef des mimes et lui demanda d'être admise dans sa troupe. Grâce à sa beauté et aux leçons de la vieille Mceroé,
m tbau
elle fut accneillie et parat snrla Bcène dans ' te {mvoniiage de IMreé.
f Elle plot médiofcrcnieiity parée qu'elle ' manquait d'expérience et aniai parce qoe ies spectateurs n'étaient pas «[dtés à Tadliration par un long bruit de louanges.
Mais après quelques mois d'obscurs débuts»
!a puissance de sa beauté éclata sur la scène arec une telle force, que la ville entière s'en émut. Tout Ântiodbe s'étouffait au théâtre. Les mapstrats impériaux et les premiers citoyens s'y rendaient, poussés par la Ibrce de Vopinion. Les portefaix, les balayeurs et les ouvriers du port se privaient d'ail et de pain pour payer leur place. Les poètes composaient des épigrammes en «on honneur. Les philosophes barbus déclamaient contre elle dans les bains et dans ies gymnases; sur le passage de sa litière, les prêtres des chrétiens détournaient la tête. Le seuil de sa maison était eouronné de fleurs^ arrosé de sang. Elle recevait de
ses amants de For, non plus eoi&pté, mais mesuré an médimne, et tous les trésors amassés par les vieillards économes venaienty comme dies fleuves, se perdre à ses pieds. C'est pourquoi son âme était sereine.
Elle se réjouissait dans un paisible orgueil de la faveur publique et de la bonté des dieux, et, tant aimée , eUe s'aimait elle-même.
Après avoir joui pendant plusieurs années de l'admiration et de l'amour dès Ântioehéniens» elle fut pri^e du désir de revoir Alexandrie et de montrer sa gloire à la ville daAs laquelle, enfant, elle errait sous la misère et la honte, affamée et maigre comme une sauterelle au milieu d'un' chemin poudr6u;x. La ville d'or la reçut avec joie et la combla die nauvelles richesses. Quand eUe parn^t dans ^les jeux, ce fut un triomphe. U lui vint des admirateurs et des amamits innombrables. Elle les accueillait indifiMremmeint, car elle dé- «espéradt «afin de retrower Ij^IUus.
m THAlS
Elle reçut parmi tant d'autres le philosophe Nicias qui la désirait, bien qu'il fit profession de vivre sans désirs. Malgré sa richesse^ il était intelligent et doux. Mais il ne la charma ni par la finesse de soi:i esprit, ni par la grâce de ses sentiments.
Elle ne l'aimait pas et même elle s'irritait parfois de ses élégantes iromes. Il la blessait par son doute perpétuel. C'est qu'il ne croyait à rien et qu'elle croyait à tout. Elle croyait à la providence divine, à la toute* puissance des mauvais esprits, aux sorts, ' aux conjurations, à la justice éternelle. Elle ,v// ^ croyait en Jésus-Christ et en la bonne V ^^t' ^ déesse des Syriens ; elle croyait encore * "^ que les chiennes aboient quand la sombre X ' Hécate passe dans les carrefours et qu'une V femme inspire l'amour en versant un philtre dans une coupe qu'enveloppe la toison sanglante d'une brebis. Elle avait soif d'inconnu ; elle appelait des êtres sans nom et vivait daaa une attente perpétuelle. L'avenir
Ll ?APTHUS 125
lai faisait peur et elle voulait le connaître. Elle s'entourait de prêtres d'Isis, de mages châidéens, de pharmacopoles et de sorciers noirs, qui la trompaient toujours et ne k lassaient jamais. Elle craignait la mort et la voyait partout. Quand elle cédait à la volupté, il lui semblait tout à coup qu'un doigt glacé touchait son épaule nue et, toute pâle, elle criait d'épouvante dans les bras qui la pressaient.
Nicias lui disait :
— Que notre destinée soit de descendre en cheveux blancs et les joues creuses danî* la nuit éternelle, ou que ce jour même, qui rit maintenant dans le vaste ciel, soit notre dernier jour, qu'importe, dma Thaïs!
Goûtons la vie. Nous aurons beaucoup vécuj si nous avons beaucoup senti. Il n'est pas d'autre intelligence que celle des sens :
aimer c'est comprendre. Ce que nous igno-' rons n'est pas. A quoi bon nous tourmenter pour un néant?
iî6 MAlS
Elle lui répondait arec colère:
— Je méprise ceux qui conaio «soi n'espèrent ni ne craignent non. Je vens «avoir !
Je v eqx garo ir !
Ponr oonnattre le secret de la vie^ elle se mit à lire les livres des philosophes, maïs elle ne les comprit pas. A mesure ^qne les années de ^on enfance s'éloignaient d'elle elle les rappelait dans son esprit plus I volontiers. Elle aimait à parcourir, le soir, sous un déguisement, les ruelles, les chemins de ronde, les places publiques où elle avait misérablement grandi. Elle regrettait d'avoir p^du ses parents et surtout de n'avoir pu les aimer. Quand elle rencontrait des prêtres chrétiens, elle songeait è son baptême et se sentait troublée. Une nuit, qu'enveloppée d'un long manteau et ses blonds cheveux cachés sons un capuchon somlnre, elle errait, selon sa coutume, dans les faubourgs de la ville, elle se trouva, sans savoir comment elle y était
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venue» devant la pauvre église de Saint* Jean-Ie-Baptiste. Elle entendit qu'on chantait dans rintérienr et vit «ne lumière éclatante qui gUssait par les fenles de la porte. D n'y avait là rien d'étrange, puisque depuis vingt ans les chrétiens, protégés par le vainqueur de Maience, eolennisaieot publiquement leurs fêtes. Mais ees chanta signifiaient un ardent appel aux âmes.
rx)mme conviée aux mystères , la comédienne, poussant du bras la porte, entra dans la maison. Elle trouva là une nombreuse assemblée, des femmes, des enfants, des vieillards à genoux devant un tombeau adossé à la muraille. Ce tombeau n'était qu'une cuve de pierre grossièrement sculptée de pampres et de grappes de raisins; pourtant il avait reçu de grands honneurs : il était couvert de palmes vertes et de ohironnes de roses roupies. Tout autour, d'innombrables lumières étoilaient l'ombre dans laquelle la fumée des gommes d'Arabie sero-
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blait les plis des voiles des anges. Et Ton devinait sur les murs des figures pareilles à des visions du ciel. Des prêtres vêtus de blanc se tenaient prosternés au pied du sarcophage. Les hymnes qu'ils chantaient avec le peuple exprimaient les délices de la souffrance et mêlaient, dans un deuil triomphal, tant d'allégresse à tant de douleur que Thaïs, en les écoutant, sentait les voluptés de la vie et les affres de la mort couler à la fois dans ses sens renouvelés.
Quand ils eurent fini de chanter, les fidèles se levèrent pour aller baiser à la file la paroi du tombeau. C'était des hommes simples, accoutumés à travailler de leurs mains. Ils s'avançaient d'un pas lourd, l'œil fixe, la bouche pendante, avec un air de candeur. Us s'agenouillaient, chacun i son tour, devant le sarcophage et y appuyaient leurs lèvres. Les femmes élevaient dans leurs bras les petits enfants et leur posaient doucement la joue contre la pierre.
Ll PAFTAUS itè
Thaïs, snrprise et troublée, demanda à an diacre pourquoi ils faisaient ainsi.
— Ne sais-tu pas, femme, lui répondit lo diacre, que nous célébrons aujourd'hui la mémoire bienheureuse de saint Théodore le Nubien qui souffrit pour la foi au temps de Dioclétien empereur ? Il vécut chaste et mourut martyr, c'est pourquoi, vêtus de blanc, nous portons des roses rouges à son tombeau glorieux.
En entendant ces paroles. Thaïs tomba à genoux et fondit en larmes. Le souvenir à demi éteint d'Ahmès se ranimait dans son âme. Sur cette mémoire obscure, douce et douloureuse, Téclat des cierges, le parfum des roses, les nuées de l'encens, l'harmonie des cantiques, la piété des âmes jetaient les charmes de la gloire. Thaïs songeait dans l'éblouissement :
Il était bon et voici qu'il est grand et qu'il est beau I Gomment s'est-il élevé audessus des hommes? Quelle est donc cette
1 chose incoïkiitte qoi Yaut mieux que la ri- *^^ ( chesse et que la volupté î
Elle, se leva lentooaeot^ tourna vers la tombe du saint qui Tarait aimée ses yeux de violette où brillaient des larmes à la clarté des cierges ; puis* la. tâte baissée ; àumble, lente, la deroièrei de ses lèvres où tant de désirs s'étaient suspendus, elle baisa la pierre de Tesclave.
Rentrée' dans sa maison, elle y trouva Nicias qui, la chevelure parfumée et la tunique déliée, l'attendait en lisant un traité de morale. U s'avança vws elle les bras ouverts.
— Méchante Thaïs, lui dit^il d'une voix riante, tandis que tu tardais à venir, saistu «e que je voyais dans ce manuscrit dicté par le plus grave des stoïciens? Des préceptes vertueux et de fières maximes? Mon !
Sur laustère papyrus, je voyais danser mille' et mille petites Thaïs. Ëlle& avaient cnucune la hauteur (Xdù doigt, ei pourtant
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leur grâce était infinie et toutes étaient Tunique Thaïs. Il y en avait qui trattiaient des manteaux de pourpre et d'or ; d'autres, semblables à une nuée blancbe^ flottaient dans l'air sous des roiles diaphanes. D^autres encore, immol»)es et divinement nues, pour mieux ini^irer la volupté, n'exprinmient aucune pensée. Bnfln, il y en avait deux qui se tenaient par la main» deux si pareilles, qu'il était impossible de les distinguer l'une de l'autre. Elles souriaient toutes deux. La première disait : « Je suis Tamour. » L'autre : c Je suis la mort. >
En parlant ainsi, il pressait Thaïs dans ses bras, et, ne voyant pas le regard farouehe qu'elle fixait à terre, il ajoutait les pensées aux pensées, sans souci qu'ellesfussent perdues :
*- Oui, quand j'avais sous les yeux la ligne où il est écrit : « Rien ne doit te dé- / tourner de cultiver ton âme, t je lisais : Les^ baisers de Thaïs sont plus ardents que lai
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*^ Hamme et plus doux que le miel. » Toilà comment, par ta faute, méchante enfant, un philosophe comprend aujourd'hui les livres des philosophes. Il est vrai que, tous tant que nous sommes, nous ne découvrons que notre propre pensée dans la pensée d'autrni, et que tous nous lisons un peu les livres comme je viens de lire celui-ci...
Elle ne Técoutait pas, et son âme était encore devant le tombeau du Nubien. Gomme il l'entendit soupirer, il lui mit un baiser sur la nuque et lui dit :
— Ne sois pas triste, mon enfant. On n'est heureux au monde que quand on oublie le monde. Nous avons des secrets pour cela. Viens ; trompons la vie : elle nous le rendra bien. Viens; aimons-nous.
Mais elle le repoussa :
— NouB aimer ! s'écria-t-elle amèrement.
Mais tu n'as jamais aimé personne, toi I Et je ne t'aime pas I Non I je ne t'aime pas I Je te hais. Va-t'en 1 Je te hais. J'exècre et
je méprise tous les heareax et tous les riches. Va-t'en ! va-fenl.... Il n'y a y de bonté que chez les malheureux. Quand j'étais enfant, j'ai connu un esclave noir qui est mort sur la croix. Il était bon ; il était plein d'amour et il possédait le secret de la vie. Tu ne serais pas digne de lui laver les pieds. Va-t'en I Je ne veux plus te voir.
Elle s'étendit à plat ventre sur le tapis et passa la nuit à sangloter, formant le dessein de vivre désormais, comme saint Théodore, dans la pauvreté et dans la simplicité.
I)ès le lendemain, elle se rejeta dans les plaisirs auxquels elle était vou^e. Gomme elle savait que sa beauté, encore intacte, ne durerait plus longtemps, elle se hâtait d'en tirer toute joie et toute gloire. Au théâtre, où elle se montrait avec plus d'étude que jamais, elle rendait vivantes les imaginations des sculpteurs, des peintres et des poètes. Reconnaissant dans les formes, dans
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les attitudes, dans les mouvements» dans la démarche de la oomédienne une idée de la divine hamonie qui règle les mondes» savants et philosophes mettaient une gràoe si parfaite au rang des vertus et disaient :
€ Elle aussi» Thaïs, est géomètre ! » Les ignorants, les pauvres» les humbles, les timides» devant lesquels elle consentait à paraître» Feu bénissaient comme d'une charité céleste. Pourtant» elle était triste au milieu des louanges et» plus que jamais»
elle craignait de mourir. Rien ne pouvait la distraire de son inquiétude» pas même sa maison et ses jardins qui étaient célèbres et sur lesquels on faisait des proverbes dans la ville.
Elle avait fait planter des arbres apportés à grands frais de Tlnde et de la Perse.
Une eau vive les arrosait en chantant et des colonnades en ruines» des rochers sauvages, imités par un habile architecte, étaient retiétés dans un lac ou se miraient
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des statues. Au milieu du jardin, s'élevait la grotte des Nymphes, qui devait son nom à trois grandes figui^s àe femmes, en cires colorées, qu'cm renconti^ait ilès le dseuil. Ces femmes se dépouillaieiit de leurs vêtements pour prendre un bain. Inquiètes, elles tournaient la tète, craignant d'être vues, et elles semblaient vivantes. La lumière ne parvenait dans cette retraite qu'à travers de minces nappes d'eau qui l'adoucissaient ejt ririsaient. Aux parois pendaient de toutes parts, comme dams les grottes sacrées, des couronnes, des guirlandes et des tableaux votifs, dans lesquels la beauté de Thaïs était célébrée. Il s'y trouvait aussi des manques tragiques et des masques comiques revêtus de vives couleurs, dés peintures représentant ou des scènes de théâtre, ou des figures grotesques,^ ou des animaicx fabuleux. Au milieu, se dressait sur une stèle un petit Éros d'ivoire, d'un antique et merveilleux travail. C'était un don de Nicias. Une chèvre
de marbre noir se tenait dans nne excavation, et Ton voyait briller ses yeux d*agate. Six chevreaux d'albâtre se pressaient autour de ses mamelles ; mais soulevant ses pieds fourchus et sa tète camuse, elle semblait impatiente de grimper sur les rochers. Le sol était couvert de tapis de Byzance, d'oreillers brodés par les hommes jaunes de Gathay et de peaux de lions lybiques. Des cassolettes d'or y fumaient imperceptiblement. Çà et là, au-dessus des grands vases d'onyx, s'élangaient des perséas fleuris. Et, tout au fond, dans l'ombre et dans la pourpre, luisaient des clous d'or sur récaille d'une tortue géante de l'Inde, qui renversée servait de lit à la comédienne. C'est là que chaque jour, au murmure des eaux, parmi les parfums et les fleurs. Thaïs, mollement couchée, attendait l'heure de souper en conversant avec ses amis ou en songeant seule, soit aux artifices du théâtre, toit à la fuite des années.
Or, ce jour-là, elle se reposait après les jeux dans la grotte des Nymphes. Elle épiait dans son miroir les premiers déclins de sa beauté et pensait avec épouvante que le temps viendrait enfin des cheveux blaûGé et des rides. En vain elle cherchait à se rassurer, en se disant qu'il suffit, pour recouvrer la fraîcheur du teint, de brûler certaines herbes en prononçant 4^ formules magiques. Une voix impitoyable lui criait : c Tu vieilliras, Thaïs, tu vieilliras !» Et la sueur de l'épouvante lui glaçait le front. Puis, se regardant de nouveau dans le miroir avec une tendresse infinie, elle se tf^uvait belle encore et digne d'être aimée. Se souriant à elle-même, elle mur-^ murait : € Il n'y a pas dans Alexandrie une seule femme qui puisse lutter avec moi pour la souplesse de la taille, la grâce des mouvements et la magnificence des bras, et , >. Jes bras, ô mon miroir, ce sont les vraies chaînes de l'amour I »
i / 1 Gomme elle songeait ainsi, elle vit un in- ^oonnn debout devant elle, maigre, les yeux ardents, la barbe inculte et ^ètu d'une robe richement brodée. Laissant tomber son miroir, elle poussa un cri d'effroi.
Paphnuce se tenait immobile et, voyant combien elle était belle, il faisait du fond du coBur cette prière :
— Fais, ô mon Dieu, que le visage de cette femme, loin de me scandaliser, édifie ton serviteur.
Puis, s'efforçant de parler, il dit :
— Thaïs, j'habite une contrée lointaine et le renom de ta beauté m'a conduit jusqu'à toi. On rapporte qme tu es la plus habile des comédiennes et la plus irrésistible des femm^. Ce que l'on conte de tes richesses et de tes amours semble fabuleux et rappelle l'antique Rhodopis. dont tous les bateliers du Nil savent par eamr l'histoire mervdllease.
€'est pourquoi j*ai été pris du désir de le «>nnaître et je vois que la vérité passe hk
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renommée. Tu es mille fois plus savante et plus belle qu'on* ne le publie. Et maintes nant que je te vois, je me dis : < n e^t impossible d'approcher d'elle sans chanceler conmie un homme ivre. *
Ces paroles étaient feintes; mais le moine, ^ animé d'un zèle pieux, les répandait avec une ardeur véritable. Cependant, Thaïs regardait sans déplaisir cet être étrange qui lui avait fait peur. Par son aspect rude et sauvage, par le feu sombre qui chargeait ses regards, Paphnucè l'étonnait. Elle était curieuse de c-onna!tre l'état et la vie d'un homme si différent de tous oeux qu'elle connaissait. Elle lui répondit avec une douces M^illerie :
— Tu semblés prompt à l'admiration, étranger. Prends garde que mes regards ne te consument Jusqu'a'ux os ! Prends garde de m'aimer !
Il lui dit :
— le t'aime, 6 Thaïs I Je t'aime plus que
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ma vie et plus que moi-même. Pour toi, j'ai quitté mon désert regrettable ; pour toi, mes lèvres, vouées au silence, ont prononcé des paroles profanes; pour toi, j'ai vu ce que je ne devais pas voir, j'ai entendu ce qu'il m'était interdit d'entendre ; pour toi, mon âme s'est troublée , mon cœur s'est ouvert et des pensées en ont jailli, semblables aux sources vives où boivent les colombes ; pour toi, j'ai marché jour et nuit à travers des sables peuplés de larves et de vampires; pour toi, j'ai posé mon pied nu sur les vipères et les scorpions I Oui, je t'aime I ; Je t'aime, non point à l'exemple de ces hommes qui, tout enflammés du désir de la chair, viennent à toi comme des loups dévorants ou des taureaux furieux. Tu es chère à ceux-là comme la gazelle au lion. Leurs amours carnassières te dévorent jusqu'à l'âme, ô femme ! Moi, je t'aime en esprit et en vérité, je t'aime en Dieu et pour les siècles des siècles; ce que j'ai pour toi dans
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mon sein se nomme ardeur véritable et divine charité. Je te promets mieux qu'ivresse fleurie et que songes d'une nuit brève. Je te promets de saintes agapes et des noces célestes. La félicité que je t'apporte ne finira jamais ; elle est inouïe ; elle est ineffable et telle que, si les heureux de ce monde en pouvaient seulement entrevoir une ombre, ils mourraient aussitôt d'étonnement.
Thaïs, riant d'un air mutin :
— Ami, dit-elle,. montre-moi donc un si merveilleux amour. Hâte-toi ! de trop longs discours offenseraient ma beauté, ne perdons pas un moment. Je suis impatiente de connaître la félicité que tu m'annonces ; mais, à vrai dire, je crains de* l'ignorer toujours et que tout ce que tu me promets ne s'évanouisse en paroles. Il est plus facile de promettre un grand bonheur que de le donner.
Chacun a son talent. Je crois que le tien est de discourir. Tu parles d'un amour inconnu. Depuis si longtemps qu'on se donne
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des baîaBis, il serait bien extraordinaire cpi'il restât encore des secrets d'amour. Sur œ sujet, les amants en savent pins que les
— Thaïs, ne raille point. Je t'apporte Tamoiir inconnu.
— Ami, tu viens tard. Je connais tous les amours.
— L'amour que je t'apporte est plein de gloire, tandis que les amours que tu connais n'enfantent que la honte.
Thaïs le regarda d'un œil sombre ; un pli dur traversait son petit front :
— Tu es bien hardi, étranger^ d'offenser ton hôtesse. Regarde-moi et dis si je ressemble à une créature accablée d'opprobre.
Non ) je n'ai pas honte, et toutes celles qui vivent comme je fais n'ont pas de honte non plus, bien qu'elles soient moins belles et moins riches que moi. J'ai semé la volupté sur tous mes pas, et c'est par là que je sois célèbre dans tout l'univers. J'ai plus
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de pvtssaoBoe que les maîtres du monde. Je '
les ai vus à mes pieds, Hegarde*-moi, r^ garde ces petits pieds : des milliers d'hommes paierai»»! de lemr sang le bonheur de les r ^^ bais€»r. Je ne suis pas bien grande el ne -^ ^ ^'. tiens pas beaucoup de place sur la twre.
Pour ceux qui me voient du haut du Serapeum, quand je passe dans la rue, je ressemble à un grain de riz ; mais ce grain de riz causa parmi les komones des deuils, des désespoirs et des haines et des crimes à remplir le Tartare. N'es-tu pas fou de me parler de honte, quand tout crie la gloire autour de moi?
— Ce qui est gloire aux yeux des hommes est infamie devant Dieu. femme, nous avons été nourris dans des contrées si dilférentes qu'il n'est pas surprenant que nous n'ayons ni le môme langage ni la môme pensée. Pourtant, le ciel m'est témoin, que je veux m'accorder avec toi et que mon dessein est de ne pas te quitter que nous
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n'ayons les mêmes sentiments. Qui m'inspirera des discours embrasés pour que tu fondes comme la cire à mon souffle,^ femme, et que les doigts de mes désirs puissent te modeler à leur gré ? Quelle vertu te livrera à moi, ô la plus chèra des àmés, afin que Vesprit qui m'anime, te créant une seconde fois, t'imprime une beauté nouvelle et que tu t'écries en pleurant de joie : c C'est seulement d'aujourd'hui que je suis néel » Qui fera fliillir de mon cœur une fontaine de Siloé, dans laquelle tu retrouves, en te baignant, ta pureté première? Qui me changera en un Jourdain, dont les ondes, répandues sur toi, te donneront la vie ^^ternelle?
Thaïs n'était plus irritée.
• — Cet homme, pensait*elle, parle de vie éternelle et tout ce qu'il dit semble écrit sur. un talisman. Nul doute que ce ne soit un mage et qu'il n'ait des secrets contre la vieillesse et la mort.
Et elle résolut de s'offrir à lui. C'est
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ponrquoi, feignant de le craindre, elle s'éloigna de quelques pas et, gagnant le fond de la grotte, elle s'assit au bord du lit, ramena avec art sa tunique sur sa poitrine, puis, immobile, muette, les paupières baissées, elle attendit. Ses longs cils faisaient une^ ombre douce sur ses joues. Toute son attitude exprimait la pudeur ; ses pieds nus se balançaient mollement et elle ressemblait à une enfant qui songe, assise au bord d'une rivière.
Hais Paphnuce la regardait et ne bougeait pas. Ses genoux tremblants ne le portaient plus, sa langue s'était subitement dessédhée dans sa bouche ; un tumulte effrayant s'élevait dans sa tète. Tout à coup son r^rd se voila et il ne vit plus devant lui qu'un nuage épais. ï\ pensa que la main /« V "^^ de Jésus s'était posée sur ses yeux pour lui cacher cette femme^. j Rassuré par un tel secours, raffermi, fortifié, il dit avec une gravité digne d'un ancien du désert ^
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— Si ta te lirres à moi, crois-ta donc être caehée à Dieu ?
Elle secoaa la tèt».
— Dieu I Qui le iocce à toagoars avoir l'œil sur la grotte des Nymphes? Qu'il m retire si nous ToffeMons! Mais pourquoi roffenserious^oas? Puisqu'il nous a créés»
il ne peut être ni fâché ai surpris de nous voir tels qu'il nous a foits et agissant selon la nature qu'il nous a donnée. On parle beaucoup trop pour lui et on lui prête bien souvent des idées qu'il n'a jamais eues. Toimême, étranger, c<Hinais-*tu bien son véritable caractère? Qui es-tu pour me parler en son nom?
A cette question, le mcnne, entrouvrant sa robe d'emprunt, montra son ciliceet dit:
— Je suis Paphnuce, abbé d'Antinoé, et je viens du saint désert. La main qui retira Abraham de Ghaldée et Loth de Sodome m'a séparé du siècle. Je n'eijstais déjà plus pour les hommes. Mais Um image m'est
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apparue dans ma Jérusalem des sables et j'ai CQUQU qua tu étai» pleine de corruption et qu'en toi était la mort. Et me. voici devant UÀ^ femam^ eomma devaat un s^ulcre et je te crie : c Thaïs» lève-toû >
Aux nom9 de Paphnuce^ de moine et d'abbé elle avait pftU d'épouvAntô. Et la voilà qui,^ le& cheveux épairs, Les mains jointes, pleurant et gémissant, se traîne aux pieds du saint :.
— Ne me fais pas de mal! Pourquoi es-tu veB|U? que me veux-tu? Ne me fais pas de mal. Je sais que les saints du désert détestent les femmes qui, comme moi, sont faites pour plaire. J'ai peur que tu ne me haïsses et que tu ne veuilles me nuire. Va I îe ne doute pas de ta puissance. Mais sache, Paphnuce, qu'il ne faut ni me mépriser ni me haïr. Je n'ai jamais, comme tant d'hommes qtre je fréquente, raillé ta pauvreté volontaire. A ton tour, ne me fais pas un crime de ma richesse. Je suis belle et habile
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âux jeux. Je n'ai pas plus choisi ma condition qtie ma nature. J'étais faite pour ce que je fais. Je suis née pour charmer les hommes. Et, toi-même, tout à Theure, tu disais que tu m'aimais. N'use pas de ta science contre moi. Ne prononce pas des paroles I magiques qui détruiraient ma beauté ou me^ j changeraient en une statue de sel. Ne me fais pas peur ! je ne suis déjà que trop effrayée. Ne me fais pas mourir I je crains tant la mort.
Il lui fit signe de se relever et dit :
— Enfant, rassure-toi. Je ne te jetterai pas l'opprobre et le mépris. Je viens à toi de la part de Celui qui, s'étant assis au bord du puits, but à l'urne que lui tendait la Samaritaine et qui, lorsqu'il soupait au logis de Simon, reçut les^ parfums de Marie. Je ne suis pas sans péché pour te jeter la pr^ mière pierre. J'ai souvent mal employé les grâces I abondantes que Dieu a répandues sur moi. Ce n'est pas la colère, c'est la
pitié qui m'a pris par la main pour me conduire ici. J'ai pu sans mentir t'aborder arec des paroles d'amour, car c'est le zèle du cœur qui m'amène à toi. Je brûle du feu de la charité et, si tes yeux, accoutumés aux spectacles grossiers de la chair, pouvaient voir les choses sous leur aspect mystique, je t'apparaîtrais comme un rameau détaché de ce buisson ardent que le Seigneur montra sur la montagne à l'antique Moïse, pour lui faire comprendre le véritable amour, celui qui nous embrase sans nous consumer et qui, loin de laisser après lui des charbons et de vaines cendres, embaume et parfume pour l'éternité tout ce qu'il pénètre.
— Moine, je te crois et je ne crains plus de toi ni embûche ni maléfice. J'ai souvent entendu parler des solitaires de la Thébaïde. Ce que l'on m'a conté de la vie d'Antoineet de Paul est merveilleux. Ton nom ne m'était pas inconnu et l'on m'a dit que.
jeune encore, tu égalais en vertu les plus vieux anachorètes. Dès que je f ai vu, sans savoir qui tu étais, j'ai senti que tu n'étais pas un homme ordinaire. Dis-moi, pourrai: tu pour moi ce que n^ont pu ni les prêtre:^ dT[sis, m ceux d'Hermès, ni ceux de la Junon Céleste, ni les devins de Ghaldée, ni les mages babyloniens. ? Moine, si tu m'aimes, peux-tu m'empècher de mourir ?
— Femme, celui-là vivra qui veut viyre.
!Fuis les délices abominables 0ù tu meurs à jamais. Arrache aux démons, qui le brûleraient horriblement, ce oorps qm Dieu pétrit de sa salive et anima de son souffle.
Consumée de fatigue, viens te rafraîchir aux sources bénies de la solitude; viens boire à ces fontaines cachées dans le désert, qui jaillissent jusqu'au ciel. Ame anxieuse viens possiéder enfin ce que tu désirais I Cœur avide de joie, vi^us goûter les joies véritables: la pauvreté, le renoncement, l'oubli de soi-même, l'abandon de tout
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Tètre dans le sein de Dieu. Ennemie du Christ et demain sa bien-4iimée, viens à lui. Viens I toi qui cherchais, et tu dinas: « J'ai trouvé Tamourl »
Cependant Thaïs semblait contempler des choses lointaines: ,
— Moine, demanda-t-elle, si je renonce à mes plaisirs et si je fais pénitence, est-il vrai que je renaîtrai au del avec mon corps intact et dans toute sa beauté?
— Thaïs, je t'apporte la yie éternelle.
Groifihmoi, car ce fue j'annonce est la vérité.
— Et qui me garantit que c'est la vérité?
— David et les prophètes, l'Écriture et les merveilles dont tu vas être témoiii.
— Moine, je voudrais te croire. Car je t'avoue que je n'ai pas trouvé le bonheur en ce monde. Mon sort fut plus beau que celui d'une reine et cependant la vie m'a apporté bien des tristesses et bien des amertumes, et
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Tbici que je suis lasse infiniment. Toutes les femmes envient ma destinée, et il m'arrive parfois d'envier le sort de la vieille édentée qui, du temps que j'étais petite, vendait des gâteaux de miel sous une porte de la ville. C'est une idée qui m'est venue bien des fois, que seuls les pauvres sont bons, sont heureux, sont bénis, et qu'il y a une grande douceur à vivre humble et petit.Moine, tu as remué les ondes de mon éme et fait monter à la surface ce qui dormait an fond. Qui croire, hélas I Et que devenir, et qu'est-ce que la vie?
Tandis qu'elle parlait de la sorte, Paphnuce était transfiguré; une joie céleste inondait son visage:
— Écoute, dit-il, je ne suis pas entré seul dans ta demeure. Un Autre m'accompagnait, un Autre qui se tient ici debout à mon côté. Celui-là, tu ne peux le voir, parce que tes yeux sont encore indignes de le contempler; mais bientôt tu le verras
dans sa splendeur charmante et ta diras:
c II est seal aimable ! i» Tout à l'heure, s'il n'avait posé sa douce main sur mes yeux, 6 Thaïs I je serais peut-être tombé avec toi dans le péché, car je ne suis par moi-même que faiblesse et que trouble. Mais il nous a sauvés tous deux; il est aussi bon qu'il est puissant et son nom est Sauveur. Il a été promis au monde par David et la Sibylle, adoré dans son berceau par les bergers et les mages, crucifié par les Pharisiens, enseveli par les saintes femmes, révélé au monde par les apôtres, attesté par les martyrs. Et le voici qui, ayant appris que tu crains la mort, 6 femme! vient dans ta maison pour t'empêcher de mourir! N'estce pas, 6 mon Jésus I que tu m'apparais en ce moment, comme tu apparus aux hommes de Galilée en ces jours merveilleux où les étoiles, descendues avec toi du ciel étaient si près de la terre, que les saints Innocents pouvaient les saisir dans leurs mains,
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quand ils jouaient aux bras de leurs mères, sur les terrasses de Bethléem? PTestrce pas, mon Jésus, que nous sommes en ta compagnie et que tu me montres la réalité de ton corps précieux? N'est-ce pas que c'est là ton visage et que cette larme qui coule sur ta joue est une larme véritable? Oui, l'ange de la justice éternelle la recueillera, et ce s^a la rançon de l'âme de Thaïs.
N'est-ce pas que te voilà mon Jésus? Hon Jésus tes lèvres adorables s'entr'ouvent. Tu peux parler : parle, je t'écoute. Et toi, Thaïs, heureuse Thaïs I entends ce que le Sauveur vient lui-même te dire : c'est lui qui parle et non moi. Il dit: « Je t'ai cherchée longtemps, 6 ma brebis égarée! Je te trouve enfin I Ne me fuis plus. Laisse-toi prendre par mes mains, pauvre petite, et je te porterai sur mes épaules jusqu'à la berigerie céleste. Viens, ma Thaïs, viens, mon élue, viens pleurer avec moi! > Et Paphnuce tomba à genoux les yeux
pleins d'etti^e. Alors Tfaa^s vit sur la face du saint le reflet de Jésus viTant.
— jours envolés <^e mon enfancel ditelle en sanglotant. mosi doux père Âhmès 1 bon saint 3%éodare, que ne suis-je morte dans ton manteau blanc tandis que tu m'emportais aux premières lueurs du matin, toute fraîche encore des eaux du baptême !
Paphnuce s'élança vers elle en s'écriant :
— Tu es baptisée 1.,. Sagesse divine!
ô Providence 1 ô Dieu bon ! Je connais maintenant la puissance qui m'attirait vers toi. Je sais ce qui te rendait si chère et si belle à mes- yeux. C'est la vertu des eau^ baptismales qui m'a fait quitter l'ombre de Dieu où ,ie vivais pour t'aller chercher dans l'air eanpoisonné du siècle. Une goutte, use goutte sans doute des eaux qui lavéa^nt ton corps a jailli sur mon front. Viens, ô ma sœur, et reçois de ton frère le bais^ de paix.
Et le moine effleura de ses lèvres le front de la courtisane.
,"Tuis il se tut, laissant parler Dieu, et 7 ron n'entendait plus, dans la grotte des /Nymphes, que les sanglots de Thaïs mêlés ^au chant des eaux vives.
Elle pleurait sans essuyer ses larmes quand deux esclaves noires vinrent chaînées d'étoffés, de parfums et de guirlandes.
— Ce n'était guère à propos de pleurer, dit-elle en essayant de sourire. Les larmes rougissent les yeux et gâtent le teint, on dois souper cette nuit chez des amis, et je veux être belle, car il y aura là des femmes pour épier la fatigue de mon visage.
Ces esclaves viennent m'habiller. Retiretoi» mon père, et laisse-les faire. Elles sont adroites et expérimentées; aussi les ai-je payées très cher. Vois celle-ci, qui a de gros anneaux d'or et qui montre des dents si blanches. Je l'ai enlevée à la femme du proconsul.
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Paplmuce eut d'abord la pensée de s'opposer de toutes BQB forces à ce que Thaïs allât à ce souper. Mais, résolu d'agir prudemment, il lui demanda quelles personnes elle y rencontrerait.
Elle répondit qu'elle y verrait l'hôte du festin, le vieux Cotta, préfet de la flotte, Nicias et plusieurs autres philosophes avides de disputes» le poète Callicrate, le grand prêtre^ de Sérapis, des jeunes hommes riches occupés surtout à dresser des chevaux»
enfin des femmes dont on ne saurait rien dire et qui n'avaient que l'avantage de la jeunesse. Alors, par une inspiration surnaturelle :
— Va parmi eux. Thaïs, dit le moine.
Va ! Mais je ne te quitte pas. J'irai avec toi à ce festin et je me tiendrai sans rien dire à ton côté.
Elle éclata de rire. Et tandis que les deux eselaves noires s'empressaient autour d'elle^ elle s'écria :
. —, Que diront'ils quand ils verront que
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j*ai pour ainaiit an BDoine de la Thébalde?