‹ The High school French reader with vocabulary and notesChapitre 32 sur 126 · LA CHÈVRE DE M. SEGUW · texte numérisé non relu

LA CHÈVRE DE M. SEGUW

— Comment Blanquette, tu veux me quitter ! "

Et Blanquette répondit :

" Oui, monsieur Seguin :

— Est-ce que l'herbe te manque ici ?

— Oh ! non ! monsieur Seguin. s

— Tu es peut-être attachée de trop court ; veux-tu que j'allonge la corde !

— Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.

— Alors, qu'est-ce qu'il te faut ! qu'est-ce que tu veux ?

- — Je veux aller dans la montagne» monsieur Seguin. ^^

— Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne. . . Que feras-tu quand il viendra ? . . .

— Je lui donnerai des coups de corne, monsieur Seguin.

— Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi. . . Tu sais bien, la i5 pauvre vieille Renaude qui était ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit. . . puis, le matin, le loup l'a mangée.

— Pécaïre ! Pauvre Renaude ! . . . Ça ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne. 20

— Bonté divine ! . . . dit M. Seguin ; mais qu'est-ce qu'on >ur fait donc à mes chèvres ? Encore une que le loup va me manger. . . Eh bien, non ... je te sauverai malgré toi, coquine ! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t'enfermer dans l'étable, et tu y resteras toujours. 25

Là-dessus, M. Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos tourné, que la petite s'en alla. . .

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un se ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien

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vu d'aussi jol'. On la reçut comme une petite reine. Let châtaignierc se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la 5 montagne lui fit fête.

On pense bien si notre chèvre était heureuse ! Plus de corde, plus de pieu. . . rien qui l'empêchât de gambader, de brouter à sa guise, . . C'est là qu'il y en avait de l'herbe ! jusque par-dessus les cornes ! . . . Et quelle herbe ! savoureuse,

10 fine, dentelée, faite de mille plantes. . . C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc ! . . . De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux ! . . . La chèvre blanche, à moitié soûle, se vautrait là-dedans les

15 jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes. . . Puis, tout à coup elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop ! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas, par-

20 tout. . . On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne.

C'est qu'elle n'avait peur de rien la Blanquette. Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de poussière humide et d'écume. Alors,

«>r toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et se faisait sécher par le soleil. . . Une fois, s'avançant au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.

30 " Que c'est petit, dit-elle ; comment ai-je pu tenir làdedans ? "

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