‹ The?atriculeChapitre 25 sur 60 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MONSIEUR, MADAME rentre, elle retire son chapeau. MONSIEUR.

C'est déjà fait ?

Je mé suis aperçue qu'il était trop tard.

MONSIEUR

Ah ! tant mieux !

MADAME

Et je lui ai écrit de m'attendre demain.

MONSIEUR, vivement.

A qui ?

MADAME

A madame Floche, la couturière, parbleu!

NÉNEST ET JAJA

MONSIEUR

Derrière l'Opéra ?

MADAME

Oui.

MONSIEUR, débordant.

Àh ça, tu me prends donc tout-à-fait pour une cruche ? Veux-tu que je te dise, ;moi, pourquoi tu n'es pas allée ce soir chef cette... couturière, comme tu l'appelles ? c'est parce qu'un nouveau poulet reçu tout à l'heure contremande le rendez-vous donné ce matin !

Je vous assure que cette sorte d'interrogatoire ne vous convient guère.

MONSIEUR

J'ai le droit de savoir...

MADAME

Combien coûtent mes robes puisque c'est vous qui les payez ? Mais je vous interdit de parler de lettres, vous qui en recevez d'aussi compromettantes.

Elle montre un papier plié.

MONSIEUR

Gomment?

MADAME

Oui, unej lettre de femme à votre adresse. Voulez-vous que je vous la lise? C'est écœurant!

NÉNEST ET JAJA

MONSIEUR

Inutile. Gela ne m'atteint pas. Je souhaite d'ailleurs que vous puissiez en dire autant de celle-ci.

Il montre un papier plié.

MADAME

Et vous prétendez?...

MON SUEUR

Voulez-vous que je vous la lise ? c'est idiot !

MADAME, lui saisissant la main.

Nénest!

MONSIEUR, même jeu.

Jaja !

ENSEMBLE, lentement

Vous affirmez que cette lettre a été reçue par moi ?

Un temps. Ils se regardent tous les deux. TOUS DEUX.

Oui!

MONSIEUR

Oh! c'est trop fort!

MADAME

Jurons-le!

MONSIEUR

Sur quelque chose de respectable.

NÉNEST ET JAJA

MADAME

La tête de ma mère.

Non, soyons sérieux.

MADAME

Une dernière insulte !...

MONSIEUR

Jurons-le sur l'enfant que nous avons tant désiré... il y a trois mois.

MADAME

Soit.

ENSEMBLE

Je le jure !

MONSIEUR, se reculant.

Perfide !

MADAME

Monstre î

MONSIEUR

Je ne survivrai pas à mon déshonneur !

MADAME

Finissons-en !

Ils tirent ensemble, elle son poignard, lui son revolver. MONSIEUR.

Ecoute, Jaja, le poids de l'existence nous paraît

NÉNEST ET JAJA

trop lourd à tous les deux et une communauté d'idées nous réunit une dernière fois. Mais puisqu'il semble y avoir deux coupables — - du diable si j'ai quelque chose à me reprocher...

MADAME

Et moi donc.

MONSIEUR

... que l'honneur revienne aux dames : prends ce revolver et vise moi bien.

MADAME

Toi, saisis ce poignard et droit au cœur.

MONSIEUR

Ça ne sera pas commode de poignarder, une fois mort.

MADAME

C'est une chance sur deux. Frappe le premier.

MONSIEUR

Non, nous allons piger, comme aux quatre coins, (il commence par elle.) Am, sam, gram, pic et pic et commettram bour et bour et racacam mistram. C'est à toi.

MADAME

Permets, on n'a pas dit qui frapperait : du sortant ou de celui qui restera. Recommençons, pour le sortant. (Elle commence par elle.) Am sam gram pic

NÉNEST ET JAJA

et pic et commettram bour et bour et raccacam mistram. Encore moi.

MONSIEUR

Tu vois bien. Dieu que je suis ému! (a part.) C'est un fort calibre et il est très juste. Avec ça ma femme est d'un calme. (Haut.) Jaja, veux-tu que je t'embrasse avant de mourir?

MADAME

Je n'ai rien à vous refuser.

MONSIEUR, l'embrassant.

Gomme cette joue est fraîche ! Gomme ce cou est satiné! comme ces frisons sentent bon! Ah! quitter tout cela!...

MADAME, froidement.

Tirez le premier, monsieur.

MONSIEUR

Gomme à Fontenoy.

MADAME, examinant le revolver

Giel...

MONSIEUR

Quoi donc,?

MADAME, avec effroi.

Il est chargé !

Naturellement

Page 1